L’agriculture de précision devrait faire partie intégrante des plans de relance

EP-097553Z_plenary [European Parliament]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Innovation dans l’agriculture : l’UE à la croisée des chemins.

Selon le député européen Petros Kokkalis, les pratiques d’agriculture de précision sont les meilleurs moyens pour atteindre les objectifs européens en matière d’environnement et elles devraient faire partie intégrante des plans nationaux de reprise et de résilience des États membres.

Sous le nouvel instrument pour la relance, le Next Generation EU, les États membres de l’UE bénéficieront d’une enveloppe supplémentaire de 15 milliards d’euros destinée au Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). « Il s’agit d’une opportunité en or pour renforcer la numérisation et la transition écologique du secteur agroalimentaire », a déclaré Petros Kokkalis, un législateur européen de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL).

Dans son fonds de relance de 750 milliards d’euros, la Commission européenne propose ce renforcement de 15 milliards d’euros afin d’aider les zones rurales en plus des allocations des États membres pour la période 2022-2024, proportionnellement au FEADER prévu en 2018.

Néanmoins, le cadre financier pour la relance post-Covid 19 fait encore l’objet de discussions et doit conjointement être approuvé par les États membres et le Parlement européen. Des débats clés à ce sujet devraient avoir lieu lors du sommet européen des 17 et 18 juillet 2020.

M. Kokkalis soutient que l’agriculture de précision, en particulier l’agriculture numérique, pourrait être l’un des outils pour d’atteindre les objectifs de la stratégie de la « ferme à la table » (F2F).

Le concept de l’agriculture de précision vise à « produire plus avec moins d’intrants », avec comme objectif final de diminuer l’empreinte environnementale du secteur agricole en réduisant, par exemple, l’utilisation de pesticides ou de fertilisants.

Cette même idée, qui a largement été développée aux États-Unis d’Amérique il y a quelque temps, taraude les acteurs européens depuis un moment déjà. Néanmoins, aucun plan concret n’existe à l’heure actuelle pour qu’elle se concrétise.

Les décideurs politiques européens espèrent l’inclure dans la politique agricole commune (PAC) post-2020, le programme de financement principal de l’agriculture européenne, mais nombreux sont les défis qui doivent encore être surmontés.

« Pour encourager de telles pratiques innovantes, le budget de la prochaine PAC devra être solide et atteindre au moins le même niveau que celui actuel. Il faut investir dans l’amélioration des compétences numériques des agriculteurs, les prestations de conseil et les infrastructures, qui pourraient être financées par le FEADER », a indiqué M. Kokkalis.

La numérisation et les projets verts permettant à l’économie d’être plus vigoureuse sont les deux priorités majeures du bloc européen. Aux yeux de Petros Kokkalis, celles-ci s’imbriquent parfaitement dans la mission de l’agriculture de précision.

« Il est scientifiquement prouvé que les pratiques d’agriculture de précision, ayant recours à des équipements high-tech, sont susceptibles de réduire les émissions de gaz à effet de serre, et ce, principalement en diminuant les intrants agricoles ciblés par le cadre spatio-temporel des récoltes et en améliorant la capacité de la terre à emmagasiner du carbone », a-t-il déclaré.

« De plus, grâce à l’évolution de l’agriculture numérique, qui applique de manière cohérente les méthodes de l’agriculture de précision et de l’agriculture intelligente, je suis persuadé que nous détenons d’excellents outils afin d’atteindre les objectifs ambitieux de la stratégie F2F », a-t-il ajouté.

L'édition génétique suscite le débat à Bruxelles, mais pourrait se concrétiser à Londres

Tandis que l’UE réfléchit au possible rôle des innovations agricoles visant à protéger les récoltes de maladies, d’insectes et autres nuisibles, de l’autre côté de la Manche, le Royaume-Uni s’apprête à accueillir de nouvelles technologies post-Brexit d’édition génétique.

La transmission de savoir n’est pas chose facile

Le commissaire européen de l’Agriculture Janusz Wojciechowski abonde dans ce sens, avançant que la stratégie de la ferme à la table a pour but de rendre l’ensemble du système alimentaire plus durable, notamment l’agriculture.

« L’agriculture de précision peut grandement contribuer à la durabilité du secteur agricole et permettre d’atteindre les objectifs établis, tels que la réduction de 50 % de l’utilisation de pesticides de même que la réduction de 20 % de l’utilisation de fertilisants », a-t-il expliqué.

Toutefois, M. Wojciechowski souligne le fait que le déploiement de ces nouvelles technologies d’agriculture intelligente demande un savoir-faire particulier ainsi que les soutiens financier et technique des agriculteurs.

« N’oublions pas que l’agriculture de précision ne suffira pas à elle seule. Les conseils, le transfert de connaissances et le renforcement des capacités seront essentiels. De plus, d’autres types d’innovations seront nécessaires pour compléter l’agriculture de précision, notamment des solutions davantage ancrées dans la nature », a déclaré le commissaire polonais.

De la même façon, Tassos Haniotis, le directeur « Stratégie, simplification et analyse des politiques » à la direction générale de l’agriculture et du développement rural de la Commission européenne (DG AGRI), a expliqué que les systèmes de conseil agricole, qui fournissent aux agriculteurs diverses informations visant à améliorer la situation, témoignent « d’une grande disparité parmi les États membres ».

L’exécutif européen a mis en place des groupes de « partenariats européens d’innovation » pour aider à la transmission des savoirs en la matière à travers l’UE, mais les difficultés persistent.

« Il existe des variantes linguistes dans les différents réseaux. Au Portugal, par exemple, un groupe pourrait travailler sur quelque chose qui pourrait s’avérer pertinent en Grèce. Mais, ce transfert n’a généralement pas lieu. Et il s’agit ici de savoir qui existe déjà. »

La connexion à haut débit, un sujet épineux

La faible infrastructure en matière de connexion à haut débit dans les zones rurales reste un problème de taille.

Même si la Commission européenne a investi 6 milliards d’euros dans la connectivité à large bande, les États membres sont toujours à la traine.

« Le fossé numérique entre les zones rurales et urbaines est toujours présent. Alors que 83 % de la population européenne détiennent un accès à une connexion à haut débit, seuls 53 % des foyers en zones rurales en bénéficient. Il s’agit d’un obstacle important pour le développement de nouvelles entreprises, de nouveaux emplois et de la prospérité dans ces zones », a déclaré M. Wojciechowski.

« La promotion de cette connexion à haut débit sera également un élément d’un projet à long terme prévu en 2021 pour les zones rurales », a-t-il conclu.

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