Le nouvel élan pour la durabilité met à l’épreuve le « soft power » européen

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Innovation dans l’agriculture : l’UE à la croisée des chemins.

Dans sa course pour devenir un leader mondial sur le plan de la durabilité, l’UE devra séduire les pays tiers afin de ne pas être laissée de côté en matière d’innovation.

La cohérence entre la transition de l’UE vers un système alimentaire plus durable et ses objectifs commerciaux ont fait l’objet de discussions à la suite de la présentation officielle de la stratégie « de la ferme à la table » (F2F), la nouvelle politique alimentaire européenne. La compétitivité de la chaîne européenne d’approvisionnement alimentaire pourrait être menacée par les nouvelles exigences élevées imposées aux agriculteurs européens, tandis que les normes sur les produits importés sont moins strictes.

Pour éviter un tel scénario, l’exécutif européen prévoit de compter sur son poids économique. Étant le plus grand marché unique au monde, l’UE souhaite imposer des normes fortes applicables à toutes les chaînes de valeur mondiales.

« Nous déploierons tous les efforts diplomatiques afin d’établir des alliances sur la scène internationale visant à pousser à la convergence vers un système alimentaire mondial durable, et ce, pour que les agriculteurs européens ne soient pas désavantagés par rapport aux producteurs des pays tiers », a déclaré la commissaire européenne à la sécurité alimentaire Stella Kyriakides.

L’objectif est de créer des « alliances vertes » œuvrant à la mise en place de systèmes alimentaires verts pour surmonter les défis qui se dressent dans diverses parties du monde.

À l’occasion du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires 2021, l’UE pourra mettre en avant une transition mondiale vers des systèmes alimentaires durables et donner le la en fixant des normes environnementales mondiales sur la production alimentaire.

Refonte des activités commerciales

La mise en œuvre de la stratégie F2F sur le marché mondial nécessitera aussi que bloc européen fasse meilleur usage des accords commerciaux actuels et futurs, a expliqué une source européenne proche du dossier.

Néanmoins, aux yeux du comité européen de liaison du commerce alimentaire (CELCAA), la stratégie ne mentionne pas le rôle du commerce comme un élément fondamental de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Dans un document de synthèse, le comité souligne aussi que l’agriculture locale n’implique pas toujours de meilleures performances environnementales.

La Commission européenne planifie de mener des études d’incidence sur toutes les propositions législatives émanant de la stratégie F2F, notamment une évaluation des répercussions sur les pays tiers.

La révision prévue de la législation européenne en matière de pesticides, en particulier sur  le plan des tolérances à l’importation de pesticides, constituera une mise à l’épreuve afin de trouver un bon équilibre entre la mise en avant de la durabilité et les activités commerciales.

L'UE assouplit sa position sur les OGM dans la course au vaccin contre le COVID-19

La Commission européenne propose d’assouplir temporairement les règles strictes de l’UE sur les OGM, afin d’accélérer la recherche d’un vaccin et de traitements contre le COVID-19.

En juin 2020, Mme Kyriakides a indiqué que l’UE prendrait en compte les aspects environnementaux lors de l’évaluation des demandes de tolérances à l’importation de substances désormais interdites au sein du bloc.

Conformément aux réglementations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à la suite d’une évaluation des risques, le navire européen pourrait revoir les tolérances à l’importation pour des substances qui respectent les « critères d’exclusion » et représentent un risque de danger élevé pour la santé humaine.

« Il ne fait aucun doute que nous souhaitons encourager une transition progressive vers une utilisation de produits phytopharmaceutiques en toute sécurité », a avancé Mme Kyriakides.

L’octroi de tolérances à l’importation devrait être considéré sur la base du cas par cas, conformément aux principes d’analyse de risques.

Cependant, la Commission s’adressera aux pays tiers, notamment les pays en développement, et ce, avant la mise en place de la nouvelle approche politique, a confirmé une source européenne proche du dossier.

Post-Brexit

Bruxelles devra également puiser dans son pouvoir d’attraction, son soft power, lors des négociations sur ses prochains liens commerciaux avec le Royaume-Uni afin d’éviter tout décalage entre les deux parties sur le plan de l’innovation et de l’agriculture.

Londres envisage d’ouvrir son territoire aux nouvelles technologies d’édition génétique qui, au sein de l’UE, relèvent du champ d’application de la directive sur les OGM.

Toutefois, un amendement ajouté récemment au projet de loi britannique sur l’agriculture, faisant actuellement l’objet de débats au parlement londonien, pourrait offrir un accès aux technologies d’édition génétique pour les agriculteurs et scientifiques du pays.

L'édition génétique suscite le débat à Bruxelles, mais pourrait se concrétiser à Londres

Tandis que l’UE réfléchit au possible rôle des innovations agricoles visant à protéger les récoltes de maladies, d’insectes et autres nuisibles, de l’autre côté de la Manche, le Royaume-Uni s’apprête à accueillir de nouvelles technologies post-Brexit d’édition génétique.

Cette possible divergence par rapport à la position européenne a soulevé des inquiétudes au sujet des relations commerciales futures dans le secteur agroalimentaire.

Pekka Pesonen, le secrétaire général de Copa-Cogeca, l’association européenne des agriculteurs et coopératives agricoles, a déclaré que cet amendement serait « rédhibitoire dans les relations commerciales » et il craint qu’il n’y ait « aucun moyen de s’entendre à ce propos ».

Selon lui, le futur des relations commerciales entre le bloc et le Royaume-Uni dépend d’un accès parallèle à la technologie. En outre, il s’inquiète du fait que l’UE pourrait être laissée de côté.

Les produits placés sur le marché européen, importés ou non, doivent respecter les critères formulés dans la législation européenne.

La charge de la preuve incombe aux opérateurs économiques européens et étrangers. Ceux-ci doivent, entre autres, vérifier que des OGM interdits ne sont pas placés sur le marché et que les règles de traçabilité et d’étiquetage pour les OGM autorisés – conformément à la législation européenne – sont respectées.

Cela ne rend pas les choses plus faciles, étant donné que le génie génétique n’est pas décelable aux frontières.

« Si le Royaume-Uni décide d’ouvrir ses portes aux organismes génétiquement modifiés, cela compliquera certainement la donne », a déclaré Martin Häusling, porte-parole pour la politique agricole des Verts/ALE au Parlement européen, bien qu’il souligne le fait que l’UE ne sera pas délaissée.

« Des études sur la consommation indiquent à maintes reprises que les consommateurs ne sont pas friands d’aliments et de denrées alimentaires issus d’OGM. Autrement dit, le Royaume-Uni perdra un grand marché à cause de ses produits génétiquement modifiés », a-t-il ajouté, soutenant que les produits européens « bénéficient d’une très bonne réputation à l’échelle internationale, notamment parce qu’ils ne sont pas issus du génie génétique ».

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