Cultiver sans labour : les méthodes traditionnelles et les nouvelles technologies pour surmonter les défis actuels

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Innovation dans l’agriculture : l’UE à la croisée des chemins.

Alors que la santé des sols est une priorité du programme politique de l’UE, Euractiv s’est entretenu avec l’agriculteur américain Trey Hill, dont l’approche agricole innovante explore les possibilités qu’offre l’agriculture sans labour.

La santé des sols est au cœur du Pacte vert pour l’Europe et des Objectifs de développement durable des Nations Unies. Ces deux feuilles de route ont pour mission de lutter contre la perte de la biodiversité, endiguer le changement climatique et soutenir une utilisation durable des terres.

Néanmoins, selon un rapport publié récemment par le comité de mission (Mission Board) « Santé des sols et alimentation » de la Commission européenne, la dégradation des sols est « fréquente et vaste sur le territoire européen ».

Selon le document, à l’heure actuelle, 25 à 30 % des sols européens « perdent leur teneur en carbone organique, s’érodent, sont tassés ou mélangés », tandis que 60 à 70 % se sont avérés « en mauvaise santé ».

Le rapport ajoute que tous ces phénomènes apparaissent sur des terres cultivées.

Pour pallier ces problématiques, les agriculteurs se tournent vers « l’agriculture sans labour ».

Les cultures où le travail de la terre est réduit, voire le labour supprimé, mettent en avant une pratique d’agriculture visant à ne pas labourer le sol, la méthode traditionnelle pour préparer la terre à l’ensemencement. La culture sans labour est un élément essentiel de « l’agriculture de conservation ».

Le labourage tue les plantes non désirées et favorise l’ensemencement. En revanche, il est coûteux, chronophage et peut amoindrir la qualité des terres, engendrant ainsi le tassement et l’érosion des sols.

Même si l’agriculture sans labour est exercée à travers l’UE, sa progression demeure lente par rapport au reste du monde. Certains groupes ou associations d’agriculteurs ont certes déjà décidé de s’y atteler, et ce, avec succès, mais la pratique n’est actuellement pas appliquée à grande échelle, révèlent des sources européennes proches du dossier.

La technologie progresse à grande vitesse dans les champs

La technologie est déjà omniprésente dans les exploitations agricoles, mais la tendance « Ag-tech » veut pousser l’innovation encore plus loin. Logiciels, drones, robots, intelligence artificielle et satellites : la France compte déjà 250 start-ups  spécialisées en agriculture.

Cependant, l’agriculture sans labour, conjointement avec d’autres pratiques d’agricultures de conservation, s’est révélée être un moyen peu coûteux pour contrôler l’érosion et améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau et des engrais au sein de l’UE.

Pour Trey Hill, un agriculteur et producteur de maïs, blé et soja aux États-Unis d’Amérique, son système de non-labourage lui permet d’« économiser de l’argent, de l’essence et des frais de main-d’œuvre », tout en maintenant certains rendements.

M. Hill est en première ligne de l’innovation dans l’agriculture de couvertures, des plantes semées près de cultures qui ont pour but de couvrir des sols enrichis. Il est également l’instigateur de nombreux programmes et associations qui promeuvent la santé des sols et l’agriculture de conservation.

Il œuvre à « la mise en place d’une pratique rassemblant des méthodes conventionnelles avec d’autres, plus innovantes et créatives, afin de trouver de nouvelles solutions qui permettront au secteur d’aller de l’avant » et souligne par ailleurs que les systèmes de non-labourage détiennent un énorme potentiel pour protéger les sols et la biodiversité, réduire l’utilisation de produits chimiques et l’érosion, et séquestrer le carbone.

Résistant aux chocs

Aux yeux de Trey Hill, le système qu’il a imaginé est plus résistant aux chocs imprévus.

« Quand l’année est bonne, je ne peux pas dire que mes rendements sont supérieurs à ceux de mes voisins. En réalité, il se pourrait même qu’ils soient inférieurs », déclare-t-il, ajoutant néanmoins que cette différence de rendements est généralement inférieure à ce qu’il aurait dépensé pour labourer ses champs.

« Toutefois, vous voyez une vraie différence lorsque l’année est mauvaise. Si nous avons été confrontés à une sécheresse, vous pouvez voir que les zones sans labour se portent mieux que celles cultivées par des agriculteurs aux méthodes traditionnelles. La terre est plus fraîche, elle stocke de l’eau, et les agents pollinisateurs préfèrent ces conditions », explique-t-il, soutenant que ce raisonnement deviendra de plus en plus important avec le changement climatique.

L’adhésion à l’agriculture sans labour

Initialement perçue comme un mouvement marginal, l’agriculture sans labour gagne désormais de plus en plus de terrain en tant que pratique courante « faisable, efficace et bon marché », indique M. Hill, même s’il admet que davantage de recherches devraient être menées en la matière pour en déterminer les meilleures méthodes.

« À l’heure actuelle, les agriculteurs agissent dans la précipitation, mais nous avons besoin de chiffres et de recherches scientifiques pour nous aider à mettre en avant ces techniques », a ajouté l’agriculteur américain, qui travaille d’ailleurs sur de nombreux projets universitaires de recherches.

L’agriculture sans labour est souvent associée aux exploitations agricoles plus petites, mais M. Hill, qui cultive 5 000 hectares de terres, insiste sur l’importance de la mise en œuvre intelligente de technologies et d’outils puissants, et non sur la taille des exploitations.

« Ce qui importe ici, c’est de croire en ce que vous faites et d’être capable d’apprendre des observations que vous tirez », déclare-t-il, ajoutant que les technologies d’agriculture de précision, comme les capteurs de rendements et les images satellites, sont les clés de son succès.

Un système hybride pour le meilleur des mondes

Bien que les techniques de non-labourage soient souvent perçues comme archaïques, M. Hill souligne le caractère primordial de « toutes les avancées technologiques qui peuvent permettre aux agriculteurs de gagner leur vie, tout en apportant des solutions [dans la lutte pour maintenir les sols en bonne santé] ».

Ainsi, il tire profit des innovations génomiques, chimiques et technologiques, en les combinant avec des méthodes agricoles traditionnelles, afin de créer un système hybride pour « le meilleur des mondes ».

Encourager l’adhésion

L’agriculture de couvertures est fortement encouragée grâce à des subventions dont bénéficie la région de M. Hill, un avantage clé qui motive de nombreux nouveaux agriculteurs à pratiquer le « non-labour », car il offre un filet de sécurité pendant les premières années.

« De plus en plus de mes voisins s’intéressent à cette pratique, et ce, grâce aux programmes solides de subventions et à la capacité de suivre les exemples des autres », avance-t-il, soulignant que l’objectif final visait à garantir la durabilité de ce type d’agriculture au-delà des subventions octroyées.

« Si les agriculteurs sont capables d’obtenir une prime pour la séquestration du carbone, et si les consommateurs en comprennent la valeur, alors cela encouragera l’intensification de l’agriculture sans labour, une pratique dans le meilleur intérêt de chacun d’entre nous  », a-t-il conclu.

Les drones agricoles gagnent progressivement du terrain

La France expérimente les drones pour pulvériser de pesticides. Une pratique qui sera évaluée en 2021, et pourrait permettre des traitements plus précis. Ainsi qu’un usage restreint des produits chimiques.

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