Selon un expert, le stockage du carbone dans les sols agricoles serait idéal pour améliorer les rendements en Pologne

Trop peu d’agriculteurs sont conscients que leur ferme fait partie de l’ensemble de l’écosystème, selon Mateusz Ciasnocha. [Shutterstock/petrmalinak]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’agriculture du carbone : la nouvelle tendance en Europe ?.

Le stockage du carbone dans les sols agricoles pourrait aider les agriculteurs polonais à faire face à la sécheresse durable, car cette pratique pourrait augmenter leurs rendements. C’est ce qu’a indiqué un expert à EURACTIV Pologne.

« Les activités visant à utiliser le sol de manière plus durable et à augmenter la quantité de carbone qui y est présente rendent le sol plus fertile et augmentent ses valeurs de production », a affirmé Zbigniew Karaczun, professeur à l’Université des sciences de la vie de Varsovie (SGGW) et expert de la branche polonaise de la Coalition pour le climat.

Il a ensuite ajouté qu’un tel sol devient alors plus résistant à la sécheresse, « ce qui, au vu des conditions actuelles en Pologne, caractérisées depuis ces dix dernières années par un temps instable et une sécheresse durable pendant la saison estivale, peut permettre d’augmenter les rendements des agriculteurs ».

Cependant, en Pologne, il n’existe actuellement « aucun instrument susceptible de soutenir cette pratique de manière plus large », selon M. Karaczun.

Dans le cadre de son action en faveur d’une agriculture plus verte, la Commission européenne a déclaré qu’elle prévoyait de lancer une initiative en faveur du stockage du carbone dans les sols agricoles d’ici à la fin de 2021.

Les agriculteurs voient des perspectives dans l’agriculture du carbone, mais doivent être guidés par le marché

Les agriculteurs voient d’un bon œil le passage à l’agriculture du carbone dans l’UE, mais soulignent que les détails des incitations financières pour les agriculteurs de l’UE doivent être déterminés pour un déploiement correct. 

Pour Mateusz Ciasnocha, agriculteur et PDG d’European Carbon Farmers, l’agriculture régénératrice est un concept bien plus vaste que l’agriculture biologique. European Carbon Farmers est une organisation qui promeut les pratiques d’agriculture régénératrice en Pologne et développe des mécanismes de rémunération carbone en agriculture.

« L’utilisation appropriée des méthodes d’agriculture régénératrice et en particulier la compréhension du fonctionnement des cycles de la nature, y compris le cycle du carbone, signifie qu’à un moment donné, le système devient biologique, ce qui implique que l’on utilise pas de méthodes artificielles dans la production », a expliqué M. Ciasnocha à EURACTIV Pologne.

Il a ajouté que trop peu d’agriculteurs sont conscients que leur ferme fait partie de l’ensemble de l’écosystème. En effet, « l’activité de chaque agriculteur est en lien avec le carbone, qu’il en soit conscient ou non ».

« Le meilleur exemple réside dans le fait que notre agriculture repose encore largement sur le travail du sol, une pratique qui a un impact très négatif sur le cycle du carbone », a-t-il souligné.

Stockage du carbone : une pratique susceptible de se développer en Pologne ? 

Jerzy Plewa, ancien chef de la DG AGRI à la Commission européenne et expert de Team Europe, a annoncé à EURACTIV Pologne que le soutien pour le stockage du carbone en agriculture va croître. L’une des raisons est que 40 % du budget de la nouvelle politique agricole commune (PAC) devrait être alloué à des mesures en faveur du climat.

Selon M. Plewa, le stockage du carbone dans les sols agricoles marque un retour aux bonnes pratiques du passé, mais avec une approche scientifique qui renforce encore l’impact positif de ces pratiques sur les sols.

« À long terme, les agriculteurs bénéficieront d’une meilleure qualité des sols, d’une meilleure production et d’une plus grande résilience », a-t-il noté.

La mise en œuvre de pratiques agricoles axées sur le carbone peut nécessiter de nouveaux investissements, mais M. Plewa a souligné que les coûts additionnels pour les agriculteurs sont couverts par la PAC.

Cependant, les agriculteurs ne seront pas récompensés en fonction de la quantité de carbone stockée.

Jerzy Plewa a expliqué que des programmes pilotes ont déjà été lancés en Europe. Ces derniers visent à récompenser les agriculteurs pour les tonnes de carbone captées dans le sol. Selon lui, les agriculteurs seront bientôt récompensés en plus pour leurs pratiques basées sur l’agriculture régénératrice.

« Une étape nécessaire pour cette pratique agricole dans l’UE sera l’établissement d’un cadre juridique pour la certification de l’élimination durable du carbone des écosystèmes naturels. La Commission travaille actuellement sur un projet de règlement sur le stockage du carbone dans les sols agricoles, et un mécanisme de certification doit être proposé d’ici 2023 », a-t-il noté.

M. Plewa a également indiqué que dans son projet de plan stratégique de la PAC, la Pologne prévoit des programmes écologiques (écorégimes) spécifiques pour cette pratique agricole, tels que « des systèmes agricoles simplifiés, la diversification des cultures et le respect de plans de fertilisation ».

L’expert polonais a également insisté sur la nécessité d’informer correctement les agriculteurs au sujet de cette possibilité. « La mise en œuvre de programmes environnementaux et climatiques ambitieux nécessite une actualisation constante des connaissances des agriculteurs, ainsi qu’un large soutien de la part de services de consultance professionnels, et tout cela est insuffisant dans notre pays ».

La PAC détient la clé de l’agriculture carbonée

M. Plewa a déclaré que la Pologne pouvait utiliser la PAC, qui comprend de nombreuses possibilités pour soutenir les mesures en faveur de l’écologie et du climat, notamment dans le cadre du deuxième pilier axé sur les zones rurales.

« Ces fonds soutiennent l’agriculture biologique et les programmes agroenvironnementaux, qui ne sont pas communément appelés “agriculture carbonée”, mais qui contribuent à absorber le CO2 de l’air et à le stocker dans les sols ».

Toutefois, M. Plewa a critiqué le fait que, bien qu’elle dispose du plus gros budget de l’UE pour le pilier du développement rural, la Pologne n’exploite pas pleinement les possibilités offertes par la PAC.

« Elle alloue moins de fonds à l’agriculture biologique et aux programmes agroenvironnementaux ambitieux et consacre des sommes considérables à d’autres objectifs », a-t-il conclu.

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