La baisse de la consommation de viande, passage obligé pour réduire les émissions de méthane

shutterstock_567699199 [stefbennet/ Shutterstock]

Le méthane, émis lorsque les vaches éructent, est environ 30 fois plus nocif pour l’atmosphère que le CO2. Il est pourtant peu pris en compte dans les programmes d’action climatique. Un article d’Euractiv Allemagne.

Les quantités de méthane émises dans l’atmosphère sont en augmentation constante depuis des décennies. Un phénomène qu’il importe de surveiller de près.

Les émissions de ce gaz à effet de serre proviennent en premier lieu de la fonte du permafrost terrestre, et probablement aussi du gaz naturel extrait par fracturation, un procédé qui libère de grandes quantités de méthane.

La décomposition de matières organiques sans oxygène, telle qu’elle s’observe dans les forêts tropicales ou les rizières par exemple, dégage également de grandes quantités de méthane.

Ce sont les émanations de méthane résultant de l’activité humaine qui posent problème. Elles constituent 60 % des émissions totales de ce gaz, réchauffent l’atmosphère et forment le très polluant ozone troposphérique.

L’UE cible les émissions de méthane pour lutter contre le réchauffement climatique

La Commission européenne œuvre actuellement à la mise en place d’une stratégie inédite sur le méthane qui pourrait jouer un rôle majeur afin de permettre au bloc de revoir à la hausse ses ambitions climatiques à l’horizon 2030.

Selon les estimations, un tiers du méthane résultant de l’activité humaine provient des secteurs gazier et pétrolier. Ces émissions constituent 6 % des émanations totales de gaz à effet de serre, d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Point positif cependant : 75 % du gaz produit par l’industrie gazière et pétrolière pourrait être neutralisé grâce à des technologies existantes, estime l’organisation.

Secteur agricole et industrie à égalité

L’industrie agricole reste cependant, et de loin, la source la plus importante d’émissions de méthane. En Allemagne, elle est à l’origine de 58 % des émanations de ce gaz, provenant en premier lieu des rots des bovins et des porcs.

« Il n’existe pas de solution efficace pour réduire les émissions de méthane des animaux », assure le Dr Roland Fuss, un scientifique spécialisé dans les questions de protection du climat à l’Institut de Thünen à Hambourg.

Depuis 1990, aucune réduction significative des émissions de méthane n’a été enregistrée dans l’agriculture, sauf lorsqu’une diminution des populations animales a été constatée.

Alors que l’industrie des déchets et celle de l’énergie ont considérablement réduit leurs émissions de gaz à effet de serre, l’agriculture reste le deuxième émetteur le plus important. Elle se classe après le secteur de l’énergie et est à égalité avec le secteur industriel.

Comme le méthane fait partie des gaz à effet de serre, il relève des dispositions du protocole international de Kyoto et est donc inclus dans les objectifs que les pays industrialisés sont tenus d’atteindre en matière de réduction des émissions. Mais aucun objectif spécifique concernant le méthane n’a été fixé, ni au niveau mondial, ni au niveau européen.

En 2016, la Commission avait proposé d’instaurer un quota pour le méthane dans le cadre de la réforme de la directive fixant les plafonds d’émissions nationaux. Cette disposition n’a cependant pas été retenue dans la version finale du texte.

La nourriture des animaux est-elle en cause ?

Néanmoins, en vertu du principe du partage des charges en vigueur au sein de l’UE, l’agriculture doit elle aussi réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30 % d’ici à 2030, par rapport aux niveaux de 2005.

Seulement voilà, comme une grande proportion de gaz provient des animaux, la situation s’avère difficilement contrôlable.

De multiples démarches ont été entreprises pour essayer de juguler le problème, allant des tentatives d’adaptation génétique des vaches aux expériences portant sur des régimes alimentaires spécifiques.

Ralf Loges, chercheur à l’Université de Kiel, mène actuellement ce type d’expériences. Dans une ferme expérimentale près de Kiel, donnant directement sur la mer Baltique, il a mesuré les émissions de méthane des vaches dans les pâturages, en fixant des dispositifs d’aspiration sur leur dos.

Il a constaté que les émissions de méthane par litre de lait pouvaient être réduites si les animaux restaient dans les pâturages et mangeaient certains types de trèfle.

Mais le potentiel  de ces mesures demeure limité, explique-t-il, en soulignant que « les émissions de méthane de ces animaux ne peuvent pas être supprimées ».

Les eurodéputés limitent les émissions agricoles, mais pas les rots des vaches

Les eurodéputés ont décidé de limiter certaines émissions de méthane et d’ammoniac de l’agriculture, mais regrettent de ne pouvoir « empêcher les ruminants ni de péter ni de roter ». 

Les expériences alimentaires ne convainquent pas davantage le Dr Roland Fuss, de l’Institut de Thünen : « Le problème, c’est que les micro-organismes présents dans le corps des animaux s’adaptent aux nouvelles conditions lorsque l’on procède à un changement à long terme des habitudes alimentaires. Les émissions de méthane ne peuvent donc pas être réduites de façon permanente ».

D’autres mesures permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre peuvent cependant être mises en œuvre dans le secteur agricole, telles que la fertilisation basée sur les besoins des plantes. Cette technique permet de réduire l’émanation d’oxyde nitreux. À ce propos, la Commission européenne a lancé une procédure visant l’Allemagne car les agriculteurs du pays font un usage excessif d’engrais artificiels pour traiter leurs champs.

L’agence de l’environnement du pays recommande également que les excréments d’animaux soient fermentés dans des cultures bioénergétiques et que les résidus soient stockés dans un environnement hermétique aux gaz.

Toutefois, relève le Dr Fuss, la seule approche qui puisse réellement contribuer à faire baisser les émissions de méthane est la « réduction du bétail ».

« Les gens à travers le monde doivent se résoudre à consommer beaucoup moins de viande et de produits laitiers », conclut-il.

Moins de viande: une vraie bonne recette pour le climat

La consommation de produits alimentaires est à l’origine de 28 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre anthropiques. Des émissions majoritairement imputables à l’élevage, explique notre partenaire, le Journal de l’environnement.

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