Le plan Marshall pour l’Afrique doit impliquer les dirigeants africains

Ajay Bramdeo

Le plan Marshall pour l’Afrique est une bonne idée, s’il se concentre sur les bons objectifs, comme la santé, et implique réellement les dirigeants africains, explique Ajay Bramdeo, représentant de l’Union africaine auprès de l’UE, à Euractiv Allemagne.

Ajay Bramdeo est le représentant de l’Union africaine auprès de l’UE depuis décembre 2011.

Le ministre allemand du développement, Gerd Müller, veut mettre en place un plan Marshall pour l’Afrique. Qu’en pensez-vous ?

Fondamentalement, c’est une bonne idée. Sur la scène internationale, l’Afrique est un acteur pertinent, mais n’est que rarement considérée comme tel. L’Afrique ne peut être un simple spectateur des décisions mondiales, elle veut être impliquée dans les prises de décisions, travailler pour le bien commun.

Jusqu’ici, ce plan Marshall a néanmoins été développé par l’Allemagne, sans l’Afrique. Il sera donc potentiellement difficile à appliquer. Se pose également la question de la dépendance de l’aide à des critères démocratiques, établie par Berlin. Pourtant, sa propre prospérité n’a pas toujours été fondée sur une action démocratique et un strict respect des droits de l’Homme !

N’est-il pas compréhensible que l’aide dépende de certaines conditions ? Sur quels autres éléments pourrait-on baser la coopération ?

Avant tout, il est nécessaire d’établir un dialogue réel, à long terme, reposant sur la confiance. La coopération ne fonctionne que s’il y a de la confiance. L’UE n’est pas irréprochable en termes de droits de l’Homme et de valeurs démocratiques. La crise financière nous en a appris long sur ce sujet.

L’Union européenne ne veut sans doute pas insister là-dessus, mais il est évident qu’elle est en crise. Il suffit de voir le Brexit et la popularité de certains partis en France et en Allemagne.

Avant le sommet du G20 de Hambourg, certains ont appelé à ce que les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU pour 2030 soient intégrés au programme du G20.

Cette initiative intéresse beaucoup le continent africain, parce qu’il se rapproche de son propre programme pour 2063, en corrélation avec les 17 ODD. La santé a une importance cruciale pour le programme de croissance et de développement africain. Il existe une série de partenariats institutionnalisés entre l’Union africaine et l’UE qui se concentrent sur la concrétisation des objectifs. Mais un programme mondial du G20 sur la santé serait bienvenu.

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Angela Merkel voudrait aussi que le G20 se penche sur la question des pandémies. Êtes-vous optimiste à ce sujet ?

Si c’est une initiative de la chancelière allemande, tout le monde sera d’accord. La santé est une question mondiale, c’est pourquoi nous devons mettre en place des solutions mondiales.

Les mesures actuelles sont-elles efficaces ?

Il est évident que l’Afrique et les pays du G20 doivent coopérer. Malheureusement, il y a actuellement trop d’initiatives différentes dans le monde, notamment en ce qui concerne la santé. C’est un gaspillage de ressources parce, souvent, ces projets ne sont pas en contacts les uns avec les autres et chacun travaille sans savoir ce que font les autres et les progrès qu’ils réalisent.

Il faut donc mieux harmoniser tout cela. Il faut mettre en place un mécanisme qui relie les efforts consentis partout dans le monde et rende notre travail plus efficace.

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En termes de santé, de nombreux pays d’Afrique ont beaucoup de progrès à faire. Qu’est-ce qui a été mis en place pour les vaccins et les programmes de recherche pour de nouveaux médicaments ?

Leurs tarifs et traitements dépendent de la qualité des partenariats instaurés entre les ONG, le secteur privé, les chercheurs, le monde politique et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le développement de nouveaux produits.

L’Afrique a cependant encore besoin d’un système de distribution des vaccins.

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En Afrique, les soins de santé laissent parfois à désirer, surtout en ce qui concerne la résistance aux antibiotiques et les maladies faisant l’objet de peu d’intérêt, comme la malaria, la tuberculose et la lèpre. Que faut-il changer dans l’immédiat ?

Le suivi, les mesures d’urgence et la prévention des maladies infectieuses doivent être améliorés. En mars, le Centre africain pour la prévention et de lutte contre les maladies (Africa CDC) a lancé un plan stratégique sur cinq ans pour remédier à cette situation. Le centre est composé de professionnels médicaux bénévoles aux États-Unis et de spécialistes locaux dans les pays les moins développés. Ensemble, ils mettent en place des solutions de base qui peuvent être appliquées à des millions de personnes en Afrique. Le centre sert aussi de plateforme de réaction d’urgence.

En 2007, l’Union africaine a aussi adopté un plan de fabrication des produits pharmaceutiques pour l’Afrique (PMPA), afin de soutenir les firmes pharmaceutiques au niveau local et d’améliorer les soins de santé et la sécurité. Les maladies infectieuses comme la malaria et la lèpre ont été négligées pendant trop longtemps dans les programmes de recherche pharmaceutique, ce qui a eu des conséquences très lourdes sur le continent.

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