Brice De Le Vingne : « La lutte contre Ebola est comme une guerre »

Brice De Le Vingne, directeur des opérations pour Médecins Sans Frontières - ©MSF.

Brice De Le Vingne, directeur des opérations pour Médecins Sans Frontières - ©MSF.

L’épidémie d’Ebola qui sévit principalement en Afrique de l’Ouest continue de progresser. Selon Brice De Le Vingne, directeur des opérations pour Médecins Sans Frontières, seul un vaccin pourra mettre un terme à l’épidémie. 

Brice De Le Vingne est directeur des opérations pour Médecins Sans Frontières (MSF). 

Le 8 août dernier, l’OMS a annoncé publiquement que l’épidémie d’Ebola qui sévit principalement en Afrique de l’Ouest  constituait une urgence de santé publique mondiale. Comment a progressé l’épidémie ?

L’épidémie augmente continuellement dans les trois pays d’Afrique de l’Ouest principalement touchés : la Guinée, le Libéria et la Sierra Léone.

La Guinée avait une stabilité du nombre de contaminations jusqu’à il y a 3 semaines, mais l’épidémie est repartie à la hausse.  La caractéristique du virus Ebola c’est de fonctionner par « pics ». Il s’agit du troisième que l’on observe.

Au 8 octobre, le nombre de contaminations était 8399 cas pour 4033 décès. Le Libéria est le pays le plus touché avec 4706 cas et 2316 décès, suivi par la Sierra Leone avec 2950 cas et 930 décès et la Guinée, 1350 cas et 778 décès. Le Nigéria, le Sénégal, l’Espagne et les États-Unis ont aussi recensé des cas.

Quelles sont les difficultés qui empêchent d’enrayer la propagation de l’épidémie ?

Dans ces pays les systèmes de santés sont très peu développés. En Guinée, le système de santé est heureusement toujours en place. Mais au Libéria, il s’est  en partie effondré, car les grands hôpitaux ont fermé. On parle d’un pays qui avait avant l’épidémie une quarantaine de docteurs, et dont le système de santé n’était pas du tout prêt à faire face à une telle épidémie. Il faut que les acteurs extérieurs se mobilisent pour mettre en place un système de santé d’urgence au Libéria.

Par ailleurs, les symptômes d’Ebola sont très similaires aux  maladies qui tuent le plus dans cette région d’Afrique (la malaria, la tuberculose, etc.), il est donc difficile de faire un diagnostic.

Autre facteur essentiel : cette région n’avait jamais fait face à une épidémie d’Ebola. Il faut mettre en place une définition commune du diagnostic dans tous les centres de santé, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Enfin, l’épidémie est arrivée dans une région où deux pays sur trois ont connu 10 ans de guerre. Et l’épicentre de l’épidémie se situe dans la région de la Guinée forestière, qui est à cheval sur trois pays et où la collaboration entre les différentes autorités administratives complexifie la tâche.

Comment s’organise la lutte contre la propagation du virus Ebola ?

L’action de la communauté internationale commence à s’organiser. La lutte contre Ebola est comme une guerre, et il y a le besoin d’une chaîne de commandement très clair. Aujourd’hui, c’est davantage l’absence de leadership et d’organisation qu’un manque de financement qui pose problème.

Médecins sans Frontière a demandé que des moyens logistiques militaires soient mis en œuvre fin août. Cette demande a été à moitié acceptée. 3.00 soldats américains doivent arriver au Libéria et l’armée anglaise doit envoyer des troupes, mais en support des ONG. On ne sait pas vraiment qui va gérer les centres de santé d’urgence. Pour l’heure, la rapidité du déploiement est inférieure à celle de l’épidémie, donc nous perdons du terrain.

Quelle a été la participation de l’Union européenne dans cette crise ?

Cela a pris des mois avant que l’Union européenne, mais aussi l’Organisation mondiale de la santé prennent conscience de la gravité de l’épidémie.

La Commission européenne a annoncé des fonds d’aide d’urgence de 180 millions d’euros pour lutter contre Ebola. Elle a notamment pioché 140 millions d’euros dans l’aide publique au développement européenne consacrée à la région, car les  projets financés ont été suspendus. Ces crédits ont été fléchés sur l’aide d’urgence à Ebola.

Le développement d’un vaccin est-il une condition sine qua non pour gagner « la guerre » contre Ebola ?  

On ne verra en effet la fin de l’épidémie que lorsqu’on aura développé un vaccin.

Mais le développement d’un vaccin dépend de compagnies privées, qui veulent faire des bénéfices. Et pour les encourager à le faire, c’est simple, il faut leur promettre des commandes. Cela, c’est le rôle de la communauté internationale, qui devrait constituer un fonds commun afin d’assurer la création du vaccin, qui devra être simple à administrer. On est en collaboration avec l’OMS qui est en train de mettre en place un consortium pour financer et tester le vaccin et le traitement contre le virus. On n’a pas le luxe d’attendre des années.

Les ministres européens de la Santé se sont réunis cette semaine pour discuter d’un éventuel renforcement des contrôles des voyageurs en provenance des pays africains touchés par Ebola, après le premier cas en Espagne. Y a-t-il un risque de contagion en Europe ?

Tant que l’épidémie continuera en Afrique de l’Ouest  il y aura un risque. Mais nous sommes  en droit d’attendre que nos systèmes de santé répondent efficacement à une épidémie d’Ebola, ce qui est simple avec un système de santé efficace. 

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