Johannes Hahn : la crise de l’immigration nécessite une réponse paneuropéenne

Pour Johannes Hahn, élargir l'UE pourrait être une solution à la crise de l'immigration. [EC]

Johannes Hahn, le commissaire européen à l’élargissement, demande aux États membres de s’engager pleinement dans l’élaboration d’une politique d’immigration. Après toutes ces tragédies, nous n’avons plus le temps d’hésiter, insiste l’Autrichien dans une interview avec EURACTIV Allemagne.  

Johannes Hahn est le commissaire en charge de l’élargissement et de la politique européenne de voisinage au sein de la nouvelle Commission Juncker. Sous la présidence de José Manuel Barroso, il était commissaire en charge de la politique régionale et entre 2007 et 2010, il a occupé le poste de ministre autrichien de la science et de la recherche. Johannes Hahn est membre du Parti populaire autrichien (Österreichische Volkspartei [ÖVP]).

EURACTIV Allemagne : Le sommet des Balkans occidentaux à Vienne a été dominé par la crise de l’immigration, notamment à cause de la tragédie des réfugiés en Autriche. De nouvelles idées apparaissent constamment sur la manière dont la crise des réfugiés en Europe pourrait être gérée.

Johannes Hahn : Depuis le début, le sujet de l’immigration est au programme des ministres des Affaires étrangères. Depuis un certain temps déjà – soyons précis, depuis des années – la Commission fait face à ce problème. En mai dernier, nous avons présenté une proposition complète pour une stratégie européenne de l’immigration et pour une distribution équitable des réfugiés. Il y a neuf ans, nous avions déjà proposé d’établir une liste européenne et obligatoire des « pays sûrs » et en septembre, nous la remettrons au premier plan.

Ces propositions sont toutes intéressantes. Attendre qu’une solution apparaisse d’elle-même ne fait qu’aggraver la situation. Pourquoi rien n’a été approuvé ?

C’est aux États membres de prendre les décisions finales. Après toutes les tragédies qui ont eu lieu, nous ne pouvons plus perdre de temps à hésiter et à tergiverser. Personne ne devrait se dérober face à cette situation ! Cette crise a une dimension internationale, donc aucun pays ne peut s’y atteler tout seul. Nous avons besoin d’une approche paneuropéenne. Quant aux Balkans occidentaux, ils ne sont pas la source du problème, mais ils sont victimes de leur propre situation géographique, car ce sont des pays de transit. Pour faire face à ce problème, ils ont besoin du soutien de l’UE et cette dernière le leur a apporté.

Mais l’argent ne fait pas tout. Nous devons renforcer la coopération afin de sécuriser les frontières externes et d’apporter notre expertise aux pays les plus touchés, c’est ce que nous avons fait avec la mise en place de « hotspots » en Grèce et en Italie.

Dernièrement, de plus en plus de personnes ont demandé à ce que le problème soit réglé en dehors des frontières de l’UE. Quels sont les éléments clés de cette demande ?

En tant que commissaire en charge de la politique de voisinage, je pense qu’il est particulièrement important que le problème soit traité à sa source, c’est-à-dire dans les pays où la guerre et le terrorisme sévissent et déclenchent des vagues de réfugiés. Il est surtout question de renforcer la politique étrangère et de sécurité, et de mettre à disposition des ressources financières pour les pays les plus touchés par la crise, comme la Turquie, le Liban, et la Jordanie, qui portent le fardeau le plus lourd puisqu’ils accueillent plus d’un million de réfugiés.

À cet égard, je suis disposée à libérer des ressources pour régler le problème.

Pendant plus de 20 ans, les Balkans occidentaux ont été le théâtre de troubles au beau milieu de l’Europe. Aujourd’hui, les choses semblent s’être calmées. Que retenez-vous du sommet de Vienne la semaine dernière ?

Le sommet de Vienne est une étape importante sur la voie européenne que les Balkans sont en train d’emprunter. La porte de l’UE leur a été bel et bien ouverte. L’adhésion progressive de ces pays à l’UE est dans notre intérêt. Il ne peut pas y avoir de vide aux frontières de l’Europe. Si nous ne parvenons pas à exporter sécurité et stabilité, tout ce que nous ferons sur le long terme sera importer de l’instabilité.

Outre les grands principes, quelles sont les conclusions concrètes pour les Balkans ?

En donnant le feu vert pour la mise en place et le développement de projets prioritaires dans les secteurs de l’énergie et des transports, le sommet de Vienne a permis de créer un réseau régional entre les pays des Balkans. L’UE apportera 200 millions d’euros de financement dans ces projets, pour un investissement total de près de 600 millions d’euros. C’est un grand coup de pouce pour les économies de ces pays. Cet argent bénéficiera bien entendu à la population mais aussi aux Européens et aux investisseurs autrichiens.

Sur le long terme, l’intégration des Balkans occidentaux avec les normes européennes ne sera pas réalisable par des moyens financiers seulement. Existe-t-il de nouveaux facteurs ?

Le renforcement des programmes d’échange pour les jeunes contribuera fortement au processus de réconciliation des Balkans. En général, l’échange de points de vue et l’entraide dans des projets d’intérêts communs aident à dépasser la rancœur et les conflits bilatéraux. Enfin, les dirigeants des Balkans occidentaux ont signé une déclaration dans laquelle ils promettent de ne pas empêcher les efforts d’adhésion de leur voisin. Il y a un an, c’était impensable ! En bref, l’intégration régionale fonctionne mieux que jamais, grâce à notre soutien actif. C’est une bonne chose pour l’Europe et ses citoyens.

Quand vous avez pris vos fonctions l’année dernière, il n’était pas question d’autre élargissement. Aujourd’hui, la Serbie semble avoir reçu le feu vert pour entamer les négociations d’adhésion.

La Serbie a fait des progrès remarquables l’année dernière, que ce soit en termes de réformes internes ou de dialogue de réconciliation. La participation du Premier ministre serbe aux commémorations de Srebrenica en juillet, sa coopération constructive avec l’Albanie, et enfin, l’accord récent conclu avec le Kosovo sur des éléments clés, doivent être reconnus.

Je me suis personnellement engagé à m’assure que d’ici à la fin de l’année, les États européens ouvrent les premiers chapitres des négociations avec la Serbie. C’est une question de crédibilité, mais aussi d’anticipation, car la Serbie joue un rôle clé dans la région.

À quoi ressemble le programme de travail des semaines à venir ? Quelle est la priorité de la politique de voisinage ?

Nous ne sommes qu’au premier stade pour l’instant. Cette question ne peut être traitée qu’à travers un processus de patience et de persévérance. Des réunions avec les représentants des pays candidats ont lieu presque tous les jours, soit à Bruxelles, soit sur place. Aujourd’hui, j’ai rencontré le dirigeant du parti de l’opposition turque (CHP). Mi-septembre, je me rendrai en Macédoine pour discuter personnellement à Skopje des réformes fondamentales et, si besoin,  pour insister sur la question.

Début octobre, un nouveau rapport sur les progrès réalisés sera publié. Ce bilan motivera les Balkans occidentaux et la Turquie à poursuivre les réformes. En ce qui concerne la politique de voisinage, je ne suis pas moins occupé, puisque la gestion de crise et les réformes politiques sont au programme. La semaine prochaine, je dois m’occuper de l’Ukraine.

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