« L’investissement peut éradiquer la faim dans le monde »

Tobias Kahler [junglekey.fr]

Le 16 octobre, la communauté internationale a célébré la Journée mondiale de l’alimentation, pourtant, les chiffres indiquent qu’il n’y a pas de quoi se réjouir, explique Tobias Kahler de l’Ong ONE. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Tobias Kahler est responsable de la branche allemande de ONE, une ONG internationale de lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables. L’organisation a été cofondée par Bono, le leader du groupe U2.

Selon l’actuel indice de la faim dans le monde (GHI), le nombre de personnes souffrant de la faim a chuté de 27 % depuis l’année 2000, pour atteindre 795 millions.

Une victoire fondée sur l’un des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qui prévoyait de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim entre 1990 et 2015. Cet objectif a été atteint. Toutefois, 795 millions est un chiffre encore scandaleusement élevé. En Afrique subsaharienne, une personne sur quatre souffre de la faim.

Par ailleurs, plus de deux milliards de personnes souffrent de malnutrition, que l’on appelle aussi la « faim invisible ». 160 millions d’enfants ont ainsi des problèmes de concentration et de croissance, ce qui a des conséquences énormes sur l’éducation et les revenus futurs. Cela crée un cercle vicieux, dans lequel ces personnes sont incapables de se sortir de la pauvreté et de la faim. La malnutrition est responsable de près de la moitié des morts des enfants de moins de cinq ans dans les pays en développement. Face à ces chiffres, il est donc impensable que nous nous reposions sur nos lauriers. Il y a encore du chemin à parcourir.

>> Lire : « Les pays en développement doivent commencer à résoudre leurs problèmes eux-mêmes »

La communauté internationale se contentera-t-elle des progrès déjà réalisés ?

Seul le temps le dira. L’ONU vient d’adopter les 17 objectifs pour le développement durable (ODD). L’objectif numéro 2 vise à éradiquer la faim et les pays du G7 se sont aussi engagés à agir et à sortir 500 millions de personnes de la pauvreté d’ici à 2030. Tous ces engagements sont bienvenus et admirables, mais des efforts herculéens seront nécessaires pour les atteindre. Ces objectifs ne seront atteints que si les dirigeants de l’ONU et du G7 s’accordent sur une feuille de route commune avec des mesures contraignantes. Sans un mécanisme de surveillance des progrès réalisés, la faim n’est pas prête d’être éradiquée.

À quoi ressemblerait un tel mécanisme ?

Il pourrait prendre la forme d’un système de « feuilles de score », ou de rapports qui prendraient en compte plusieurs indicateurs des progrès du pays. Un système de signalisation permettrait également de mettre en lumière les domaines dans lesquels un pays est à la traine et ce qu’il pourrait faire pour se rattraper. Ces feuilles de score seraient à la disposition du public, des politiques et des journalistes, ce qui leur permettrait de faire pression sur les gouvernements nationaux pour agir. À l’Expo de Milan, ONE a rencontré des spécialistes du développement du monde entier pour discuter de la forme que pourrait prendre ce mécanisme.

>> Lire : L’Espagne est loin d’atteindre les objectifs pour le développement

Quelles mesures concrètes proposez-vous pour éradiquer la faim ?

Prenez la région subsaharienne. Nous savons déjà que l’investissement dans l’agriculture y est 11 fois plus efficace pour combattre la pauvreté que d’autres types d’investissement. En même temps, les investissements qui arrivent dans cette région sont très peu élevés. C’est dans ce domaine que les pays développés comme l’Allemagne doivent honorer leurs engagements et allouer 0,7 % de leur PIB à l’aide publique au développement (APD).

Actuellement, l’Allemagne n’attribue que 0,4 % de son PIB à l’APD. D’un autre côté, c’est aux nations africaines de se concentrer sur et de promouvoir le secteur agricole. Il y a plus d’un an, lorsque le protocole de Malabo a été signé, les dirigeants des pays africains se sont engagés à dépenser 10 % de leur budget national d’ici à 2025 pour soutenir le secteur agricole.

Le rôle des femmes dans la lutte contre la faim doit aussi être reconnu. Nous avons conclu que 150 millions de personnes pourraient ne plus souffrir de faim chronique si les femmes avaient le même accès que les hommes à des emplois dans le secteur agricole. Une chose est sure : aucun programme de lutte contre la faim ne fonctionnera sans l’autonomisation juridique et économique des femmes. Une fois de plus, nous avons besoin de mesures efficaces et d’un mécanisme public de surveillance pour parvenir à nos fins. Seuls, accords et objectifs ne feront pas de la faim et de la pauvreté des souffrances révolues. 

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