« Les pays en développement doivent commencer à résoudre leurs problèmes eux-mêmes »

Günter Nooke a salué l'adoption des ODD mais reste sceptique vis-à-vis de leur mise en oeuvre. [ITU Pictures/Flickr]

Le représentant d’Angela Merkel en Afrique, Günter Nooke, appelle les pays du Sud à prendre leurs responsabilités dans leur développement, et de cesser de montrer du doigt les pays industrialisés,  dans un entretien avec EURACTIV Allemagne.

Depuis 2010, Günter Nooke est le représentant de la chancelière allemande Angela Merkel en Afrique. Avant cela, il était commissaire aux droits de l’Homme et à l’aide humanitaire au bureau des Affaires étrangères allemand. Entre 1998 et 2005, il était porte-parole du groupe CDU/CSU pour la culture et les médias au Bundestag.

L’agenda 2030 pour le développementqui vient d’être adopté est-il réellement une « avancée » ?

À New York, lors du sommet de l’ONU, nous nous sommes accordés sur une vision très large. Je partage l’optimisme de la chancelière. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles sont devenues une réalité. Le fait que toutes les parties se soient accordées sur un programme incluant des chapitres économique, environnemental, social et culturel est encourageant. Toutefois, je suis encore sceptique vis-à-vis de la mise en œuvre de ce programme.

Pourquoi ce scepticisme ?

Nous allons devoir nous surpasser pour atteindre les objectifs fixés à New York. Une action politique à tous les niveaux sera nécessaire. L’Allemagne, en tant que nation, peut donner l’exemple. Il ne faut pourtant pas prendre pour acquis le fait que les autres pays suivront l’exemple. Tous les pays devront mettre de côté leurs propres intérêts et, dans une certaine mesure, donner la priorité aux objectifs pour le développement durable.

Les ODD sont encore établis sur une base volontaire. Aucun mécanisme de sanction n’a été mis en place.

Les objectifs ne sont pas contraignants, mais tout pays qui ne tiendra pas les promesses faites à New York perdra de sa crédibilité. Cela vaut autant pour l’Allemagne et la Chine que pour l’Ouganda et le Malawi. Par ailleurs, les pays en développement doivent commencer à résoudre leurs problèmes eux-mêmes plutôt que de montrer du doigt les pays industrialisés. Plusieurs pays africains ont trop peu agi durant la période des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et ont très peu investi dans la santé des enfants et des mères. Trop peu d’argent a été dépensé pour sortir les agriculteurs de l’agriculture de subsistance. Ils avaient pourtant promis de dépenser 10 % du budget national dans l’agriculture et 15 % dans les soins de santé. Je reviens tout juste d’Ouganda, où le gouvernement vient par contre de dépenser plus de 700 millions d’euros dans des avions de combat russes.

Davantage d’investissement interne dans les pays en développement, est-ce suffisant ?

Je voudrais dire qu’aucune des parties impliquées ne peut se permettre de faire trop de concessions. Je pense que nous accordons trop d’importance à l’action des pays industrialisés. Les pays en développement doivent aussi prendre leurs responsabilités. Ils doivent lutter contre la corruption dans leur pays et fournir des opportunités d’investissement, et pas seulement aux plus offrants. Dans beaucoup de pays africains, l’élite politique a un problème de gouvernance. Et je ne parle pas que de guerre et de conflit. La structure interne des gouvernements et des organismes officiels créée une grande incertitude et décourage les gens à investir, dont les entreprises allemandes. Des milliards d’euros sont disponibles mais n’ont pas encore été investis à cause de cela. Les attentes par rapport aux pays africains ont clairement été énoncées. Moins d’attentes signifierait que nous ne les considérons pas comme nos partenaires.

Les nations africaines sont pourtant économiquement dépendantes des pays industrialisés. Prenez les Accords de partenariat économique entre l’UE et plusieurs pays par exemple (APE).

J’ai un point de vue très critique vis-à-vis des APE. Des secteurs spécifiques de certains pays d’Afrique ont été économiquement détruits par ces accords. Les signataires des APE se sont engagés à libéraliser 85 % du commerce. Dans certaines industries, les producteurs africains ne peuvent tout simplement pas faire concurrence aux producteurs européens. Pour les biens sélectionnés, il est donc essentiel que les pays africains conservent le droit de lever les taxes d’importation. C’est seulement de cette manière que le continent pourra se développer. L’Afrique est un importateur net de denrées alimentaires alors que les conditions sont excellentes pour la production agricole. L’Afrique doit accroitre sa production industrielle pour créer des emplois sur le continent même et pas en Chine, au Mexique ou en Europe. Ce n’est dans l’intérêt de personne que notre voisin soit approvisionné de l’extérieur. L’Afrique devrait pouvoir se débrouiller seule, développer son économie, améliorer les droits de l’Homme et mettre en place un développement durable. Tous ces sujets sont abordés par les ODD.

Plus de responsabilité pour l’Afrique. Qu’est-ce que cela veut dire pour la coopération européenne pour le développement ? Devons-nous repenser notre avenir ?

La coopération au développement a du sens. Nous devons motiver les gens et ne pas simplement les assister. C’est le problème que je constate quand des sacs de riz sont fournis pendant les périodes de famine. Les fermiers voient qu’ils peuvent compter sur les organisations humanitaires pour leur fournir de la nourriture, et la motivation s’envole. Bien sûr que nous devons apporter notre aide aux enfants affamés et aux personnes dans le besoin. Mais nous devrions la réserver pour les situations extrêmes. La coopération au développement devrait promouvoir le développement actif et local. Nous devons également promouvoir et initier l’investissement du secteur privé.

Le problème est que les intérêts du secteur privé divergent souvent des intérêts publics.

On ne peut pas faire de généralisation. L’intérêt de faire du profit est inhérent à nos économies. En Afrique aussi les entreprises veulent faire des bénéfices. Au final ce n’est pas plus mal que de promouvoir un évènement de bienfaisance en Afrique.

Angela Merkel a aussi promis d’allouer plus d’aide de l’État. Quand l’Allemagne tiendra-t-elle sa promesse d’attribuer 0,7 % du revenu national brut à l’aide au développement ? Jusqu’à présent, l’aide publique au développement représente 0,4 % du RNB.

Nous n’avons pas de date exacte pour la réalisation de cet objectif à 0,7 %. À l’échelle européenne, nous avons fixé le délai à 2030. La chancelière a réitéré l’engagement de l’Allemagne vis-à-vis de cet objectif et continuera à augmenter l’aide au développement dans les années à venir. C’est certain. 

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