«L’Europe doit donner un coup d’accélérateur au développement africain»

Maurice Ponga [Wikipédia]

Alors que le sommet UE-Afrique démarre à Abidjan, les attentes sont importantes de part et d’autre de la Méditerranée. Pour l’eurodéputé Maurice Ponga, les problèmes affrontés par les deux continents sont de plus en plus communs. Il appelle donc à une réaction commune.

Maurice Ponga est eurodéputé français du PPE (Les Républicains). Il représente la section Pacifique de la circonscription Outre-Mer au Parlement européen et occupe le poste de vice-président de la commission dédiée au développement.

Votre rapport « UE-Afrique: un coup d’accélérateur au développement » a été voté par une grande majorité en séance plénière au Parlement européen en préparation du sommet UE-Union africaine à Abidjan. Pourriez-vous résumer ce rapport en quelques phrases?

Le monde change, et les défis que rencontre le continent africain et que rencontre le continent européen, sont presque les mêmes. Le rapport prépare le sommet d’Abidjan en tablant sur cinq points : les défis du développement économique, la sécurité et le terrorisme, le développement humain, la migration et la mobilité, et enfin l’environnement et le changement climatique. Ce sont des défis qui concernent l’Afrique, mais en même temps le continent européen. La sécurité, le terrorisme, cela concerne l’Afrique et cela rejaillit sur l’Europe. Il faut aborder cela d’une manière globale, entre les deux continents. Le texte qui a été voté par le Parlement européen représente donc la position du Parlement pour le sommet d’Abidjan.

On se dit que si l’Europe s’intéresse autant à l’Afrique ces derniers temps, c’est parce qu’elle subit les problèmes que vous avez évoqué : la crise migratoire, le terrorisme. Il faut donc subir avant de décider d’agir ?

Si l’Europe ne fait rien, et si l’Europe ne donne pas un coup d’accélérateur au développement de l’Afrique, il n’y a pas besoin de faire un dessin : on sera envahi par ce flux migratoire. À mon sens, c’est important que l’Europe puisse partager, mais sans jouer au mentor, parce que les pays africains souhaitent traiter d’égal à égal avec l’Europe. Ils reconnaissent, bien sûr, que l’Europe est le grand voisin.

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L’Europe n’est cependant pas le seul acteur géopolitique. Il y a la Chine.

Oui, il y a aussi la Chine, mais vous connaissez les valeurs que représente la Chine, s’il y en a. Alors que les valeurs que l’Europe développe dans ces pays-là, que ce soit en Afrique ou ailleurs, sont les valeurs universelles des droits de l’Homme, de l’état de droit, de la bonne gouvernance. Vous pensez que la Chine met en avant tout ça ?

Il y a des pays africains qui préfèrent qu’on ne se mêle pas de leurs affaires internes, qu’on ne regarde pas si on met les journalistes en prison, par exemple.

Dans ce cas, c’est un monde dans lequel je ne souhaite pas vivre. Mais je reviens sur ce coup d’accélérateur de l’Europe. Le rapport tourne autour de la résilience, c’est-à-dire la possibilité des états à résister aux crises et de s’adapter. Il y a la résilience politique, donc état de droit, qui est pour nous le point fondamental de notre relation. La politique environnementale est aussi très importante.

Et ne pas répéter les erreurs de l’Europe. Par exemple, ne pas passer par l’énergie fossile, alors qu’il existe déjà des alternatives techniquement atteignables et aujourd’hui peu chères ?

Voilà. Le rapport souligne que l’Afrique est un faible émetteur de gaz à effet de serre, alors que c’est le continent qui subit toutes les anomalies de la planète.

Il y a aussi le problème de détournement de fonds suite à la mauvaise gouvernance, qui prive le continent de ressources…

Nous avons constaté qu’il y a 50 milliards de dollars qui quittent l’Afrique chaque année d’une manière illégale. La gestion des ressources doit devenir transparente. Il faut mettre en place des outils de manière à contrôler cette évasion fiscale. Le rapport dit que la correction de cette évasion fiscale doit faire l’objet d’une action internationale. C’est international, c’est mondial, ce n’est pas européen uniquement, c’est quelque chose qui devrait préoccuper les dirigeants du monde entier.

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Par la présence du président du Parlement européen, Antonio Tajani, au sommet Afrique-Europe, ce rapport sera la contribution de cette institution au sommet d’Abidjan ?

Oui, Antonio Tajani sera là, à la tête d’une délégation du Parlement et ce sera à eux de transmettre nos messages.

Vous êtes vice-président de la commission parlementaire pour le développement au Parlement européen. Quels sont vos prochains projets ?

Je vais vous dire, moi, très personnellement, je suis élu du Pacifique…

De Nouvelle-Calédonie…

Oui, et le prochain dossier qui me concerne, c’est la création d’un instrument financier spécifique pour les pays et territoires d’outre-mer. Vous savez qu’avec le Brexit il y aura moins d’argent. Ce dossier sera mon objectif principal avant la fin de mon mandat.

La France s’occupe déjà de ses territoires d’outre-mer, alors qu’attendez vous de l’UE ?

Il s’agit de mettre en place un outil beaucoup plus flexible que le FED [le Fonds européen de développement], et peut-être que le montant sera un peu plus élevé. Mais ce sera un instrument beaucoup plus adapté. Parce que le FED, c’est un instrument de lutte contre la pauvreté, alors que pays et territoires d’outre-mer ne se situent pas dans la richesse, mais pas dans la pauvreté non plus. Il faut donc un instrument spécifique, adapté à ces pays et territoires d’outre-mer.

Quelle est votre expérience en tant qu’eurodéputé, avez-vous l’impression que vos collègues des pays d’Europe centrale et orientale s’intéressent moins aux thèmes du développement ?

Non, pas du tout, je considère que mes collègues de l’Est ont tout à fait les mêmes attitudes, ils sont très intéressés et très actifs.

Pourquoi est-il relativement facile de couper dans le développement, quand l’Union européenne a des problèmes budgétaires ?

En tout cas, avec les collègues de la commission parlementaire au développement, nous avons fait valoir l’idée de ne pas toucher à l’aide au développement. Si on touche à l’aide au développement, les sujets que nous avons discutés vont déborder. Il faut faire en sorte que populations du continent africain restent chez eux, trouvent du travail chez eux.

Quels sont vos rapports avec la Commission européenne ?

Avec Neven Mimica [commissaire au développement] et Stefano Manservisi [directeur général DEVCO] on travaille en très bonne intelligence. Ils nous disent qu’ils sont très heureux de venir dans notre commission où nous constatons une cohérence entre nos idées.

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