Neven Mimica: «Le privé joue un rôle clé dans les ODD»

Neven Mimica [European Commission]

Le besoin massif d’investissement dans les pays en développement ne peut être comblé par le seul secteur public. L’implication du privé est donc clé pour atteindre les Objectifs de Développement Durables, estime Neven Mimica, commissaire à la coopération internationale.

Neven Mimica est le premier commissaire européen croate depuis l’entrée du pays à l’UE en 2013. Il est responsable du portefeuille de la coopération internationale. Avant cela, il a été ministre de l’Intégration européenne et Premier ministre adjoint. Il est affilié au parti social-démocrate.

Pouvez-vous nous guider à travers les nombreuses stratégies adoptées par la Commission en matière de développement ?

Le monde change rapidement et il est essentiel de mettre à jour notre cadre stratégique à la lumière des défis mondiaux, des tendances et nouveaux accords internationaux. Permettez-moi de mentionner trois accords récents pour lesquels l’UE a été et est toujours très active dans le monde : le programme onusien de développement durable à l’horizon 2030, qui comprend les objectifs de développement durable (ODD) ; l’accord de Paris sur le changement climatique ; et le Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement. En tant que leader mondial sur le développement, il est important que nous reflétions ces accords et que nous les mettions en place dans le cadre de notre politique de développement et d’autres politiques de l’UE. C’est ce que nous avons fait avec notre nouveau Consensus européen pour le développement, qui fournit pour la première fois une vision collective de la politique de développement de l’UE et de ses membres. Ces accords internationaux se reflètent également dans nombreuses de nos initiatives, comme notre projet de plan d’investissement extérieur, notre travail sur l’avenir des relations de l’UE avec des pays en développement en Afrique, aux Caraïbes et dans le Pacifique, et notre cadre stratégique pour un partenariat avec l’Afrique. Dernièrement, beaucoup de nos stratégies sont interconnectées et orientées vers un seul objectif : la lutte contre la pauvreté.

Comment pourriez-vous décrire l’expérience de la Commission avec les partenariats publics-privés dans le domaine du développement ?

Le besoin massif d’investissement dans des projets d’intérêt public dans les pays en développement ne peut pas être comblé par le secteur public à lui seul. L’implication du secteur privé est donc clé pour atteindre les ODD. Nous avons donc la lourde tâche de soutenir politiquement, d’encadrer et de guider la participation solide du secteur privé et des alliances multipartites.

La Commission cherche à soutenir de nouvelles formes de partenariats entre les autorités locales et nationales, les entreprises, les ONG pour le développement des compétences et la prestation de services de base tels que l’accès à une énergie durable, à l’eau, la santé, l’éducation ainsi qu’à l’agriculture et à la nutrition, notamment dans les zones rurales, pour les femmes et autres groupes marginalisés.

Durant ce processus, nous pouvons fournir une assistance technique aux institutions publiques pour mettre en place des cadres juridiques et règlementaires ; soutenir les mécanismes de dialogue public-privé, qui pourraient permettre d’identifier de nouvelles opportunités ou d’accélérer les réformes du cadre règlementaire ; et lever des fonds pour des projets individuels, par exemple en couvrant certains risques liés aux investissements privés dans la lutte contre la pauvreté et qui, sans le soutien public, ne verraient pas le jour.

La Commission fait-elle une fixette sur le secteur privé ? Les ONG disent que les partenariats public-privé (PPP) sont plus couteux que les projets publics, car les investisseurs privés doivent emprunter de l’argent à des taux commerciaux plutôt qu’à des taux d’emprunt souverains. Les PPP sont aussi difficiles à négocier et à mettre en œuvre. Que répondez-vous à cela ?

Si la Commission fait une fixette, c’est sur l’éradication de la pauvreté. C’est le but de nos politiques de développement et de coopération internationale. Il est évident que le secteur public ne peut pas à lui seul faire face à tous les défis du développement. En Afrique, le continent le plus jeune, la population croît à un rythme tel que 18 millions de nouveaux emplois devraient être créés chaque année pour permettre aux jeunes d’entrer sur le marché du travail et de gagner leur vie. Sachant cela, comment ne peut-on pas nous tourner vers le secteur privé, qui aujourd’hui génère neuf emplois sur dix dans les pays en développement ?

Pour travailler avec le secteur privé, nous avons divers outils à notre disposition, allant des programmes de microcrédit à des programmes de garanties et de fonds d’investissement de grande échelle, des aides techniques pour les PME, les producteurs, les associations d’entreprises, les gouvernements locaux ou nationaux. Nous croyons en effet que pour certains types de projets, les PPP jouent un rôle important, mais ce n’est pas du tout la seule manière de collaborer avec le secteur privé.

Les PPP consistent à associer les autorités publiques et les agents privés pour concevoir, financer, mettre en œuvre, gérer ou préserver un projet d’intérêt public. Ils peuvent donc prendre différentes formes selon les cas : des coentreprises, des CET (construction-exploitation-transfert), des concessions, ou des contrats de gestion et de services.

Dans ce contexte, le rôle des PME est particulièrement important. Ce sont des petites entreprises, très nombreuses dans les pays en développement et travaillant souvent de manière étroite avec le secteur informel, qui ont besoin d’aide pour survivre. Il faut être réaliste et accepter que les petits producteurs trouvent des structures plus durables que les schémas traditionnels pour survivre à la mondialisation. C’est pour cela que l’UE soutient l’approche chaine de valeur et veut soutenir les PME formelles et informelles pour qu’elles rejoignent les chaines d’approvisionnement. Les PPP sont un instrument permettant cela.

Dans certains cas, les entreprises occidentales recherchent juste à faire des bénéfices rapidement alors que les petits exploitants replongent dans la pauvreté. La Commission a fait une liste des critères d’utilisation des fonds publics pour mobiliser des investissements privés. Ses détracteurs estiment qu’il n’y a pas d’informations détaillées sur la manière dont seront contrôlés ces critères ou quelles pénalités s’appliqueront en cas de violation de ces critères. Ont-ils raison ?

Pour le Fonds européen pour le développement durable, qui utilisera des fonds publics pour générer des investissements privés dans le cadre du Plan d’investissement extérieur, il existe un système de contrôle. Les opportunités d’investissement sont choisies en fonction de leur contribution aux objectifs de développement et de leur viabilité commerciale. Les projets correspondant à ces critères sont examinés de près pour éviter les conséquences indésirables d’une intervention. Le plan d’investissement extérieur sera strictement contrôlé et évalué et toute irrégularité fera l’objet d’une enquête approfondie. La Commission a les outils adéquats à sa disposition pour protéger l’argent public de tout gaspillage.

Les eurodéputés ont dénoncé certains partenariats privé-public, comme ceux qui soutiennent l’introduction des OGM, ce qui n’est pas dans l’intérêt des exploitations familiales. C’est le cas notamment de la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, qui reçoit des financements européens. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

La Nouvelle Alliance a pour objectif de sortir 50 millions de personnes de la pauvreté d’ici 2022. Elle se concentre sur le rôle du secteur privé dans la promotion de l’agriculture. La Commission soutient ces objectifs, qui sont aussi les siens, et souligne régulièrement que l’investissement responsable et la création d’emplois sont nécessaires dans le secteur agricole.

Il faut noter que la Nouvelle Alliance est en train de s’aligner au programme africain de développement de l’agriculture, avec la collaboration active de l’Union africaine. Cet alignement aux priorités et politiques de nos pays partenaires se sont révélés être de loin la manière la plus efficace d’obtenir de vrais résultats dans l’application des programmes. C’est l’approche qui guide la politique européenne de développement et qui est renforcée par le Nouveau Consensus sur le développement.

Dans ce contexte, la décision d’autoriser ou non et de promouvoir ou non le déploiement des OGM dans un pays donné appartient de manière exclusive à ce pays. La Commission se concentrera sur le soutien des meilleurs choix pour assurer une réduction durable de la pauvreté.

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Comment pensez-vous que le Nouveaux Consensus influencera le monde de demain ?

Le Nouveau Consensus européen sur le développement est important, parce qu’il représente une vision et un cadre communs pour la coopération au développement entre l’UE et ses pays membres.  L’UE et ses États membres sont le plus important donateur au monde. Avec le Nouveau Consensus, nous avons une plateforme d’action renforcée, dans le cadre des efforts généraux de soutien des objectifs de développement durable pour 2030 dans les pays en développement.

Le Nouveau Consensus est donc une affirmation importante du rôle de l’Europe dans la politique de développement. L’Europe s’est positivement engagée à trouver des solutions à de nombreux défis mondiaux d’aujourd’hui, comme l’éradication de la pauvreté et le développement durable.

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