Oxfam: « Le budget 2016 contredit l’ambition française sur le développement»

afrique_agriculture_africa.jpg [Shutterstock/ giulio napolitano]

Le gouvernement français a prévu une nouvelle baisse de l’aide publique au développement dans son budget 2016. Un choix incompréhensible face aux besoins de financement des nouveaux objectifs de développement durables, selon Christian Reboul d’Oxfam. 

Le gouvernement a présenté aujourd’hui son projet de loi de finances pour 2016, qu’en pensez vous ?

Le budget de l’aide au développement est annoncé en baisse de plus de 6%, soit 170 millions d’euros. Lorsque l’on compare cette baisse avec celle du budget général de l’Etat, on remarque que l’aide au développement est 10 fois plus impactée que la moyenne dans le projet de loi de finances 2016 !

Depuis le début du mandat de François Hollande, les crédits budgétaires ont baissé de 500 millions d’euros. La réalité des arbitrages budgétaires annoncés vient directement contredire l’ambition affichée il y a deux jours à la tribune des Nations unies par le président François Hollande.

Lors de son discours, il avait relevé l’importance de la nouvelle feuille de route des objectifs de développement durable (ODD) qui vise l’éradication de la pauvreté, la lutte contre le changement climatique et une aide tournée vers les populations les plus vulnérables. Et promis 4 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2020 pour l’aide publique au développement.

Ce budget devait être le premier budget de mise en œuvre de ces nouveaux objectifs de développement, et il est incompréhensible qu’il soit de nouveau en baisse. Il est urgent de financer les objectifs de développement, dès maintenant.

La France s’est pourtant engagée sur plusieurs dossiers, dont une promesse de 100 millions d’euros destinés aux pays limitrophes de la Syrie, 100 millions d’euros affectés à la lutte contre le virus Ebola, lors d’une conférence des donateurs en juillet ainsi que de nouveaux financements climat. On ne voit aucune traduction de ces promesses dans le budget français.

Il est urgent que le gouvernement rectifie le budget et inverse la tendance, et il a la possibilité de le faire en déposant un amendement lors du débat budgétaire

Justement, le premier ministre Manuel Valls a affirmé que le gouvernement déposerait un amendement dans le cadre du débat budgétaire afin de rectifier le tir.

Manuel Valls a effectivement confirmé le dépôt d’un amendement.

Il reste 5 exercices budgétaires pour arriver à la hausse promise par le Président Hollande de consacrer 4 milliards d’euros supplémentaires l’aide au développement d’ici à 2020. 

Une réunion interministérielle se réunira le 1er octobre pour décider de cet amendement. Elle doit prendre la mesure de l’urgence de la situation et venir allouer les 800 millions d’euros nécessaire afin de rendre réelles les annonces de François Hollande.

Le débat parlementaire peut-il changer quelque chose ?

Les parlementaires se saisissent de plus en plus de ces questions d’aide publique au développement. Lors du précédent budget, les députés avaient notamment interpelé les ministres et réalloué 35 millions d’euros aux pays les moins avancés et les populations vulnérables.

La commission des Affaires étrangères a aussi émis un rapport sur demandant à remettre au cœur de la politique de la France l’aide publique au développement avec les pays d’Afrique subsaharienne pour contribuer à la stabilisation des Etats.

Il y a une véritable volonté politique des parlementaires de mobiliser sur ces questions là, et de voir traduire dans le budget leurs recommandations politiques.

Quelles sont les conséquences de cette baisse régulière du budget français ?

Il s’agit de la cinquième baisse consécutive en cinq ans du budget de l’aide publique au développement.

On a perdu beaucoup de budget sur la question du renforcement des États, et autant de moyens en moins pour lutter contre les conséquences du changement climatique. Dans le domaine de la santé, certains objectifs du millénaire pour le développement qui s’achèvent en 2015 n’ont pas été atteints. Par exemple, l’objectif qui prévoyait de réduire des deux tiers la mortalité maternelle n’a pas été atteint, la réduction a été seulement de 45%. Le manque de financement n’a pas permis d’atteindre ces engagements.

À l’heure où la communauté internationale se donne de nouveaux objectifs de développement durable pour 2030, ces annonces budgétaires détonnent.  Il ne faut pas que cette période qui s’ouvre soit une nouvelle ère de promesses non tenues.

Pour compenser la baisse des crédits de l’APD, la France mise depuis plusieurs années sur le développement des financements innovants comme la taxe sur les transactions financières. Ce choix est-il efficace ?

La taxe sur les transactions financières est un financement innovant qui doit être additionnel. Il faut que l’affectation de cette taxe au développement augmente, et surtout qu’elle ne soit plus plafonnée comme c’était le cas en 2015.

Le gouvernement table également sur le rapprochement de la Caisse des Dépôts et consignations avec l’Agence française de développement afin d’augmenter les volumes d’engagements.

Réformer l’aide publique au développement c’est important. Ce rapprochement entre la Caisse des Dépôts et consignations avec l’Agence française de développement sera une réussite à certaines conditions. Il faut qu’il aboutisse à une véritable institution de développement et non pas une institution purement financière qui viendrait accentuer la financiarisation de l’aide.

Si on veut que la finalité de développement soit maintenue, il faut garder également un renforcement des dons à destination des pays les moins avancés, des populations les plus pauvres et de l’adaptation au changement climatique.

Par exemple, les financements climat français ne sont constitués qu’à 7% de dons. En Allemagne les dons représentent 90%. Il faut un rééquilibrage entre dons et prêt dans les financements climat.

Enfin, cette nouvelle institution devra garder à l’esprit l’idée de transparence et de traçabilité l’aide. 

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