Pour les Maldives, un accord sur le climat ne suffira pas à enrayer la disparition de nombreuses îles

Abdullahi Majeed, secrétaire d’État à l'Environnement des Maldives

Abdullahi Majeed, secrétaire d’État à l'Environnement des Maldives [Ministère de l'Environnement des Maldives]

Le secrétaire d’État à l’Environnement des Maldives, Abdullahi Majeed, craint que de nombreux États insulaires ne soient rayés de la carte, même en cas d’accord ambitieux lors de la COP21 en décembre 2015.

Abdullahi Majeed est secrétaire d’État à l’Environnement des Maldives et a participé pour le pays aux négociations climatiques internationales depuis le Sommet de la terre à Rio en 1992.  Il a répondu aux questions d’EURACTIV à Paris à l’occasion du colloque international « Coopérer pour répondre au défi climatique » organisé par Expertise France.

La conférence internationale de Paris Climat 2015 doit se tenir au mois de décembre. Comment les Maldives préparent leur contribution nationale à cet événement ?

Nous avons commencé à travailler sur notre contribution nationale en vue de la conférence de Paris Climat 2015 (COP 21 ) il y a 6 mois, avec l’assistance du Fonds pour l’environnement mondial. Nous espérons que notre contribution sera prête d’ici le mois d’août ou au début du mois de septembre.

Par ailleurs, nous dépensons beaucoup d’argent pour nous approvisionner en pétrole, presque 30 % de notre produit intérieur brut. Le pétrole est pour nous une arme à double tranchant, car il est cher et polluant. Nous souhaitons développer l’énergie solaire afin de produire 30 % de nos besoins d’énergie quotidiens.

Aujourd’hui, nous produisons 2 à 3 heures de la consommation d’énergie sur les petites iles des Maldives grâce au solaire. Dans la capitale (Malé), nous ne produisons pour l’instant que 4 % des besoins. C’est un objectif ambitieux, mais nous espérons l’atteindre d’ici 4 ans.

Les Maldives sont en ce moment à la tête de l’Alliance des petits États insulaires, qui sont directement impactés par les effets du changement climatique. Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ?

L’Alliance des petits états insulaire regroupe 44 membres. Notre problème principal vient du fait que nous sommes de très petit pays et que nous sommes à une faible altitude au-dessus du niveau de la mer. En moyenne, la hauteur des Maldives se situe à 1,2 mètre au-dessus du niveau de la mer, nous sommes donc fortement menacés par la montée des eaux !

Les Maldives comptent 1200 îles dont 200 sont habitées. Notre géographie est notre principal défi.

Nous sommes également exposés aux catastrophes naturelles – comme le cyclone qui vient de toucher Vanuatu. Un tsunami, comme celui qui s’est produit en 2004, prend quelques minutes pour tout détruire ; nous avons mis 10 ans à nous reconstruire.

Autre exemple, il y a dix ans, la saison sèche durait seulement 3 mois aux Maldives. Maintenant, elle dure 5 mois et à cause de ce changement nous avons un manque d’eau, car sur beaucoup de petites îles l’eau potable provient de l’eau de pluie et des puits. En ce moment, 53 îles ont demandé à ce que de l’eau potable leur soit envoyée de la capitale : nous avons dû louer un cargo, le remplir d’eau et l’envoyer approvisionner en eau les îles, dont certaines se trouvent à plus de 2 jours de navigation. C’est un exercice coûteux, que nous faisons depuis presque 10 ans.   

Les négociations internationales sur la réduction des risques naturels qui se sont déroulées au Japon la semaine dernière ont abouti à un accord décevant…

Je participe aux négociations climatiques depuis que le début de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et je sais à quel point ces grandes négociations internationales peuvent être frustrantes !

À Sendai, nous espérions tous un compromis plus ambitieux, surtout au regard de la catastrophe qu’était en train de vivre le Vanuatu. De plus, ce n’est qu’une question de temps avant que l’ensemble de la planète soit touché par ces phénomènes

La conférence de Paris sera aussi l’occasion de parler de financement pour l’adaptation au changement climatique. Qu’attendez-vous des pays développés ?

Nous attendons plus. Les pays développés avaient promis 100 milliards de dollars dans le cadre du Fonds vert pour le climat, et pour l’heure, seulement 10 milliards ont été levés ! C’est n’est pas bien de promettre des choses et de ne pas s’y tenir.

Parfois, certains pays en développement – surtout les pays les plus pauvres et les petits États insulaires – sont considérés une « bande de mendiants ». C’est vrai, mais les pays développés ont assuré leur développement et leur révolution industrielle, et maintenant c’est nous qui sommes blessés par les effets du réchauffement climatique.

Mais il n’y a pas qu’une question d’argent, il y a également un enjeu de renforcement des capacités : nous n’avons pas les compétences techniques ni l’éducation nécessaire pour face seuls à ces problèmes.

Nous n’avons pas seulement besoin d’argent, mais aussi d’accès aux technologies et à la possibilité de former nos populations.

Avant, le principal problème était l’attitude des États-Unis, pays pollueur qui n’était pas partie prenante de la lutte contre le changement climatique. Mais heureusement, les Etats-Unis sont maintenant montés à bord avec le président Obama. Au moins une fois dans ma vie j’aurai vu un président américain reconnaitre la réalité du changement climatique et vouloir faire partie de la solution. C’est un véritable progrès.

Vous avez participé à de nombreuses négociations internationales sur le climat. Êtes-vous optimiste pour la conférence de Paris ?

Au cours des trois dernières années, nous avons mené discussion sur discussion. Nous espérons que le document aujourd’hui sur la table des négociations aboutira à un compromis d’actions contraignantes à Paris.

Quand le protocole de Kyoto a été adopté en 1997, les petits États insulaires avaient demandé un objectif de réduction de 25 % des gaz à effet de serre, et nous avons terminé avec un objectif de 5 % ! Aujourd’hui, les scientifiques s’accordent sur le fait que nous avons besoin d’un minimum de 60 à 70 % de réduction des gaz à effet de serre pour stabiliser les effets du changement climatique comme la montée des eaux et la fonte de glace. Mais le mieux que nous pouvons espérer est un objectif de 40 %.

Même ainsi, beaucoup de gens pensent qu’il sera très difficile de maintenir la hausse de la température en dessous des 2 °C , et que nous pourrions terminer avec une hausse de 4 voire 5 °C ! Et dans cette situation, beaucoup de petits États insulaires pourraient ne pas avoir de futur.

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