Sigmar Gabriel : L’inaction au niveau européen a mis l’Allemagne en difficulté

German Economic Affairs Minister Sigmar Gabriel is calling for greater flexibility for countries like France and Italy in exchange for reforms within the Stability and Growth Pact. [The Council of the European Union]

Sigmar Gabriel [European Council]

Le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, exige plus d’aide pour la Jordanie et le Liban, afin qu’ils puissent gérer la crise des réfugiés et de nouvelles discussions avec Moscou. Un article du Tagesspiegel.

Sigmar Gabriel dirige le Parti social-démocrate allemand depuis 2009. En décembre 2013, il est devenu vice-chancelier et ministre des Affaires économiques et de l’Énergie. 

Munich semble être à saturation en ce qui concerne l’accueil des réfugiés. Les régions sont aussi dans une situation difficile. Que faut-il faire ?

Il est vrai que l’inaction et les flottements au niveau européen ont mis l’Allemagne en difficulté. Le problème pour les régions et communautés n’est pas le nombre d’arrivants en soi, mais la fréquence et le rythme auxquels ils arrivent.

Comment le flux des réfugiés pourrait-il être limité ?

Premièrement, il faut évidemment alléger le fardeau de l’Allemagne lundi (14 septembre) en redistribuant 160 000 réfugiés. Ce premier pas devra cependant être suivi d’autres mesures, 160 000 personnes, c’est une goutte d’eau dans l’océan. À l’heure actuelle, cela représente le nombre d’immigrants qui arrivent en Allemagne en un mois et demi. Parallèlement à la redistribution, il faut mettre en place une aide rapide et efficace aux pays d’origine des réfugiés.

Nous devons particulièrement concentrer notre aide sur les pays voisins des zones de conflit, qui ont dû accueillir des centaines de milliers de personnes. Tant que la vie dans les camps de réfugiés libanais et jordaniens se déroule dans des conditions aussi difficiles, les réfugiés continueront à fuir vers l’Europe. Nous devons nous occuper de cela aussi rapidement que possible.

Comment ?

L’Allemagne et l’Europe devraient mettre en place un paquet d’aide d’urgence de 1,5 milliard d’euros pour couvrir la nourriture, le logement et, avant tout, l’éducation dans les camps de réfugiés. Les États du golfe et les États-Unis seront appelés à en faire autant. Il n’est pas normal que des centaines de milliers d’euros puissent être rendus disponibles en quelques semaines pour renflouer nos banques, mais qu’on ne puisse pas trouver une infime portion de cette somme au niveau international pour sauver des vies.

Que peut faire la communauté internationale pour supprimer les causes de la crise, la guerre civile syrienne et la montée en puissance de l’État islamique ?

Nous devons changer notre relation avec la Russie. La fin de ces deux conflits est entre les mains de Moscou et Washington. Si l’escalade menace de continuer, avec un camp soutenu par la Russie et un autre par les États-Unis, le nombre de réfugiés continuera d’augmenter. Nous devons empêcher cela.

>> Lire : La Russie veut que l’UE abandonne son projet « messianique » de démocratie

Pourquoi êtes-vous si convaincu qu’il existe une solution diplomatique à la crise syrienne ?

La réussite des négociations sur le nucléaire iranien, qui a été rendue possible grâce à la contribution de l’Allemagne et de l’Europe, montre qu’un accord de cette nature est réellement faisable. C’est la raison pour laquelle nous devrions commencer à reconstruire la relation entre la Russie et l’Europe.

Que faudrait-il faire pour calmer la situation à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche ?

Nous devons clarifier à une étape bien antérieure les conditions d’obtention de l’asile en Europe. Faire la distinction entre les immigrants qui peuvent faire une demande d’asile et ceux qui sont refusés à la frontière austro-allemande, ce n’est pas suffisant et c’est trop tard. L’UE doit mettre en place les centres d’arrivée prévus, qui seront placés aux frontières grecques et italiennes. Le traitement des demandes doit avoir lieu là, tout comme la répartition des migrants.

Nous devons aussi installer ce genre de centres en Hongrie, de préférence sous l’autorité de l’agence de l’ONU pour les réfugiés, afin que les immigrants ne soient plus laissés à la merci de M. Orbán. Quand des milliers de personnes marchent le long des autoroutes, il est beaucoup plus difficile de les arrêter et de les répartir équitablement.

>> Lire : Le plan secret d’Orbán pour arrêter les réfugiés

Cet article est initialement paru dans Der Tagesspiegel.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER