Comment mesurer le succès de la coopération ?

L'aide publique au développement devrait devenir plus transparente. [DFID/Flickr]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’aide au développement européenne est-elle efficace?.

L’impact réel de l’aide au développement doit être mis sous surveillance permanente. EURACTIV Allemagne a interrogé Sarah Holzapfel, de l’Institut allemand de développement.

Le Dr Sarah Holzapfel est économiste agricole et chargée de recherche au département des politiques de développement bilatérales et multilatérales de l’Institut allemand de développement. Dans son rapport sur l’évaluation de la coopération au développement, elle s’est penchée sur les indicateurs utilisés par onze organisations internationales pour mesurer le succès de leurs projets.

Vous avez mené cette évaluation de la mesure de l’aide au développement pour le ministère fédéral du développement et de la coopération économique (BMZ). Les paramètres utilisés sont-ils efficaces ?

Mesurer le succès de la coopération au développement est très compliqué. Pour agréger des données de différentes périodes, on sélectionne 15 ou 20 paramètres parmi la liste des indicateurs traditionnels, qui sont en réalité tous très superficiels. Si on prend en compte le nombre d’enseignants formés, par exemple, les résultats ne sont souvent pas très bons. Ils montrent seulement que des enseignants ont été formés, et combien. Alors que la question serait plutôt de savoir si les étudiants ont appris. On ne peut donc pas tirer de conclusions importantes de ces indicateurs.

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Le public critique le manque de preuves de l’efficacité de l’aide au développement. Les organisations sont donc confrontées à la tâche difficile de mesurer leur succès. Comment avez-vous construit votre évaluation ?

C’est une question difficile. Les données agrégées sont récentes. Les premières tentatives ont eu lieu dans les années 2000. Les donateurs sont encore en train d’apprendre comment adapter leurs systèmes pour les rendre efficaces.

Les indicateurs qu’ils utilisent disent par exemple que 80 % des projets ont atteint 80 % de leurs objectifs. Cela peut en effet fournir une information sur la fonctionnalité ou non des projets. Et, bien sûr, il est intéressant de mesurer certains effets agrégés et d’en informer le public. Mais si on veut évaluer le résultat concret dans le contexte des objectifs de développement durable (ODD), il faut mener une analyse plus approfondie au niveau national.

Qu’est-ce que cela implique ?

Les donateurs doivent mesurer l’impact de leurs projets. Les questions comme « combien de kilomètres de route avons-nous construit », ou « combien de litres d’eau avons-nous fournis » doivent être complétées par l’impact qu’ont eu, et continuent d’avoir, ces projets : « comment les vies de nos groupes cibles ont-elles changé », « les revenus ont-ils augmenté », « la sécurité alimentaire est-elle meilleure ».

C’est le genre de questions qui devrait être automatiques dans le cadre des ODD ou de l’initiative internationale pour la transparence de l’aide (IATI). Quelles sont les prochaines étapes ?

Un rapport sur ces résultats remplirait une partie des obligations de transparence générales des donateurs. Pour moi, les donateurs devraient enregistrer tous leurs projets et leurs résultats dans une base de données centrale accessible à tous, partout dans le monde. Cela serait très pratique pour les habitants et les gouvernements des pays en voie de développement et leur donnerait une vue d’ensemble de ce qui est financé et des résultats qu’ils peuvent en attendre. Les organisations pourraient aussi mieux partager leurs informations et mieux coopérer avec les gouvernements locaux.

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Ainsi, les Allemands pourraient voir exactement quels projets sont financés avec l’argent public.

La transparence de l’aide au développement est aussi un problème en Allemagne. Nous fournissons moins d’informations que les Français, par exemple. Les donateurs multilatéraux, comme la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement ou les banques de développement américaines, comme la Banque interaméricaine de développement, ont un fonctionnement tout à fait différent. On y fournit encore plus de transparence quant aux documents, aux propositions de projets, aux rapports, etc. Les donateurs bilatéraux pourraient apprendre beaucoup de ce système.

Les normes de l’IATI permettraient d’améliorer la transparence. Par contre, la présentation des résultats des projets est moins satisfaisante. Les donateurs se limitent en général à publier leurs dépenses et l’origine des fonds, pas leurs résultats.

C’est peut-être lié aux critiques selon lesquelles les fonds publics sont mal utilisés dans les projets de développement ?

C’est l’un des facteurs qui revient souvent, et c’est peut-être une raison de ne pas tout rendre public, parce que certaines choses sont mieux gérées de manière interne. Bien sûr, si les résultats ne sont pas toujours positifs, l’aide au développement en souffre, mais il est également évident que tous les projets ne peuvent pas être des succès. Il n’empêche, de plus en plus de financements publics alimentent les projets de développement et il est important que le public sache où va son argent.

Des indicateurs significatifs quant à la qualité et à la quantité de l’évaluation ne rendraient pas seulement les projets plus transparents, cela aiderait aussi les organismes se comparer entre eux.

Les systèmes actuels sont en effet incomparables. Ils s’appuient tous sur des facteurs différents. L’évaluation des types de projets utiles et de ceux qui ne le sont pas est également limitée.

Comment votre étude permettra-t-elle de rendre la coopération au développement plus efficace à l’avenir ?

En plus de l’enregistrement central des données et d’une combinaison de transparence et d’évaluation, je pense qu’il est très important d’impliquer les pays partenaires dans l’analyse. Les projets de développement touchent à des principes importants, comme la propriété, l’alignement et la coordination. Chaque projet a son propre système d’évaluation, parallèle aux systèmes mis en place par le pays en question. Les donateurs devraient faire plus d’efforts pour harmoniser leurs systèmes. Cela permettrait de faire faire un bond en avant à la coordination et à la transparence dans le domaine.

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