Oxfam dénonce la déviation de l’aide au développement vers la sécurité

Oxfam dénonce la conditionnalité de l’aide au développement.

L’UE a entamé la révision de l’ensemble de son cadre pour la coopération au développement, afin d’intégrer les 17 objectifs de développement durable de l’ONU et l’accord de Paris sur le changement climatique.

Natalia Alonso est vice-directrice du bureau bruxellois d’Oxfam, qui représente l’organisation auprès des institutions.

L’UE semble avoir synchronisé sa révision du cadre pour la coopération au développement avec l’adoption des objectifs de développement durable (ODD) par l’ONU l’an dernier et l’accord de Paris sur le changement climatique.

L’UE présente sa série de mesures pour l’application des ODD, ainsi qu’une autre communication, sur le futur accord avec les pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique). Il s’agit là du cadre qui remplacera l’accord de Cotonou, conclu entre les pays ACP, les 28 États membres et l’UE sur le commerce, le développement et le dialogue politique.

>> Lire : Annick Girardin : « Les ODD sont la réponse aux causes des migrations »

Selon vous, la Commission veut également intégrer un « programme de sécurisation », à cette révision. Pourriez-vous nous expliquer ?

Je voudrais tout d’abord dire que nous accueillons cette révision très positivement, c’est un bon moment pour mettre la politique à jour. Nous avons cependant déterminé un certain nombre de risques qui se profilent.

Premièrement, la « sécurisation de l’aide ». L’aide au développement est définie comme un instrument de lutte contre la pauvreté et l’inégalité, mais dans le contexte actuel une partie des financements pourraient être utilisée à des fins sécuritaires. Les instruments sécuritaires sont nécessaires, nous ne le nions pas, mais nous nous demandons pourquoi l’aide au développement, censée éradiquer la pauvreté, est détournée vers des aspects sécuritaires.

Deuxièmement, l’aide humanitaire pourrait finir par être utilisée comme un outil de contrôle de l’immigration dans les pays tiers, c’est le principe de conditionnalité, au lieu d’aider les personnes dans le besoin dans ces pays. Au lieu de cela, l’aide sert les intérêts de l’Europe en empêchant les migrants d’arriver en Europe. Cela n’a clairement rien à voir avec le but de l’aide au développement.

Troisièmement, les financements devraient arriver aux personnes qui en ont besoin. Or, dans le contexte de la crise migratoire, les financements ont tendance à se détourer vers les « pays d’origine » et les « pays de transit ».

>> Lire : Les Vingt-Huit conditionnent leur aide au retour des migrants africains

Quatrièmement, le rôle du secteur privé. Celui-ci a un rôle à jouer en faisant la promotion des ODD, mais le privé n’est pas une panacée qui couvrira le manque de financement des ODD. Il faut donc clarifier leur contribution réelle. L’une de leurs plus grandes contributions est liée à leur propre chaîne d’approvisionnement – il faut une meilleure distribution des richesses entre leurs travailleurs. C’est une condition importante de l’éradication de la pauvreté.

En Éthiopie, l’aspect sécuritaire de l’aide est frappant: le pays est un bénéficiaire important du fonds d’urgence pour l’Afrique, mais vient de déclarer l’État d’urgence après la mort de 500 personnes dans des conditions troubles lors de manifestations.

Exactement. L’Afghanistan est un autre exemple. Il est « surprenant » que l’accord entre l’UE et le gouvernement afghan sur le retour au pays d’un certain nombre de citoyens dont les demandes d’asile avaient été rejetées ait été suivi de près par une conférence sur l’aide au développement. Nous avons été vraiment surpris de cette « coïncidence ».

 

Les ODD incluent des mesures sur les droits reproductifs, sexuels et liés au genre. Je pense que c’est la première fois. Pourtant, au sein des 28 États membres de l’UE, plusieurs pays catholiques s’opposent toujours à l’avortement, à la pilule et même aux plannings familiaux. C’est le cas de l’Irlande, de Malte et de la Pologne, par exemple. Comment les convaincre ?

Le consensus signifie qu’il y a une position commune. En principe, cela devrait s’appliquer à toute l’Europe. […] Pour arriver à un consensus, il faut négocier. Tout comme dans d’autres secteurs, un pays ne peut pas tout bloquer.

Il existe différents niveaux d’intervention. Une fois le consensus obtenu, il s’applique à tout le monde. Et c’est comme ça que ça doit être : une UE qui s’exprime d’une seule voix sur le développement.

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