Doutes sur le riz OGM miracle contre la malnutrition

Le riz doré serait le remède aux fréquentes carences alimentaire des enfants d’Asie du Sud-est. [shutterstock.com]

Le riz doré, censé endiguer la malnutrition, a été approuvé fin mai par la Food and Drug Administration (FDA). Mais l’agence doute de l’efficacité du produit. Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement.

Les partisans des OGM crient victoire. Le produit qu’ils citent en exemple de leurs bonnes intentions : le riz doré, dont les deux transgènes assurent la richesse en bêta-carotène (précurseur de la vitamine A), pourrait résoudre les fréquentes carences des enfants d’Asie du Sud-est.

Plusieurs ONG s’opposent à ce projet, mettant en doute l’efficacité du riz doré pour lutter contre la malnutrition. Parmi elles, Greenpeace a fait l’objet en juin 2016 d’une pétition signée par 107 lauréats du prix Nobel, lui demandant de cesser sa campagne contre l’OGM.

Les pays du nord à la rescousse

Destinée aux pays d’Asie du Sud-est, la variété GR2E du riz doré, développée par l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI), fait l’objet de demandes d’autorisation déposées en 2017 au Bangladesh et aux Philippines. Or cette ONG de recherche, sise à Los Baños (Philippines), a également introduit des demandes auprès de pays industrialisés.

La démarche peut a priori sembler étrange, alors qu’il n’est pas prévu de commercialiser le riz doré dans ces pays. Selon l’association Inf’OGM, il s’agirait d’une part de se couvrir légalement en cas d’arrivée accidentelle dans un pays non producteur, d’autre part d’« exercer une pression sur les pays asiatiques qui n’ont pas encore donné leur feu vert ».

Ce dont l’IRRI ne se cache pas: « toute évaluation positive que le riz doré obtient auprès d’agences réglementaires nationales constitue une nouvelle étape vers sa disponibilité pour les personnes qui en ont le plus besoin. Les critères de sécurité drastiques en vigueur à la FDA et dans d’autres agences nationales sont un modèle de décision pour tous les pays souhaitant bénéficier du riz doré », explique son directeur général, Matthew Morell.

Une victoire à la Pyrrhus

Du côté des pays industrialisés, la récolte est en effet bonne : après l’Australie et la Nouvelle-Zélande en décembre 2017, le Canada en mars 2018, la FDA américaine a donné le 24 mai son feu vert au produit, invoquant pour cela l’équivalence en substance, principe en vigueur aux États-Unis et qui permet d’autoriser tout OGM.

Or ce que l’IRRI s’abstient de préciser dans son communiqué, c’est que la FDA s’avère très sceptique quant à l’efficacité du produit. Selon l’agence, la teneur en bêta-carotène est trop basse pour que le produit puisse bénéficier d’une allégation nutritionnelle, du type « enrichi en vitamine A ».

Moins bien qu’une carotte non-gm

Les résultats fournis par l’IRRI indiquent en effet une teneur moyenne de 1,26 milligrammes par kg (mg/kg) de poids sec, avec des valeurs comprises entre 0,504 et 2,35 mg/kg, très en dessous des carottes (82,9 mg/kg) et des épinards (56,3 mg/kg). Au vu de la consommation américaine de riz (11,8 kg par an), la présence exclusive de riz doré aux États-Unis n’aboutirait qu’à un dixième des apports actuels en vitamine A de la population.

Certes, les pays asiatiques consomment bien plus de riz que les États-Unis. Mais le calcul effectué par l’IRRI repose sur une teneur très optimiste, à savoir 7,31 mg/kg, obtenue sur du riz frais et broyé. Or de l’aveu de l’institut, la teneur en bêta-carotène sera bien en-deçà, en raison d’une diminution pendant le stockage, la transformation et la cuisson.

Selon une étude publiée en 2017, le bêta-carotène se dégrade rapidement une fois le riz récolté : au bout de trois semaines, sa teneur n’est plus que de 60% celle mesurée initialement. A dix semaines, elle chute même à 13%.

À défaut de s’extasier sur le taux de bêta-carotène, la FDA ne trouve rien à redire à l’appellation « Golden rice » : les grains présentent bien une teinte dorée. « Ce nom décrirait bien le riz GR2E s’il était présent dans l’alimentation », indique l’agence. Un peu comme les pâtes alphabet, les transgènes en plus.

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