Les ONG se battent contre le recul de l’aide européenne

Les jeunes militants de ONE au Parlement européen. [Georgi Gotev]

En visite au Parlement européen, des ONG de développement ont milité pour sauver le budget de l’aide européenne.

Le 25 octobre, le Parlement européen se prononcera sur le budget 2018. Avant cette échéance, les organisations de développement et d’aide humanitaire Plan International, ONE, Oxfam et Save the Children ont protesté contre un projet qui réduirait de 90 millions d’euros l’enveloppe initialement prévue.

La proposition de budget pour 2018 a été présentée le 30 mai par le commissaire Günther Oettinger, qui a admis des difficultés dans la prise de décision. La proposition de rapport du Parlement appelle quant à elle à une augmentation des ressources financières et rappelle que le soutien à l’Afrique subsaharienne est essentiel, ce que prouve notamment le nombre de migrants arrivant en Europe depuis cette région.

La commission « développement » du Parlement a donc présenté une série de modifications potentielles du budget, soulignant notamment que le Royaume-Uni fournit à l’heure actuelle pas moins de 15 % de l’aide au développement européenne et qu’il faudra ajuster la participation de chacun après le Brexit.

La baisse du budget européen affecte l’aide au développement

Les États membres de l’UE ont décidé de réduire la proposition de budget de l’UE pour 2018 de 1,2 milliard d’euros. Une partie de cette baisse affecterait l’aide au développement, au grand dam des ONG.  

Le 17 octobre, 200 jeunes militants, les « ambassadeurs jeunesse » de la campagne de l’ONG ONE, se sont rendus au Parlement pour demander en personne aux eurodéputés d’augmenter l’enveloppe de l’aide au développement. ONE est une ONG qui lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables en Afrique et collabore de façon permanente avec d’autres organisations, comme Oxfam.

La visite, à laquelle participaient des jeunes de 33 nationalités différentes, a été organisée lors de la Journée mondiale pour l’éradication de la pauvreté. Ils ont été accueillis par l’eurodéputé Kati Piri (S&D, Pays-Bas), qui a confirmé que les pays riches occidentaux ne pouvaient s’isoler de leurs voisins. Elle a cité l’exemple des tensions suscitées à La Haye par l’offensive israélienne sur Gaza en 2014, du crash du vol MH17, à bord duquel voyageaient trois de ses connaissances, ou encore des réfugiés que la guerre en Syrie a poussés à chercher refuge en Europe.

Kati Piri a indiqué ne pas pouvoir imaginer que son groupe vote en faveur d’une réduction du budget de l’aide au développement, mais a invité les jeunes militants à vérifier les votes et à ne pas hésiter à dénoncer ceux qui votent pour.

Tomáš Zdechovský, eurodéputé PPE tchèque, a pour sa part regretté que les médias ne couvrent pas davantage la politique de développement. Quand il essaie d’aborder la question en République tchèque, les gens lui répondent « pourquoi nous parlez-vous du développement de pays distants, nous avons besoin de cet argent ici », regrette-t-il.

Pour lui, les Tchèques, qui se considèrent comme pauvres, n’ont aucune idée de ce que signifie la vraie pauvreté. Une vision que Kati Piri ne partage pas. Elle a expliqué avoir été témoin de situation de pauvreté terrible dans plusieurs pays d’Europe centrale et orientale, au sein de populations Roms.

Urmas Paet (ALDE, Estonie) considère quant à lui que le manque d’éducation est une cause majeure de pauvreté, ainsi que d’autres problèmes. Il explique un cas en Afghanistan, un garçon arrêté avec une ceinture d’explosifs qu’il n’avait pas réussi à détoner correctement avait été interrogé et avait expliqué qu’il avait accepté de porter la ceinture parce qu’on lui avait promis une moto et un smartphone.

Il a également parlé de sa visite à une classe de jeunes garçons de 8 et 9 ans, toujours en Afghanistan. Le professeur a demandé à l’un des élèves de prêter son manuel à l’eurodéputé. L’élève s’est mis à pleurer, désespéré de devoir se séparer de son livre. « En Estonie, ou dans les autres pays européens, je n’ai jamais vu un désir aussi émotionnel d’apprendre », assure-t-il.

Les ambassadeurs jeunesse ont également rencontré l’EU40, un réseau de 96 eurodéputés de moins de 40 ans, et certains ont rencontré des représentants des groupes politiques.

La militarisation de l’aide au développement se poursuit

L’affectation de l’aide au développement européenne à des actions sécuritaires est défendue par un large partie du Parlement et par la Commission. Mais certains craignent un détournement de l’aide au détriment des plus pauvres.

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