Assises du développement : les professionnels attendent les actes

François Hollande a annoncé une loi de programmation sur l’aide au développement, mais pas de budget supplémentaire. Les professionnels craignent un simple effet d’annonce.

La clôture des Assises du développement doit signer un nouveau départ pour la politique française de développement. Cet écho a été repris en choeur par les ONG, collectivités territoriales, entreprises, chercheurs et syndicats venus écouter, vendredi 1er mars, le discours du président de la République. 

Pour les professionnels, ces débats ont été l’occasion de faire remonter à nouveau leurs observations de terrain. Mais il s’agissait aussi et surtout de mettre l’Etat devant ses responsabilités.

La concertation a permis aux acteurs du développement de faire de nombreuses contributions, à partir de leurs propres expériences de terrain.

Assises du développement : les annonces de François Hollande

Loi sans budget

Demande majeure, finalement satisfaite, une loi de programmation et d’orientation clarifiera la politique de développement du gouvernement. Elle devait aussi permettre d’inscrire dans le budget des moyens financiers conséquents.

Ce ne sera pas le cas. Aucun fonds supplémentaires avant le retour de la croissance, a déclaré François Hollande. Par ailleurs, la loi ne contiendra pas d’objectifs contraignants.

Aux yeux des ONG l’absence de nouvelles enveloppes budgétaires dilue la portée des promesses présidentielles sur les objectifs de l’aide : transparence, exigence démocratique, respect des normes sociales et environnementales, lutte contre le changement climatique, investissement dans les énergies renouvelables.

« La France ne doit pas juste afficher des ambitions sans se donner les moyens financiers pour les atteindre», estime Guillaume Grosso, de l’ONG ONE France.

Développement agricole et questions sociales

Sceptiques sur les effets de la loi de programmation, les ONG reconnaissent malgré tout l’effort de cohérence de François Hollande entre ses choix politiques (aide au développement et respect de l’environnement par exemple). Mais, ils regrettent que les orientations choisies ne se limitent à l’économie, la sécurité et l’environnement.

« Qu’en est-il du développement social ? De la lutte contre les inégalités ? Des droits humains (accès à l’eau, santé, Droits de l’homme) ? » interroge Bénédicte Hermelin, directrice du Gret et vice-présidente de Coordination Sud.

Pourtant longuement évoqué au cours des Assises, le social risque d’être le « parent pauvre » de l’aide au développement, estime le secrétaire national en charge de la politique internationale et européenne de la CFDT Marcel Grignard.

Le discours de François Hollande ne restitue pas assez la richesse des débats, observe également Coordination Sud, dans un communiqué.

Pour l’instant, « des ambitions, un souci de cohérence, une volonté de transparence ont été affichés (…) Mais j’attends de voir la réalité derrière », résume Nicolas Hulot, nommé envoyé spécial de la planète par François Hollande en décembre 2012.

Absence de réformes structurelles

Les conflits de compétences entre le Quai d’Orsay et Bercy ont été les grands absents des discours officiels. La mauvaise organisation de l’aide au développement française a pourtant fait l’objet d’un rapport récent.

Un rapport critique sévèrement l’organisation de l’aide française au développement

« Trop de ministères concernés, parfois concurrents, une banque de développement avec l’AFD, une coordination interministérielle inefficace… Le constat était connu. Le dispositif actuel demeurera, au détriment de son efficacité, » note Oxfam France.

Sur Twitter, le 15 février, le ministre du Développement Pascal Canfin a toutefois assuré que des « changements » étaient « en cours ». La loi de programmation sera présentée à l’automne et votée début 2014.

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