Des failles dans l’aide européenne à la Tunisie après le printemps arabe

La Cour des comptes a constaté qu'une partie des fonds européens attribués à la Tunisie n'avait pas été utilisée à bon escient, en dépit de bonnes intentions. [Dennis Jarvis/Flickr]

L’UE a octroyé à la Tunisie quelque 1,3 milliard d’euros d’aide après le printemps arabe. Sans vérifier comment cet argent a été dépensé, d’après un rapport de la Cour des comptes européenne.

Des fonds européens ont été distribués à l’État maghrébin pour l’aider dans sa transition démocratique après les premiers soulèvements qui se sont répandus à travers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Cependant, en raison d’un manque de contrôles au cours des six dernières années, aucune évaluation officielle des finances publiques n’a été effectuée jusqu’à maintenant.

Même si la Cour des comptes conclut que les fonds « ont été en général dépensés à bon escient, étant donné qu’ils ont contribué de manière significative à la transition démocratique et à la stabilité économique en Tunisie après la révolution », elle relève plusieurs déficiences et propose un certain nombre de recommandations.

La Cour indique que « la Commission a mis plusieurs années à trouver une solution, ce qui signifie que l’impact potentiel de ses fonds a été dilué et qu’il a été difficile de gérer ses nombreuses activités ».

« La Tunisie peine à maintenir une stabilité économique, et la sécurité est devenue un défi capital pour le pays. Dans un tel contexte, une gestion efficace de l’aide financière européenne est cruciale », a averti le principal auteur du rapport, Karel Pinxten.

Un ministre tunisien ridiculise l'aide proposée par l'UE

La promesse de l'UE de contribuer à la transition tunisienne avec 258 millions d'euros serait « ridicule » et montrerait que Bruxelles n'est pas à la hauteur pour gérer la crise en Afrique du nord, a déclaré un ministre tunisien hier (17 février).

La « révolution du Jasmin » de janvier 2011, en Tunisie, est reconnue comme le point de départ des soulèvements qui se sont répandus en Égypte, en Libye et en Syrie et se sont transformés en manifestations de masse contre les dirigeants autocratiques et la stagnation économique.

Si la révolution tunisienne a été un véritable succès, ces révoltes ont mené à la guerre civile en Syrie et en Libye, et à la chute du président Hosni Moubarak et du gouvernement dirigé par les frères musulmans, alors élu démocratiquement, renversé par l’armée en Égypte.

La Tunisie a toutefois été elle-même la cible de deux attaques terroristes visant des touristes occidentaux : l’attentat contre le musée national du Bardo en 2015, qui a tué 22 personnes, et le massacre de la station balnéaire à Sousse, où 38 Occidentaux ont trouvé la mort.

La Commission et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) ont rapidement aidé la Tunisie, lui octroyant près de 1,3 milliard de fonds entre 2011 et 2015. Les commissaires aux comptes soulignent cependant que « les conditions [de cette aide] étaient trop flexibles, ce qui n’a pas encouragé les autorités tunisiennes à prendre les mesures spécifiées dans l’accord ».

D’après le rapport, « l’évaluation des dépenses publiques et de la responsabilité financière » qualifiée de « baromètre fiable des progrès dans le processus de réforme des finances publiques » n’a pas été réalisée depuis 2010.

On peut également y lire que « le soutien budgétaire dans deux secteurs sur trois manquait de stratégies crédibles » et qu’« il y avait des cas dans lesquels les objectifs n’étaient ni spécifiques ni mesurables ».

Le rapport conclut que si le gouvernement tunisien a entrepris d’importantes réformes, cela a été fait « à un rythme très lent ». Il reconnaît que cela est en partie imputable aux nombreux changements de gouvernements à Tunis et au manque de programme de développement global.

La Cour des comptes, installée au Luxembourg, invite la Commission à s’assurer qu’à l’avenir, les États membres coopèrent sur leur planification et que Tunis adopte « un plan de développement national exhaustif ».

Dans sa réponse officielle, la Commission, avec le SEAE, nie avoir « minimisé » l’aide financière, et affirme que Bruxelles avait promptement réagit « pour des raisons de crédibilité politique et de nécessité opérationnelle ». Elle ajoute cependant que « la Commission reconnaît que les autorités tunisiennes ont certainement rencontré des difficultés dans la gestion de l’aide, en raison du contexte post-révolution et des changements réguliers de gouvernement et d’administration ».

La société civile tunisienne reçoit le prix Nobel de la paix

La société civile tunisienne s’est vue décerner le prix Nobel de la paix le 9 octobre pour son aide à la création de la seule démocratie issue du printemps arabe, et ce, alors que le pays est menacé par des violences islamistes. 

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