Balbutiement de mobilisation pour le financement du climat

Copyright: isak55/shutterstock

À quelques jours du sommet international sur le climat à New York, les levées de fonds pour lutter contre le réchauffement climatique se multiplient. Le Fonds vert, très attendu, peine encore à rassembler. 

Le financement de la lutte contre le réchauffement climatique coûtera cher. Très cher. « Les estimations sont impressionnantes » a affirmé Pierre Forestier, responsable de la division changement climatique de l’Agence Française de Développement lors d’une conférence organisée au forum Convergence à Paris le 9 septembre.

« Les estimations de la Banque Mondiale tablent sur des besoins de 1500 milliards de dollars par an afin de financer la réduction des gaz à effet de serre au niveau mondial » a-t-il poursuivi, « même s’il est très compliqué de faire des estimations précises des besoins».

Aujourd’hui, les financements publics et privés en faveur de la lutte contre le changement climatique restent loin du compte, alors que se profile le sommet international sur le climat au siège des Nations Unies le 23 septembre au cours duquel la communauté internationale doit poser les jalons d’un accord climatique ambitieux à la conférence de Paris Climat 2015.  

Levée de fonds de un milliard d’euros à l’AFD

?« Aujourd’hui, les financements publics sont estimés à environ 100 milliards de dollars par an et ceux du privé à 200 milliards » explique Pierre Forestier.

Les initiatives du secteur privé en faveur du climat restent peu nombreuses. « Il faudra probablement attendre le sommet de New York pour avoir les premières annonces » explique Alix Mazounie, responsable des politiques internationales pour le Réseau Action Climat.?

En France, l’Agence Française de Développement a annoncé avoir bouclé le 10 septembre une émission d’obligations climat d’un milliard d’euros, une première pour la banque de développement française. L’AFD s’est engagée à utiliser ces fonds pour financer des projets ayant un impact direct sur la réduction des gaz à effet de serre, qui seront évalués en amont.

Le marché des« climate bonds » ou « green bonds » est aujourd’hui essentiellement dominé par les émetteurs publics, comme les banques de développement. Mais le secteur privé se tourne aussi peu à peu vers ce type d’émissions.

« Les financeurs privés ont un rôle à jouer dans le financement de l’agenda climat » affirme Séverin Cabannes, directeur général délégué de la Société Générale. Pour les attirer, il faut « maintenir un cadre règlementaire stable et harmoniser les normes de ce marché des obligation climat » précise-t-il. 

Début 2013, un consortium de banques d’investissement a défini les grandes lignes d’un standard commun pour ce marché des obligations vertes. Un premier pas. 

Le Fonds Vert

Du côté des financements publics, tous les regards sont tournés vers le Fonds vert. Ce fonds multilatéral institué par les accords de Copenhague puis Cancún entend centraliser les financements de l’adaptation et la réduction des émissions au sein des pays en développement.

Un projet ambitieux pour lequel les pays développés se sont engagés à débloquer quelque 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020, dont une partie importante devrait transiter via ce nouveau fonds.

Si un premier  tour de table doit être bouclé avant la fin de l’année 2014, la capitalisation reste lente, faute d’engagement concret des pays donateurs. « L’Allemagne s’est récemment engagée à financer le Fonds vert à hauteur de 750 millions d’euros sur 7 ans » détaille Alix Mazounie. L’engagement allemand constitue un seuil minimum garanti auquel pourront s’ajouter des contributions supplémentaires.

Lire : Bruxelles boude le Fonds vert pour le climat

Une première annonce à laquelle un certain nombre de pays devrait emboîter le pas, dont probablement la France, qui accueillera la conférence Paris Climat 2015 et pourrait annoncer le montant de sa contribution à New York le 23 septembre.  

Mobilisée pour arracher un accord mondial sur la réduction des émissions de CO2, la France doit « jouer un rôle de prescripteur », selon Alix Mazounie. 

Lors de la dernière réunion du Fonds vert, l’objectif de 10 milliards de dollars pour le premier tour de table a été entériné. De leur côté, les pays africains espère arriver à 14 milliards de dollars. 

Au delà de la mobilisation des fonds publics via le Fond vert, la question de l’équilibre entre les prêt et les dons doit encore être tranchée. En effet, les contributions pourront se faire en alliant les deux formes d’appuis, « mais il faut mettre en place un plafond pour la part de prêt, qui n’a pas encore été défini » souligne Alix Mazounie.

Difficultés du marché carbone

Si beaucoup d’espoirs se fondent sur la capitalisation du Fonds vert et sur la montée en puissance des obligations climat, certains outils de financements semblent eux, en déshérence. Le mécanisme de développement propre (MDP) en fait partie.

« Le mécanisme de développement propre nous a été vendu comme un outil formidable » rappelle Tosi Mpanu-Mpanu, président du Groupe Afrique des négociateurs au sommet de Durban. Prévu par le protocole de Kyoto, le mécanisme permet aux pays développés de financer des projets « verts » dans les pays en voie de développement. Les émissions de CO2 économisées dans les pays du Sud étaient cédées sous forme de crédits représentant une tonne de carbone, notamment sur le marché du carbone européen .

« Le MDP a permis de financer environ 700 projets pour un montant de 200 milliards de dollars depuis son lancement » rappelle Tosi Mpanu-Mpanu. Mais si le mécanisme à beaucoup profité aux grands émergents comme la Chine ou l’Inde, « l’Afrique ne compte que pour 2% du montant des projets » regrette-t-il.

Lire : Paris mobilise ses ambassadeurs sur le climat

« Mais maintenant que nous sommes au point en Afrique et aussi en Amérique latine pour utiliser le MDP, on nous dit que le projet n’est plus viable, car le prix de la tonne de carbone est trop faible ! ». En effet le prix de la tonne de carbone généree dans le cadre du MDP s’est effondrée : il cote 0,15 centimes d’euro.

La solution prônée par certains est de fixer un prix du carbone. « D’ores et déjà, j’ai apporté mon soutien à la démarche de la Banque mondiale pour donner un prix au carbone. Parce que si l’on veut réorienter les investissements vers l’efficacité énergétique et les énergies propres, il faut que la pollution ait un coût » a déclaré François Hollande lors d’un discours à la conférence des ambassadeurs, le 28 août. Un voeu pieux, qui ne se mettra pas en place du jour au lendemain. En revanche la multiplication des marchés du carbone, qui ont essaimé de l’Europe à la Corée du Sud, au Japon, en Californie ou à New-York en passant par la Chine, atteste du réveil de la mobilisation internationale sur le climat.

Le Fonds Vert a été créé lors de la conférence de Durban (Afrique du Sud) en 2011 avec pour objectif  d’administrer – au moins en partie -  100 milliards de dollars par an d'ici à 2020.

Son siège se trouve en Corée du Sud et il est administré par un conseil de 24 membres, issus  à parité de pays en voie de développement et des pays développés.

Cette somme promise par la communauté internationale doit soutenir les pays en développement dans la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre et leur adaptation aux effets du changement climatique. Mais deux ans plus tard, le fonds n'a toujours pas démarré le moindre investissement.

  • 24 septembre 2014: Sommet sur le climat de l'ONU - New York
  • Novembre 2014 : réunion spécial  des donateurs du Fonds vert
  • ?Décembre 2014: 20e édition de la Conférence des Parties (COP20) à Lima - Pérou
  • 2015: 21e édition de la Conférence des parties (COP 21) - Paris Climat 2015

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.