Développement : la Belgique milite en faveur des partenariats public-privé

Alexander De Croo appelle les États européens à suivre l'exemple de la Belgique pour attirer les investissements privés vers l'aide au développement. [European Council]

La Belgique appelle les autres États à suivre son exemple et à approfondir les partenariats entre secteur privé et aide publique au développement.

Le ministre belge de la Coopération au développement, Alexander De Croo, reconnaît qu’il est important d’ouvrir la voie à l’implication du secteur privé, mais rappelle qu’il est essentiel de ne pas créer un environnement où les profits sont empochés par les entreprises et les pertes supportées par le secteur public. Il participait à la septième édition d’AidEx, plateforme de plus en plus connue qui permet aux professionnels du développement de se rencontrer et de discuter de l’efficacité de l’aide, à Bruxelles.

Le ministre a pris l’exemple de la Belgique, qui a récemment ouvert le capital de Bio, un fonds d’investissement de 800 millions d‘euros pour les pays en développement, aux investisseurs privés. Un quart du fonds est constitué de financements du gouvernement, mais le reste provient d‘entreprises et investisseurs privés, qui en attendent un retour sur investissement.

Autre exemple, la toute première « obligation à impact humanitaire », lancée par une série de pays en partenariat avec le Comité international de la Croix rouge (CICR). Cette initiative prévoit la construction sur cinq ans de trois centres de réhabilitation au Mali, au Nigéria et en République démocratique du Congo, qui permettront de traiter des milliers de personnes.

L’idée, explique Alexander De Croo, est de tirer parti du dynamisme du secteur privé, qui pousse toujours au résultat, à l’efficacité, à la rentabilité, et donc à la durabilité.

L’investissement est consenti par des partenaires privés. Si tous les objectifs sont atteints à 100 %, les pays donateurs rembourseront les investisseurs privés huit ans plus tard, avec un profit maximum de 7 %. Si les objectifs ne sont pas atteints, les pays ne rembourseront que 60 % de l’investissement de base et le CICR, qui se charge de la gestion sur place, leur paiera une indemnité de 10 %.

Pour les investisseurs privés, cette obligation a donc un rendement possible variant entre 70 et 107 %, souligne le ministre. « Mais c’est la première fois dans le secteur humanitaire que nous avons mis en place un système dans lequel nous payons pour les résultats obtenus », indique-t-il, ajoutant que le CICR était « enthousiaste », parce que la transparence de ce modèle dépasse de loin celle d’autres systèmes.

« Cela fonctionnera-t-il pour tous les besoins humanitaires ? Peut-être pas, mais pour au moins 30 % du secteur, c’est une idée à haut potentiel », conclut-il.

La technologie au service de l’humanitaire

Le ministre belge estime également que la technologie est « un grand moteur de développement ». L’investissement le plus prometteur en Afrique sont les réseaux mobiles qui sont mis en place non pas par les gouvernements, mais par des entreprises privées, assure-t-il.

« Si c’était un organisme humanitaire, il y aurait aujourd’hui quelques millions de smartphones en Afrique, mais comme ce sont des entreprises qui s’en chargent on est déjà à 700 ou 800 millions », déclare-t-il.

Des ONG dénoncent les ratés de la France dans l’aide à l’éducation

264 millions d’enfants dans le monde ne vont pas à l’école. La coalition Éducation dénonce la faiblesse de l’aide française à l’éducation dans les pays en développement.

Le ministre rappelle que la moitié des objectifs de développement durable (ODD) ont à ce jour été atteints. Il estime tout à fait faisable d’atteindre ceux qui restent d’ici 2030, à condition de changer la manière dont l’aide au développement est organisée.

« Nous sommes aujourd’hui dans le cadre des ODD et l’un des éléments de ces objectifs est justement l’implication du secteur privé », insiste-t-il, citant Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, qui a indiqué qu’il ne serait possible de multiplier l’aide au développement que grâce à des investissements privés complétant les aides gouvernementales.

« Pour que les investisseurs privés se tournent vers le développement, il faut qu’ils en tirent un profit, et ce concept est controversé », poursuit le ministre. « Pourtant, une affaire durable est une affaire rentable. Si l’on veut attirer des financements, il faut créer un environnement où les investissements génèrent du profit. »

Tout le monde accepte que les investissements dans l’éolien offshore génèrent du profit, rappelle-t-il, « donc pourquoi serait-il problématique qu’il en aille de même dans le secteur du développement ? »

Soutenir l’émancipation des femmes

Le ministre belge a également insisté sur l’importance de l’émancipation des femmes, rappelant au passage le succès de la campagne « She decides », une initiative censée contrer la décision de l’administration Trump de supprimer les aides américaines à la santé et au planning familial dans les pays en développement.

Durant la conférence organisée à Bruxelles en mars, pas moins de 181 millions d’euros avaient été récoltés pour compenser la suppression des financements américains. Alexander De Croo indique que 70 millions d’euros de ces donations proviennent de donateurs privés, notamment américains, dont certains ont préféré rester anonymes, tout en « montrant que les États-Unis n’ont pas qu’un visage », a-t-il précisé.

Levée de boucliers contre les politiques de Trump sur les droits sexuels

La ministre du Développement des Pays-Bas lance un mouvement mondial pour contrer la menace du gouvernement Trump sur le planning familial dans les pays en développement.

Le planning familial est en effet un élément clé de l’élimination du cycle de pauvreté. « Si une fille de 12 ans a le choix, le choix de ne pas tomber enceinte à 12 ans, de ne pas devoir épouser un homme qui a peut-être trois fois son âge, de ne pas avoir sept ou huit enfants, mais d’aller à l’école, elle a un avenir. Et en lui donnant ce choix, vous vous assurez qu’elle n’aura pas de filles qui se retrouveront dans la même situation », défend le ministre.

Pour donner ce choix, il faut assurer l’accès à la contraception et au planning familial. Plus de femmes actives dans la société se traduit par une meilleure croissance économique, et donc plus d’argent public que le gouvernement peut investir dans le développement du pays, continue-t-il.

Les ONG s'alarment des partenariats public-privé dans l'aide au développement

Les ministres du développement de l’UE se sont rencontrés le 12 décembre à Bruxelles. Leurs conclusions vont dans le sens d’une plus grande contribution du secteur privé, ce qui alarme les ONG.