Le Brexit, une ombre pour l’aide au développement britannique

Le Département pour le développement international du Royaume-Uni gère des stocks d'articles non alimentaires d'urgence à Dubaï, tels que des kits d'abris, des couvertures et du matériel de purification de l'eau. [DFID/Flickr]

Les spécialistes craignent que le Brexit touche fortement les ONG britanniques.

Les spécialistes de l’aide au développement présents la conférence BOND se sont montrés optimistes pour le Brexit : « nous devons nous éloigner de l’idée que le Brexit pousse vers l’insularité et le chauvinisme », a déclaré Kevin Watkins, directeur exécutif de Save the Children.

Sarah Sanyahumbi, directrice adjointe du département du Développement international (DFID), s’est montrée confiante pour la conclusion d’un accord garantissant le leadership de la Grande-Bretagne dans l’aide au développement. « Le Royaume-Uni a toujours participé à l’aide au développement avec et dans l’UE. Il est difficile d’envisager des branches de cette aide où nous [le Royaume-Uni] voudrions diverger de l’UE, notamment en ce qui concerne les engagements envers les ODD [les Objectifs de développement durable] », a-t-elle déclaré.

Elle a déclaré aux délégués que « les plans pour l’avenir de la politique de l’aide au développement du Royaume-Uni et de l’UE doivent être dépolitisés et séparés des principales négociations.

Cependant, la position des ministres britanniques est beaucoup plus vague. Lors de la conférence de Munich sur la sécurité le 17 février, la Première ministre Theresa May avait indiqué que « bien que le Royaume-Uni décidera de la manière dont nous dépenserons la totalité de notre aide extérieure, si une contribution britannique aux programmes et aux instruments de développement de l’UE permet de mieux représenter nos intérêts mutuels, les deux parties devraient y être ouvertes ».

« Avec le Brexit, l'Europe doit prendre la relève sur l’aide au développement »

La sortie du Royaume-Uni, un des premiers pays donateur en Europe, va obliger l’UE à renforcer son action dans le domaine du développement. En France, l´élection d’Emmanuel Macron pourrait donner un coup d’accélérateur à la politique de développement.

Le manque de clarté dans les négociations du Brexit préoccupe les ONG à Londres et à Bruxelles. La Grande-Bretagne est l’un des principaux donateurs d’aide de l’UE. Elle a dépensé plus de 13,5 milliards d’euros en 2017 et est l’un des six pays européens à avoir atteint l’objectif des Nations Unies prévoyant que les pays doivent consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide aux pays en développement.

La contribution du Royaume-Uni au développement devrait continuer de remplir les coffres de l’UE jusqu’en décembre 2020, mais l’avenir est moins clair. Les discussions sur le prochain cadre financier européen de sept ans débuteront dans les mois à venir et les hauts fonctionnaires restent prudents en ce qui concerne la catégorie de dépenses « l’Europe dans le monde », qui couvre l’aide au développement.

« Les eurodéputés espèrent que la Commission présentera une proposition optimiste pour augmenter le budget [alloué au développement] », a déclaré Linda McAvan, présidente de la commission du développement du Parlement européen. « Cependant, c’est difficile dans le climat financier actuel. »

Un document de la Commission européenne sur la position sur le processus de transition post-Brexit, publié en février, stipule que bien que les représentants britanniques peuvent assister aux comités politiques de l’UE, au cas par cas, ils « n’ont aucun droit de vote et leur présente est limitée aux points spécifiques du programme du jour ». Cette proposition ne conviendrait pas au Royaume-Uni, précise Sarah Sanyahumbi : « nous ne voulons pas uniquement avoir la possibilité de participer au budget. La Norvège paie, mais elle n’a pas de voix. Nous voulons un partenariat stratégique où nous prenons part aux négociations et où nous avons de l’influence ».

Elle ajoute que le DFID « tente d’introduire de nouveaux instruments ouverts aux États non membres ». « Nous voulons des instruments ouverts et flexibles. »

Pour Constanza De Toma, directrice du cabinet de conseil Advocacy etc., la proposition de la Commission constitue une menace majeure à l’influence du Royaume-Uni dans l’aide au développement après le Brexit. « Si les experts basés au Royaume-Uni sont contrôlés au cas par cas alors, même si le Royaume-Uni peut faire entendre sa voix dans ce domaine, le Brexit limitera fortement notre présence dans l’UE car nous ne serons présents dans aucune institution ou agence européenne », a-t-elle prévenu.

Un Brexit « sans accord » constitue également une menace majeure pour un certain nombre d’ONG britanniques. En effet, en décembre 2017, un document de la Commission qui a fait l’objet d’une fuite a révélé que les candidats britanniques « cesseront d’être admissibles à un financement de l’UE si le Royaume-Uni se retire de l’UE durant la période de subvention sans conclure d’accord ».

Constanza De Toma a déclaré lors la conférence BOND que les organisations de la société civile (OSC) seront fortement touchées par l’accès restreint au financement de l’UE car elles seront exclues du travail de 61 pays, dont 28 figurent sur la liste de pays fortement ou modérément fragiles du DFID ».  Le rapport conjoint des négociateurs de la Commission et du gouvernement du Royaume-Uni, approuvé en décembre, leur donne un sursis. Le Royaume-Uni s’est engagé à poursuivre sa contribution au budget de l’UE jusqu’en 2020, garantissant à ses ONG le droit de bénéficier d’un financement de l’UE et de participer aux projets européens.

Constanza De Toma qualifie cette proposition de « filet de sécurité possible pour l’aide au développement du Royaume-Uni. Cependant, personne ne connait les futures règles d’éligibilité pour les OSC britanniques avant que les rapports ne deviennent juridiquement contraignants ».

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