Sans Londres, l’UE va perdre sa place de premier donateur mondial

Une école pour enfants aveugles et malvoyants à Dakar, au Sénégal, en partie financée par l'aide au développement européenne et britannique. [Matt Tempest/Flickr]

Le Brexit remettra en question la place de l’UE en tant que premier contributeur mondial à l’aide au développement, dont les fonds pourraient diminuer de 3 %, selon une étude du Parlement européen.

L’UE est le donateur mondial le plus important, suivi de près par le Royaume-Uni qui, en termes absolus, contribue à hauteur de 18,7 milliards de dollars à l’aide au développement. La sortie du pays de l’UE d’ici 2019 « devrait donc être synonyme de pertes conséquentes pour l’UE en tant que donateur international », avertit le rapport.

La publication intervient après l’annonce du Royaume-Uni d’une révision de sa stratégie d’aide au développement, sous l’égide la nouvelle ministre au développement, Priti Patel, célèbre pour son scepticisme concernant la politique de dons.

Au cours d’une conférence sur le sujet organisée le 21 mars à Londres, la ministre a préconisé d’aider davantage les associations caritatives locales de petite taille. Elle avait précédemment remis en question l’objectif du gouvernement (et de l’UE) d’une dépense à hauteur de 0,7 % du PIB pour l’aide au développement et employé un conseiller spécial qui avait plaidé pour l’abolition du Département pour le développement international.

Le Brexit met sur la sellette l'aide au développement britannique

David Miliband, président du Comité international de secours, a qualifié de « diffamatoires » les accusations des médias sur l’utilisation du budget britannique consacré à l’aide humanitaire.

Tout cela dans le contexte d’une campagne médiatique d’extrême-droite au Royaume-Uni, menée par le Daily Mail et le Daily Telegraph, afin de supprimer les aides aux pays étrangers.

Lors d’une conférence sur l’aide au développement organisée par l’ONG BOND, Priti Patel a annoncé, avec la commission en charge des organismes de bienfaisance, l’octroi de nouveaux fonds pour les petites associations caritatives gagnant moins de 250 000 £ par an. Elle a déclaré: « Je pense que les petites organisations représentent une part considérable de l’offre au développement international de la Grande-Bretagne. »

« Vos organisations sont déployées sur tout le territoire britannique, souvent gérées par des volontaires auxquels les communautés locales font confiance, a-t-elle ajouté. Et ce sont souvent vos associations qui font le lien entre les personnes que nous tentons d’aider et celles qui se portent volontaires pour apporter leur soutien. Vous savez comment gagner la confiance des communautés locales et adapter vos services spécialisés aux besoins quotidiens des citoyens. »

Le rapport de la direction générale de la politique extérieure du Parlement est le premier à examiner de manière approfondie les conséquences du Brexit sur le budget de l’APD [Aide publique au développement].

Il avertit que « le départ du Royaume-Uni aura une incidence sur le rôle de l’UE en tant que principal donateur mondial: l’aide de l’UE pourrait diminuer de 3 %, faisant baisser la part de l’Union dans la contribution mondiale de 10 à 13 % ».

En particulier, l’aide aux pays du voisinage européen, en Afrique du Nord et Europe de l’Est, risque d’être réduite de 1 à 4 %.

La fraude touche de plein fouet l’aide au développement britannique

Une agence du gouvernement britannique révèle que le nombre d’enquêtes ouvertes pour fraude augmente parallèlement aux sommes versées aux pays « fragiles », où la corruption est considérée comme une « norme culturelle ». Un article de notre partenaire, The Guardian.

Étant donné que les analyses actuelles quant aux conséquences du Brexit sur l’aide au développement « sont limitées », le rapport envisage trois scénarios possibles, à savoir un Brexit qui mènerait à l’adoption d’une politique d’aide « nationaliste », « réaliste » ou « cosmopolite ».

Dans le pire des scénarios, le rapport estime que le Royaume-Uni pourrait réduit son budget de 30 %, d’après ce qui a pu être observé récemment avec d’autres États membres. « Si ce scénario nationaliste venait à être appliqué, il n’y aurait pas de collaboration possible entre l’UE et le Royaume-Uni », peut-on lire. Oxfam et Save the Children, les deux principales ONG britanniques, n’ont pas souhaité faire de commentaires sur le sujet.

Dans le scénario le plus optimiste, le Royaume-Uni ne diminuerait pas sa contribution à l’APD, qu’elle partagerait en grande partie avec l’UE.

Cependant, le rapport stipule que « l’incertitude règne quant au rôle international que compte adopter l’UE après le Brexit. Elle pourrait devenir un acteur international plus affirmé (augmentant son aide au développement pour compenser la part perdue du Royaume-Uni, restant fidèle à sa politique actuelle et cherchant à collaborer avec le Royaume-Uni), ou bien elle pourrait aider davantage ses voisins, agissant alors comme une puissance régionale. »

Dans ce contexte, deux problèmes principaux apparaissent. Tout d’abord, l’aide britannique était distribuée par les institutions européennes avec les contributions des autres États membres, ce qui permettait de faire pression auprès d’autres institutions pour obtenir davantage de fonds pour les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

Effet multiplicateur

Cet effet multiplicateur risque de disparaître, surtout pour le Royaume-Uni, mais aussi pour une bonne part de l’APD européenne.

Le deuxième problème concerne l’effet immédiat sur le cadre financier pluriannuel, c’est à dire le budget 2021-2027, quand le Royaume-Uni ne fera plus partie de l’UE et que Bruxelles verra son budget d’aide au développement considérablement diminuer. À long terme, il faudra déterminer s’il sera nécessaire d’établir un nouvel accord quand les accords de Cotonou entre l’UE et les pays ACP expireront, en 2020.

Les relations entre l'UE et les pays ACP se tendent au sommet de Dakar

Les représentants des pays du groupe Afrique-Caraïbes-Pacifique ont exprimé leur mécontentement quant à leur collaboration avec l’UE lors d’une rencontre au Sénégal.

Cette question fait actuellement l’objet de discussions et, d’après ce que plusieurs ONG et membres du gouvernement britannique ont déclaré à Euractiv, l’UE risque de ressentir l’absence du Département pour le développement international (DFID) britannique, hautement compétent en matière de négociations et de services logistiques.

Le rapport du Parlement souligne cependant que le Royaume-Uni, après le Brexit, pourrait continuer à coopérer avec l’UE par le biais de mécanismes tels que ceux utilisés par les pays de l’AELE comme la Norvège et la Suisse.

Le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et le Luxembourg sont les seuls États membres de l’UE à respecter l’objectif de 0,7 % du PIB pour l’aide au développement, établi par les Nations unies dans les années 1970. L’Allemagne et la France se positionnent quant à eux loin derrière le Royaume-Uni.

Le rapport conclut que le « Brexit pourrait faire perdre à l’UE sa place de premier donateur international. Dans tous les cas, le Brexit pourrait avoir un impact considérable du point de vue financier et opérationnel pour le rôle de l’UE en tant que donateur international. » Cette analyse se base sur l’hypothèse que la livre sterling reste stable face à l’euro au lendemain du Brexit.

Le rapport avertit enfin que, si certains États membres voudraient remplacer le rôle du Royaume-Uni dans l’APD européenne, « d’autres pourraient voir le Brexit comme l’occasion d’adopter une politique plus nationaliste en matière d’aide au développement et d’ainsi réduire leurs budgets ».

Les pays européens restent loin de leur promesse d’aide au développement

Les pays européens sont loin d’avoir atteint leur objectif d’aide public au développement (APD). La pression migratoire accentue encore la pression financière sur le budget de développement, dont une partie est rapatriée en Europe pour accueillir les réfugiés.

 

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