Bruxelles veut lutter contre le retour de la polio en Syrie

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Des fonctionnaires de la Commission européenne appellent aussi à un cessez-le-feu en Syrie afin d'administrer des vaccins contre la polio. 

Le virus de la polio aurait provoqué 10 des 22 cas de paralysie diagnostiqués à Deir Al Zour, dans le nord de la Syrie. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) devrait bientôt publier les résultats des douze autres échantillons prélevés.

L'ONG d'aide au développement Save the Children, présente sur le territoire syrien, a appelé à un cessez-le-feu afin d'administrer des vaccins, et de fournir des médicaments dans des régions touchées, avant l’installation de l'infection virale.

Des représentants de l'UE ont soutenu les appels de l'ONG le 30 octobre.

« L'accès aux sites touchés constitue le plus grand problème auquel nous sommes actuellement confrontés », explique à EURACTIV David Sharrock, porte-parole de Kristalina Georgieva, la commissaire à l'aide humanitaire. « Les fonds et les ressources sont disponibles. Nous demandons donc un meilleur accès [aux régions] où de nombreux enfants ont besoin de vaccins et ne les reçoivent pas. »

Les cessez-le-feu pour administrer des vaccins ont été décrétés de manière efficace dans des zones de conflit, comme l'Afghanistan, la République démocratique du Congo et le Soudan. 

Onze millions d'enfants congolais ont été immunisés lors d’un cessez-le-feu il y a dix ans. Quelque 150 000 Soudanais de moins de 5 ans ont également reçu un vaccin contre la polio début octobre.    

En 2001, les Nations unies ont négocié une semaine de cessez-le-feu en Afghanistan afin de vacciner 5,7 millions d'enfants contre cette infection.

La situation serait particulièrement grave en Syrie, car un demi-million d'enfants de moins de cinq ans risquent de contracter le virus incurable, selon Save the Children.

Le sous-directeur général de l'OMS en charge de la poliomyélite, Bruce Aylward, a déclaré qu'un virus de la polio avait été trouvé au Caire, en Cisjordanie et à Gaza, où 90 % de l'eau est à présent non potable. Le virus « pose un risque pour l'ensemble du Moyen-Orient », a-t-il ajouté.

Sans cessez-le-feu, la propagation actuelle pourrait « se transformer en épidémie qui menace les enfants au Moyen-Orient », selon Save the Children. Les régions qui hébergent des réfugiés, comme l'Irak, le Liban, le nord de la Syrie et la Turquie suscitent le plus de préoccupations.

« Chaque gouvernement dans la région et chaque combattant aux points de contrôle dans le pays doivent comprendre que les organisations humanitaires, comme Save the Children, sont neutres », explique à EURACTIV Krista Armstrong, porte-parole de l'ONG. « Ils doivent nous laisser traverser librement les frontières et les lignes de conflit ».

« Les gouvernements mondiaux ont un rôle essentiel à jouer, en faisant tout leur possible pour lever les restrictions imposées à l'aide qui parvient à la Syrie », a-t-elle ajouté.

Infection virale aiguë

La polio est une infection virale aiguë, touchant principalement les enfants, qui entraîne une paralysie flasque et le décès. Le virus se transmet par l'eau ou des aliments contaminés.

Le vaccin a été mis au point dans les années 1950. Le nombre d'infections a fortement diminué depuis lors, passant de plusieurs centaines de milliers à moins de mille.

Le retour de la maladie au Moyen-Orient, apparemment en provenance du Pakistan, a donc tiré la sonnette d'alarme.

L'UE a promis à l'OMS 7 millions d'euros de son budget d'aide humanitaire dans le cadre d'un paquet plus important de 250 millions d'euros. Depuis le début de la révolution syrienne, 13,5 millions d'euros ont été accordés à l'OMS.

« Nous sommes disposés à faire davantage, au besoin », a indiqué Kristalina Georgieva, la commissaire à l'aide humanitaire, dans un communiqué le 26 octobre. « Nous ne cessons de suivre la situation en Syrie et dans les pays limitrophes », a-t-elle ajouté.

Selon des travailleurs humanitaires, les premiers cas de polio ont été détectés il y a quatre semaines en Syrie. Une campagne de vaccination sera seulement efficace si elle est mise en place au cours des prochaines semaines.

« Ce sujet ne peut pas faire l'objet de discussions et de négociations au cours des jours et des semaines à venir », explique Krista Armstrong. « L'infection va se répandre et les enfants vont mourir si nous n'agissons pas maintenant pour la contenir. »

Un système sanitaire de l'époque du Moyen-Âge

Selon des fonctionnaires de la Commission, l'OMS doit demander des fonds supplémentaires avant que Bruxelles ne l'envisage.

« Si le système sanitaire de la Syrie revient à l'époque du Moyen-Âge, la solution n'est pas l'argent, mais l'accès des personnes aux vaccins », indique une source.

L'OMS établit actuellement des projets de campagne de vaccination en Syrie, mais les ONG craignent que toutes les régions touchées ne soient pas atteintes.

« La polio ne tient pas compte des lignes de conflit et des frontières. Nous avons besoin de ces cessez-le-feu pour vacciner tous les enfants, peu importe où ils vivent », précise Carolyn Miles, la directrice générale de Save the Children. « Cette crise de la polio met à l’épreuve toutes les parties du conflit. Respectent-ils la déclaration du président du Conseil de sécurité et autorisent-ils une aide humanitaire sans entraves ? »

Si les inspecteurs chargés des armes chimiques peuvent se rendre en Syrie, les travailleurs humanitaires le peuvent également, a-t-elle ajouté. Save the Children a vacciné 21 000 enfants contre la polio en Syrie.

Les Nations unies estiment qu'au moins 6,8 millions de Syriens ont besoin de toute urgence d'une aide humanitaire. Ils seraient 10,5 millions selon une enquête d’ONG dans sept gouvernorats du nord de la Syrie.

Plus d'un million d'enfants ont quitté le pays, plus de 7 000 ont été tués et plus de deux millions n'ont pas accès à une alimentation suffisante.

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