Les grands chocolatiers peinent encore à endiguer la déforestation

Les grandes entreprises chocolatières ont encore du pain sur la planche pour mettre en place de véritables politiques durables, conclut l’ONG américaine Mighty Earth dans un classement des producteurs à destination des consommateurs.

Le but du nouveau guide à destination des consommateurs, publié le 27 mars, est « d’aider les consommateurs à mieux comprendre quels grands chocolatiers font de leur mieux pour protéger les forêts et lesquels sont à la traîne », explique l’ONG Mighty Earth, à quelques jours de Pâques.

L’Europe est le plus grand consommateur de chocolat au monde, avec en tête la Suisse, l’Allemagne, l’Irlande et le Royaume-Uni.

« Nous avons découvert que les grands chocolatiers provoquait la déforestation dans le monde entier, en détruisant les habitats des chimpanzés et d’autres espèces en voie de disparition dans les forêts tropicales », précise l’ONG, basée à Washington.

L’examen des derniers engagements des entreprises « montre une amélioration considérable des politiques durables, mais toutes ont encore du pain sur la planche pour les mettre en œuvre ».

La culture du cacao décime les forêts de Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, les parcs et les forêts protégées ont été peu à peu détruits par l’or brun. Les autorités tentent d’enrayer cette déforestation galopante, mais leur action est entachée par des soupçons de corruption.

Bons et mauvais élèves

Le nouveau guide montre que l’entreprise américaine Hershey Foods Corporation, plus communément appelée Hershey’s, occupe le haut du podium des entreprises les plus durables de l’industrie du chocolat. À l’inverse, le producteur japonais Morinaga et le fabricant français Valrhona arrivent derniers.

« Chaque entreprise est notée selon trois critères simples. D’abord, ont-elles signé le pacte ouest-africain de révision de toutes les pratiques environnementales en lien avec le cacao et pour tourner la page de la déforestation ? Puis encouragent-elles la culture de cacaotiers sous couvert forestier avec une véritable politique d’agroforesterie mondiale ? Enfin, étendent-elles leurs engagements au-delà de l’Afrique de l’Ouest pour protéger les forêts dans le monde, en refusant d’acheter du cacao issu de la déforestation quel que soit son origine ? », détaille Mighty Earth.

L’organisation utilise une approche par signaux de couleur : « nous donnons aux entreprises des œufs verts pour leur bon comportement, des œufs jaunes si elles doivent intensifier leurs efforts et des œufs rouges si elles sont à côté de la plaque ».

Une Saint-Valentin au goût amer

L’industrie du chocolat alimente la misère en Afrique de l’Ouest. Voici ce que nous pouvons faire.

Impact majeur de la déforestation

La déforestation dans le domaine de la production de cacao est un sujet brulant. En Afrique de l’Ouest, d’où provient la grande majorité de la production de cacao mondiale (40 % en Côte d’Ivoire et 20 % au Ghana), le cacao est une monoculture. Il n’apporte pas ou très peu d’ombre, or, les forêts et les arbres d’ombrage peuvent avoir un effet positif sur les conditions climatiques locales en abaissant les températures, humidifiant l’air et les sols et en préservant la fertilité des sols.

Au Ghana et en Côte d’Ivoire, l’or brun a progressivement détruit les parcs nationaux et les forêts protégées. Les autorités sont accusées de ne pas vraiment chercher à arrêter la déforestation rampante.

La fraude à la certification gangrène la filière cacao en Côte d’Ivoire

Les forêts protégées de Côte d’Ivoire fournissent une grande partie du cacao produit dans le pays. Ce cacao illégal est ensuite commercialisés par les grands chocolatiers, sans que les procédures de certification ne troublent ce commerce illicite.

 

Déclaration d’Abidjan

Le guide des consommateurs a été publié un jour après la signature par le président du Ghana, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, et le président de Côte d’Ivoire,  Alassane Ouattara, d’un accord de partenariat stratégique pour défendre l’intérêt des deux pays face à l’industrie mondiale du cacao.

Cette « déclaration d’Abidjan » cherche à trouver des solutions aux défis auxquels font face les producteurs de cacao ghanéens et ivoiriens.

Les variations de prix du cacao sur le marché international, marqués par une chute de 20 % en 2017, ont eu un effet néfaste sur les revenus de millions de producteurs de cacao, ainsi que sur les recettes budgétaires des deux pays.

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