Chypre voit les réserves de gaz au large comme un moyen d’accélérer la réunification

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Les réserves de gaz naturel récemment découvertes au large de Chypre pourraient permettre de débloquer les négociations sur la réunification de l'île, a déclaré un ministre du gouvernement chypriote aujourd'hui (6 juillet).

 

Neoklis Sylikiotis, le ministre du commerce, de l'industrie et du tourisme, a déclaré qu'il espérait que l'exploitation commerciale des ressources offshore de gaz puisse jouer un rôle de catalyseur dans les négociations de réunification.

 

Lors des événements marquant le début de la présidence chypriote du Conseil de l'UE, M. Sylikiotis a expliqué que l'une des priorités de cette présidence serait la sécurité de l'approvisionnement énergétique. Dans ce contexte, il a mentionné une réunion prévue à Chypre le 9 novembre prochain avec les ministres européens de l'énergie et leurs homologues des pays méditerranéens.

 

Quant à savoir si la découverte de ces réserves de gaz aiderait l'île à rembourser les prêts qu'elle tente d'obtenir auprès de l'UE et de la Russie pour sauver son secteur bancaire, M. Sylikiotis a souligné la dimension européenne de cette aubaine pour son pays.

 

La découverte, au cours des dix dernières années, d'importants gisements de gaz à l'est de la Méditerranée permettrait de garantir une nouvelle source d'énergie sûre à l'Union européenne, a affirmé le ministre aux journalistes européens présents sur l'île.

 

« Notre ambition est que Chypre devienne un centre énergétique régional et que le pays devienne un nouveau couloir énergétique permettant de renforcer la sécurité énergétique de l'Europe », a-t-il précisé, avec l'aide d'un interprète.

 

Le premier puits d'exploration a été construit par l'entreprise américaine Noble Energy et des réserves de 198 milliards de mètres cubes (mmc) ont été repérées dans un gisement gazier connu sous le nom de Block 12, a-t-il ajouté. En comparaison, les réserves avérées de la Grande-Bretagne sont de 256 mmc.

 

M. Sylikiotis espère que l'approvisionnement en gaz pour la consommation intérieure pourra débuter en 2017 pour mettre un terme à la dépendance de l'île vis-à-vis des importations de carburants. Les exportations devraient quant à elle commencer dès 2019. Le ministre a déclaré que la procédure de sélection d'une entreprise pour la construction d'un terminal GNL avait été lancée pour un coût total de 8 à 10 milliards d'euros.

 

Grand intérêt des investisseurs

 

Le ministre a affirmé que les investisseurs internationaux montraient un grand intérêt pour ces découvertes et qu'il avait déjà été approché par certaines personnes souhaitant prendre part à des projets d'hydrocarbures, ainsi que par des entreprises souhaitant investir dans le terminal GNL. Le gaz du Block 12 sera acheminé vers Chypre via un gazoduc en mer et Nicosie est déjà en discussion avec Noble Energy pour ce projet, a-t-il assuré.

 

Chypre envisage avec l'UE un soutien éventuel pour des gazoducs qui permettraient d'acheminer du gaz à partir de pays tiers comme Israël via Chypre.

 

Lorsqu'EURACTIV lui a demandé si le partage des revenus serait un problème, dans la mesure où la Turquie voit l'exploitation des ressources gazière de Chypre comme un casus belli, M. Sylikiotis a répondu :

 

« S'agissant des revenus générés par les ressources énergétiques, nous avons déjà commencé à mettre en place un fonds national pour les hydrocarbures, conformément aux modèles mis en oeuvre à l'échelle internationale. Les revenus générés par le gaz naturel ne seront pas seulement utilisés pour combler le déficit du budget national, une grande partie de ces fonds seront gérés par les futures générations », a-t-il expliqué.

 

« Nous pensons également que la découverte de ces très importants gisements gaziers pourrait jouer un rôle de catalyseur dans les négociations sur la réunification du pays. Donc à l'avenir, tous les résidents, à la fois les Chypriotes grecs et turcs, tireront profit de tout cela. Bien entendu, une volonté politique est nécessaire des deux côtés, surtout de la part de la Turquie, pour que les discussions puissent aboutir », a-t-il poursuivi.

 

Jeudi, le président chypriote, Demetris Christofias, a présenté la situation sous un autre angle. Il a déclaré que le partage des revenus générés par ces nouvelles sources énergétiques ne serait possible qu'à la condition d'un accord de réunification.

 

« Concernant les revenus de l'exploitation des hydrocarbures, bien entendu, il faudra réunifier le pays, le système fédéral devra fonctionner et puis, bien sûr, le partage sera possible du budget central vers les deux Etats constituants, les deux régions », a-t-il expliqué.

 

Il a ajouté que la Turquie n'avait rien à perdre et qu'il espérait qu'elle se montrerait compréhensive et arrêterait de se comporter comme une puissance coloniale en ce début de XXIe siècle.

 

Malgré des efforts répétés sous les auspices de l'ONU pour ramener les dirigeants des communautés grecque et turque chypriotes à la table des négociations, l'île est séparée en deux depuis 1974.

 

L'espoir d'une réunification a fait surface en 2002 lors que le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a présenté un plan de réunification, proposant une fédération à deux entités régie par une présidence tournante.

 

Lors d'un référendum en avril 2004, les Chypriotes grecs ont rejeté un plan d'unité parrainé par l'ONU. Les Chypriotes turcs s'étaient quant à eux exprimés en faveur de ce plan. L'échec de ce plan a déçu les fonctionnaires européens, qui avaient accepté de voir Chypre rejoindre l'UE cette année-là dans l'espoir d'encourager une résolution du conflit. En mai 2004, la république de Chypre contrôlée par les Chypriotes grecs est devenue membre de l'UE.

 

Lors d'un sommet en décembre 2004, les dirigeants de l'UE ont accepté d'entamer les négociations d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005. L'une des conditions spécifiées était qu'Ankara élargisse un accord d'association de 1963 conclu avec le prédécesseur de l'UE, la Communauté économique européenne, aux dix nouveaux Etats membres de l'Union. Ce groupe de nouveaux Etats membres comprend l'Etat chypriote grec qui n'est pas reconnu par la Turquie.

 

En juillet 2005, la Turquie a signé un protocole élargissant son union douanière à ces dix membres de l'UE, mais Ankara a dans le même temps publié une déclaration affirmant que cette signature ne signifiait pas qu'elle reconnaissait la République de Chypre. La Turquie a également refusé d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre, dans la mesure où elle affirme que l'UE ne commerce pas directement avec la partie nord non reconnue de l'île.

 

  • 1er juil. - 31 déc. 2012 : présidence chypriote du Conseil de l'UE
  • Présidence chypriote du Conseil de l'UE : Homepage

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