La Commission défend d’arrache-pied l’aide humanitaire en cash

Androulla Kaminara [EURACTIV]

La Commission européenne préfère prodiguer de l’aide humanitaire sous forme d’argent liquide, afin que les bénéficiaires puissent décider eux-mêmes comment le dépenser.

Le cash n’a pas vraiment la cote au sein de l’aide humanitaire : il ne représente que 6 à 10 % de l’aide mondiale. Une situation à laquelle la Commission s’oppose, comme l’a été illustré un événement organisé par Euractiv. Parmi les bénéficiaires des aides en argent comptant se trouvent plus d’un million de réfugiés ayant fui le Soudan du Sud pour l’Ouganda, ainsi que des réfugiés en Afghanistan et surtout en Turquie.

Selon Androulla Kaminara, directrice de la direction-générale ECHO de la Commission pour l’Afrique, l’Asie, l’Amérique latine, les Caraïbes et le Pacifique, l’aide humanitaire européenne, est distribuée en cash à hauteur d’« un peu plus de 30 %, et la Commission voudrait atteindre les 35 % ».

À ce jour, le plus grand programme d’octroi d’aide en liquidités pour les personnes déplacées est le filet de sécurité sociale d’urgence (ESSN), financé par l’UE, qui donne aux familles réfugiées en Turquie une carte de débit sur laquelle des sommes sont transférées tous les mois. Un million de personnes en bénéficient actuellement, indique Androulla Kaminara.

La Commission estime que l’argent liquide est « plus efficace » que d’autres formes d’aide humanitaire. Sa stratégie se repose notamment sur des évolutions technologiques, et particulièrement la généralisation des téléphones portables. Les aides liquides sont en effet distribuées en monnaie physique (locale), via des cartes de débit ou via les technologies GSM.

« En Somalie, la pénétration des GSM est même plus grande que dans certains États membres », assure Androulla Kaminara.

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La spécialiste explique cependant que la distribution d’argent liquide n’est pas adaptée à toutes les situations. Dans les zones de guerre, par exemple, le cash risque d’être « siphonné ». Par contre, il n’y a « aucun signe indiquant que le cash est plus susceptible de provoquer des fraudes que l’aide humanitaire en nature, comme les couvertures ».

Alors, l’objectif de 35 % est-il suffisant ? « Il n’est pas possible de viser 90 % », répond la responsable. « Dans certaines situations humanitaires critiques, il n’est pas possible de dépenser l’argent liquide. »

Un participant à l’événement, également membre de la DG ECHO, a qualifié le chiffre moyen mondial de 10 % de « ridicule » : « il reste encore beaucoup à faire pour que ce chiffre augmente ». Il ajoute que « des preuves indiquent que l’argent liquide est la façon la plus efficace de faire les choses » et que « c’est surtout dans le secteur de l’alimentation que l’argent liquide est important ».

« Le travail humanitaire à réaliser dans le monde est énorme. La durée moyenne pendant laquelle les personnes sont déplacées est de 17 ans. Je me demande s’il est nécessaire de mettre en place des financements à plus moyen terme. Le défi politique est de savoir comment faire la transition entre les besoins humanitaires à court terme et une politique à plus long terme », souligne Ric Goodman, de DAI Europe, prestataire de services au développement.

Un autre panéliste, Joel Le Turioner, fondateur d’AfricAgriConsult, spécialiste de l’aide au développement via des bons électroniques, a quant à lui souligné avoir mis en place un système de livraison d’engrais aux agriculteurs africains à des prix compétitifs, sans fausser le marché local.

Androulla Kaminara et Ric Goodman rejettent tous deux les inquiétudes concernant une aide qui pourrait être dépensée en alcool ou en cigarettes. « Nous ne demandons pas ce que les gens achètent, nous essayons seulement de suivre. S’il y a [ce type de dépenses contestables], c’est très minime, cela ne prend pas une ampleur qui devrait nous inquiéter », assure la première.

« Les dépenses frivoles sont très marginales, cela ne doit pas constituer un frein », renchérit Ric Goodman. Techniquement parlant, les mécanismes d’acheminement de l’aide sont disponibles, c’est la charge de travail humanitaire énorme qui pose un défi politique, conclut-il.

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