Contre la sécheresse, des assurances à l’essai en Afrique subsaharienne

afrique_agriculture_africa.jpg [Shutterstock/ giulio napolitano]

Les assurances indicielles permettent aux agriculteurs de faire face aux conséquences du réchauffement climatique avant même que les sécheresses ne s’installent.

Depuis la fin des années 2000, les projets se multiplient en Afrique subsaharienne afin de développer les assurances indicielles, qui s’appuient sur des indices climatiques tels que le niveau de précipitations ou des températures.

Ces mesures doivent permettre de prévenir les effets des incidents climatiques sur les agriculteurs, en leur versant une indemnité en amont de l’incident, au contraire des assurances classiques où le remboursement s’effectue sur la base de pertes de récoltes constatées.

Les assurances indicielles ont ainsi été présentées comme une réponse au changement climatique qui devrait affecter certaines régions d’Afrique subsaharienne, en y rendant plus fréquentes les sécheresses.

Ces produits auraient par ailleurs comme avantage de coûter moins cher, et donc d’être plus accessibles aux petits agriculteurs, qui représentent une large part dans les pays de la région.

La micro-assurance protège les agriculteurs du Sud du changement climatique

Les assurances contre les aléas climatiques permettent aux petits agriculteurs des pays du Sud de sécuriser leurs cultures. Elle peinent toutefois à se généraliser, faute de données fiables.  

Accès facilité au crédit 

Actuellement, une dizaine de projets couvrant une vingtaine de pays sont conduits par la Banque mondiale pour développer ce type d’assurance. En Afrique de l’Ouest, les initiatives sont coordonnées par le réseau PlaNet guarantee dans quatre pays à savoir le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal. Le réseau est en charge de créer des produits d’assurance indicielle, ensuite vendus à des acteurs privés, notamment des instituts de microfinance.

Pour Anne Durez, responsable marketing de PlaNet guarantee, les assurances indicielles poursuivent un double objectif : « stabiliser les revenus des agriculteurs et (leur) permettre de financer (leur) activité ».

« L’assurance indicielle est une garantie pour les instituts de microfinance, explique-t-elle lors d’un colloque sur la gestion des risques en agriculture organisé par Groupama et UniLaSalle le 23 février dernier. Ces instituts peuvent prêter plus pour que la personne achète plus d’intrants et ait un rendement supérieur ».

Au Kenya, cette hausse des rendements a par exemple été estimée à 10 % pour la culture de maïs, ce qui correspondrait à 37 dollars supplémentaires par acre cultivé.

Des réticences du côté de l’offre et la demande

Malgré des résultats encourageants, les assurances indicielles rencontrent des résistances, tant de la part des agriculteurs que de celle des instituts de microfinance assureurs.

Du côté des agriculteurs, Antoine Leblois, chercheur à l’INRA souligne un « manque de compréhension et de confiance dans le système d’assurance ». « Les producteurs ne comprennent pas du tout l’intérêt de l’assurance ».

Du côté des assureurs, les réticences viennent de « l’imperfection de l’indice », qui n’est pas directement lié aux rendements agricoles. Les mesures peuvent ainsi annoncer des périodes de sécheresse, sans que des pertes réelles en rendement soient constatées.

Les assureurs peinent à s’imposer en Afrique face au secteur informel

Les assureurs tentent de mettre un pied en Afrique, où le secteur informel a les faveurs des populations. Notamment via les tontines, ces systèmes d’assurance communautaires basés sur la relation familiale ou amicale. 

Un système mis en péril par le changement climatique 

Paradoxalement, si le changement climatique est la raison d’être de ces assurances, il pourrait également mettre en péril la viabilité du système, en rendant les périodes de sécheresse et donc les paiements aux agriculteurs plus récurrents.

« Le produit de l’assurance doit se recalculer tous les ans », poursuit Anne Durez. Avec la hausse du risque de de sécheresse, le prix devrait également « être de plus en plus cher » ce qui pose la question de l’accès du plus grand nombre à ces assurances.

Une solution serait néanmoins de « mutualiser des zones » souligne Anne Durez, celles non touchées par la sécheresse pouvant compenser les pertes de celles affectées.

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