Débats houleux sur l’aide extérieure en matière de santé sexuelle

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Des conservateurs opposés à l’utilisation d’aides au développement de l’UE pour financer des services de planification de la famille dans les pays pauvres ont réussi ces dernières années à réduire le soutien aux services de santé reproductive. Voilà ce qu’ont révélé des défenseurs de la santé qui se préparent à davantage de réductions.

 

L'aide au développement sera probablement l'une des grandes perdantes lors du sommet sur le budget de l'UE les 7 et 8 février, mais le montant relativement peu élevé consacré à la santé sexuelle et reproductive, ou génésique, alimente un débat houleux sur la manière de dépenser l'argent européen.

 

L'année dernière, Bruxelles a dégagé 150 millions d'euros pour la planification et l'orientation de la famille, soit près de 2 % du budget total de la Commission européenne consacré à l'aide à l'étranger.

 

Nirj Deva, conservateur britannique et vice-président de la commission du développement du Parlement européen, est ouvertement critique envers la planification de la famille financée par l'UE dans les États dans le besoin. Il affirme que l'argent est utilisé pour permettre aux femmes d'avorter de foetus de sexe féminin dans les pays où les hommes sont préférés.

 

« Je ne permettrai et ne tolérerai pas l'idée que vous puissiez améliorer les paramètres de développement en tuant des enfants pour maintenir la population sous contrôle grâce à un outil de développement », a affirmé M. Deva lors d’un entretien.

 

« La décision de donner naissance ou non à des enfants pauvres dans des pays en développement devient alors une idée impérialiste et occidentale. Je pensais que nous avions arrêté l'impérialisme », a-t-il déclaré en ajoutant que l'UE soutenait le « gynécide », c’est-à-dire le meurtre en fonction du sexe, dans certains pays sud-asiatiques et africains où l’on préfère les garçons aux filles pour des raisons liées à la culture et de travail.

 

Soutien à la planification de la famille

 

Le point de vue de M. Deva est loin d'être partagé par tous. D'autres plaident en faveur de services de santé génésique, souvent fournis par des ONG grâce au financement de l'UE. Ces services sauvent des vies, réduisent la pauvreté et donnent un droit de parole aux femmes dans la planification de la famille.

 

L'eurodéputée portugaise socialiste Ana Gomes, qui fait campagne depuis des années en faveur des droits de l'homme et de la femme dans les politiques étrangères de l'UE, a promis de lutter contre des réductions de ce budget.

 

« Nous sommes fortement opposés tout d'abord à des réductions de l'aide au développement et ensuite à toute réduction du budget consacré à la santé génésique », a affirmé Mme Gomez, une ancienne diplomate et membre de la commission parlementaire des affaires étrangères.

 

L'UE dans son ensemble est le plus grand donateur : les gouvernements nationaux et les institutions de l'UE ont fourni 86 milliards de dollars (66 milliards d'euros), soit 55 % des donations mondiales en 2011, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

 

Le financement de la Commission européenne pour la planification de la famille, la santé génésique et le sida est passé de 318 millions de dollars (234 millions d'euros) en 2007 à 203 millions de dollars (150 millions d'euros) l'année dernière, selon un rapport d'Euromapping publié en 2012 sur l'aide au développement et l'assistance à la population. Dans le même temps, des données de l'OCDE révèlent cependant que les gouvernements nationaux de l'UE maintiennent leur soutien aux programmes de santé des populations.

 

Les mesures d'austérité pourraient réduire le budget total d'aide de l'UE de 11 % pour la période 2014-2020, selon les dernières propositions discutées par les dirigeants de l'UE au cours du sommet de novembre 2012 à Bruxelles. Selon des sources proches des négociations sur le budget interrogées par EURACTIV, il est peu probable d'assister à des changements radicaux au cours du sommet de cette semaine.

 

Le rôle de l'UE dans le soutien à la santé génésique, à la régulation des naissances et au financement des Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) s'est intensifié il y a dix ans quand George W. Bush a voulu modifier les priorités des aides américaines. Il souhaitait remplacer les programmes d'aide pour la santé génésique et celle des femmes, soumis à des divergences idéologiques, par des programmes plus populaires comme ceux de la lutte contre la malaria et le sida.

 

Barack Obama a inversé certaines des politiques de son prédécesseur. La Coalition internationale pour la santé des femmes a toutefois accusé à plusieurs reprises des républicains qui contrôlent la Chambre des représentants des États-Unis de ne pas modifier suffisamment l'aide pour la planification de la famille dans les pays pauvres. Cette organisation de défense basée à New York lutte contre les tentatives des républicains de réduire le financement de l'UNFPA.

 

Pression religieuse

 

En Europe, la pression augmente pour suivre une voie similaire à celle des républicains américains, surtout parmi les États membres largement conservateurs et religieux comme l'Irlande, l'Italie, Malte et la Pologne.

 

« De nombreuses informations erronées circulent dans les pays qui ont des opinions religieuses fortes : l'Europe subventionne l'avortement et conseille aux femmes pauvres d'avorter ou de présélectionner les enfants en fonction du genre », a déclaré à EURACTIV sous couvert de l'anonymat un responsable de la santé de l'ONU, qui travaille étroitement avec l’UE dans pays en développement.

 

« C’est loin d’être vrai, mais des personnalités politiques sont soumises à des pressions et à une surveillance accrue sur la manière de dépenser l'argent et dans quel domaine [il est dépensé], ce qui ne mène pas toujours à de bonnes décisions. »

 

Les populistes se sont emparés de la question. En janvier, des opposants à l'avortement ont commencé à rassembler des signatures pour une initiative citoyenne européenne visant à interdire l'utilisation de fonds européens pour des avortements à l'échelle nationale et à l'étranger. La campagne Un de nous, soutenue par l'organisation italienne pour la vie, Fondazione Vita Nova, a révélé que plus de 34 000 personnes avaient jusqu'à présent signé la pétition qui nécessite un million de signatures.

 

European Dignity Watch, une ONG basée à Bruxelles, a accusé l'année dernière la Commission européenne de violer ses propres règles en finançant des avortements sans l'approbation de tous les États membres.

 

Dans un rapport, l'organisation révèle que « l’on serait tenté de se demander si, dans la situation actuelle, la politique de développement de l'UE ne "lutte pas contre les pauvres" au lieu de "lutter contre la pauvreté", ou si l'aide au développement ne devrait pas être dirigée vers l'accès à la nourriture, à l'eau, à la santé et à l'éducation des enfants dans le besoin plutôt que vers la réduction de leur nombre par l'avortement. »

 

Des représentants d'European Dignity Watch n'ont pas répondu aux questions d'EURACTIV à ce sujet.

 

Réaction « simpliste »

 

Nadine Krysostan, responsable de plaidoyer du Forum parlementaire intereuropéen sur la population et le développement, estime cependant que beaucoup d'arguments contre le soutien de l'UE aux services de santé sexuelle et génésique sont « simplistes ».

 

D'après elle, les services d'orientation sur la santé s'effectuent sur la base du volontariat et l'UE ne peut pas promouvoir l'avortement comme une solution au contrôle des naissances, conformément aux accords internationaux dont le programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement convenu au Caire en 1994.

 

« L'accès à la santé sexuelle et génésique, les droits, les programmes et services volontaires de planification de la famille sauvent des vies parce qu'ils aident les femmes à mieux prévoir et espacer leurs grossesses », a expliqué Mme Krysostan lors d'un entretien. « Par conséquent, des couples peuvent avoir le nombre d'enfants qu'ils désirent et dont ils sont capables de bien s'occuper. Ce [programme] réduit également le nombre d'avortements qui surviennent à la suite de grossesses non désirées. »

 

À l'heure actuelle, des millions d'avortements sont pratiqués dans des conditions dangereuses chaque année, 22 millions en 2008, selon les dernières données disponibles de l'ONU. Le Guttmacher Institute, une organisation de recherche sur les droits génésiques aux États-Unis, estime que sur plus de 6 millions d'avortements en Afrique, 3 % sont pratiqués dans des conditions sûres.

 

Malgré les risques, « les femmes qui veulent avorter trouvent l'occasion de le faire », a affirmé Mme Krysostan. « Dans la plupart des cas, ces avortements se déroulent dans des conditions dangereuses, ce qui provoque soit le décès ou la mutilation de millions de femmes, soit de graves problèmes de santé. »

 

Terrain d'entente

 

Même si la santé génésique est contestée, il existe un accord plus large sur le soutien à l'aide au développement dans des domaines moins controversés tels que la vaccination d’enfants, la prévention de la malaria et les soins pré- et postnatals.

 

« Il existe une tentative concertée de réduire le budget de développement pour une plus longue période et cela me choque vraiment », a déclaré M. Deva, le vice?président de la commission du développement.

 

« Le budget de l'UE a accompli de grandes choses et qui est là pour nous le dire ? Des personnalités comme Bill Gates, Bono et d'autres […]. Nous ne parlons pas nous-mêmes de ces choses. »

 

Plan, une organisation internationale pour le développement, a exhorté la semaine dernière les dirigeants nationaux de l'UE à renverser les projets de réduction de l'aide au développement et a averti que « l'aide qui sauve des vies est attaquée en silence. »

 

« Si personne n'est présent à la table des négociations pour défendre les droits et les intérêts des citoyens les plus vulnérables du monde, il est aisé pour les dirigeants de l'UE de supprimer les propositions de budget de l'aide », a indiqué Karen Schroh, responsable de Plan Europe, dans un communiqué.

 

« Nous avons constaté lors du dernier sommet que l'aide humanitaire et au développement étaient la cible, de manière disproportionnée, des réductions parce que personne ne semblait vouloir prendre la parole pour les sans-voix. En période d'austérité, les dirigeants pourraient essayer de réaliser des économies, mais elles ne doivent pas coûter des vies. »

 

Interrogé sur les réductions critiquées de l'aide à l’étranger en matière de la santé génésique, Nirj Deva, un eurodéputé britannique et vice-président de la commission parlementaire du développement, a déclaré : « Le débat concerne des petits montants d'argent et non tous les gens qui meurent de faim, tombent malades de tuberculose, de malaria et du sida [...] Ils disent des bêtises et ces bêtises tuent également des femmes. »

The EU’s main donor nations have committed to providing 0.7% of gross national income to development assistance by 2015. The Organisation for Economic Co-operation and Development, which compiles aid figures, says four – Sweden, Luxembourg, Denmark and the Netherlands - have exceeded the target.

Europe's overseas aid commissioner recently urged rich nations not to renege on their commitments to help the world's poor people, even as EU capitals grapple with their own financing problems.

“The debate is about these small sums of money, and not about all the people starving or getting ill, who are having TB, malaria, AIDS – they are not talking about those people. They are talking this nonsese. And this nonsense is also killing women.”

  • 7-8 févr. : sommet sur le budget de l'UE pour 2014-2020

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