Les prêts bonifiés de la BEI tentent de développer l’économie africaine

Petits agriculteurs. [@FAOKnowledge Twitter]

Prêter à des banques est-africaines pour mettre de l’huile dans les rouages de l’économie locale : l’un des aspects clé de la nouvelle stratégie européenne pour l’Afrique bouscule les idées reçues.

Depuis l’accord de Cotonou, signé en 2000 par l’UE et 78 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, les objectifs stratégiques de l’aide au développement européenne ont bien changé. Aujourd’hui, elle se concentre bien plus sur la stabilité et la résistance, en soutenant des programmes de développement économiques, notamment pour soulager la pression migratoire. Outre le financement de projets d’infrastructures, l’UE prévoit donc aussi des prêts aux banques, afin de favoriser le développement de PME.

La Banque européenne d’investissement (BEI) prête 700 millions d’euros par an aux banques et sociétés financières d’Afrique sub-saharienne. La banque est détenue conjointement pas les 28 États membres et est active dans l’est africain depuis les années 1960. Depuis 2005, elle a même un bureau à Nairobi.

Les prêts proposés par la BEI ont aussi évolué. En 2016, 49 % des prêts consentis en Afrique ont été alloués à des PME privées. « Il y a clairement un grand appétit » pour les lignes de crédits en euros, dollars et monnaies locales offertes par la BEI et ses partenaires aux banques locales, indique Catherine Collin, représentante de la banque en Afrique de l’est.

La BEI offre aussi des programmes d’assistance technique pour les banques et entrepreneurs locaux qui reçoivent des financements, ainsi que des programmes d’amélioration de l’éducation financière.

« Les États membres de l’UE nous ont demandé de nous concentrer sur les besoins en formations ressentis par les bénéficiaires des fonds », explique la représentante.

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PME et agriculteurs

En 2015, la BEI a lancé une ligne de crédit de 80 millions d’euros spécialement destinée aux entreprises agricoles, ainsi qu’aux sociétés d’énergie, manufacturières et fournissant des services. Trois lignes de crédits supplémentaires, d’une valeur totale de 170 millions d’euros, ont ensuite été approuvées pour des prêts aux petites entreprises du Kenya, de Tanzanie, d’Ouganda et du Rwanda, ainsi que de la République démocratique du Congo et de la Mauritanie.

« Il ne s’agit pas uniquement de liquidités qui entrent dans les caisses des banques locales, ces liquidités doivent soutenir les PME de la région et nous surveillons le processus le mieux possible », explique-t-elle. « Il ne s’agit pas non plus de subventions, les prêts sont alignés au marché et à l’évaluation des risques et le seul élément souple est l’aide technique offerte.

L’un des gros avantage d’un prêt de la BEI est la note triple A de la banque, qui lui permet d’offrir des taux plus bas que les banques commerciales africaines, qui elles empruntent à des taux très élevés en raison du risque associé à leur localisation. Le risque est ainsi déporté sur l’institution financière, qui lance le mouvement .

« Nous ne pouvons pas dépasser sept ans de prêts en monnaie locale, ce qui est déjà assez long dans ces marchés. Nous avons une note AAA et passons en général la différence des taux à nos clients », continue-t-elle.

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Plafond d’intérêts et stabilité politique

L’économie de la région entre cependant dans des eaux troubles. En septembre 2016, le président kényan, Uhuru Kenyatta, a signé une loi bancaire imposant un plafond sur les taux d’intérêts des prêts. Ces taux ne peuvent plus dépasser les 4 % de plus que le taux appliqué par la banque centrale.

Selon Catherine Collin, ce plafond nuit aux banques locales, et il y a à présent moins de volonté de prêter aux PME au Kenya. « Nous avons aussi vu plusieurs banques fermer dans la région récemment », regrette-t-elle.

Trois importants prêteurs kényans se sont effondrés en 2016, Chase, Dubai Bank et Imperial Bank. Ils sont à présent accusés de fraude et de mauvaise supervision. En Ouganda, plusieurs institutions financières ont aussi mis la clé sous la porte.

« Jusqu’à l’an dernier, nous surfions sur une belle vague », estime Catherine Collin. « Les choses sont devenues un peu plus difficiles à cause du plafond sur les taux d’intérêt et de l’incertitude politique. La situation politique a des conséquences. Dès qu’elle affecte l’économie, elle nous affecte. On ne peut pas forcer les gens à prêter, et les banques locales préfèrent attendre de voir ce qu’il se passe plutôt que de prendre trop de risques. »

Malgré l’instabilité politique, le mandat de la BEI devrait s’élargir à l’avenir. L’institution est au cœur du Plan d’investissement extérieur de la Commission, qui devrait être discuté lors du sommet de la semaine prochaine à Abidjan et prévoit d’impliquer le secteur privé et les entreprises européennes bien davantage dans l’aide au développement.

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