« À part le Brexit, l’UE a beaucoup de choses à célébrer »

Román Escolano [Casa de America/Flickr]

Malgré le Brexit, la menace du populisme et les vents hostiles venant de Washington, l’Union européenne a « beaucoup de choses à célébrer », a affirmé le vice-président de la BEI, Román Escolano.

Román Escolano est le vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour l’Amérique latine.

Dans le cadre du plan Juncker, la collaboration entre la BEI et ICO (banque publique rattachée au ministère espagnol de l’Économie) porte ses fruits, notamment en Espagne, mais certains regrettent que ce programme européen soit encore trop frileux par rapport aux risques…

Ce n’est pas vrai. Le plan d’investissement pour l’Europe permet à la BEI de prendre plus de risques dans les opérations qu’elle finance. De fait, deux bénéficiaires sur trois de ce plan sont des clients qui reçoivent nos financements pour la première fois. Rappelons qu’il s’agit d’une initiative lancée conjointement par la Commission européenne et la BEI. Son objectif est d’attirer les investissements en Europe et les chiffres montrent que cela fonctionne.

Le volume de financements approuvés dans le cadre du plan Juncker en mars de cette année s’élevait à 33 milliards d’euros et de là nous calculons que presque 178 milliards d’euros sont mobilisés. Nous nous trouvons donc à 56 % de l’objectif total de 315 milliards d’euros mobilisés fixé par la Commission européenne. Une grande partie de ces financements sont destinés au soutien des projets de PME, fondamentales pour l’économie européenne, mais aussi pour faciliter l’investissement dans des domaines clés pour l’avenir de l’Europe, comme l’innovation et la recherche. Ce sont des secteurs jusqu’où les financements n’arrivaient pas en grande quantité jusqu’à présent, car ce sont justement des activités à grand risque économique.

Sur ces 10 % de projets que la BEI finance en dehors de l’UE, quelles sont les priorités ?

La BEI est la banque d’investissement de l’UE, par conséquent, nos opérations en dehors de l’Union doivent contribuer de manière cohérente à atteindre les objectifs européens en matière de politique extérieure. Les priorités dans ce domaine sont le soutien aux infrastructures économiques et sociales, la lutte contre le changement climatique et le développement du secteur privé. Jusqu’à récemment, notre activité en dehors de l’Union, et en particulier en Amérique latine, se centrait sur le soutien à des projets de ce dernier secteur, surtout dans les domaines du transport et de l’énergie, mais nous facilitons aussi de plus en plus l’accès aux financements au secteur public, surtout pour lutter contre le changement climatique.

En effet, la BEI est la meilleure entité financière multilatérale dans l’action pour le climat. Notre priorité actuelle est de soutenir des projets comme le métro de Quito, qui permettent un transport public durable, et d’encourager les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

L'UE dévoile son premier plan de négociations avec le Royaume-Uni

L’UE va dévoiler les grandes lignes de son plan de négociations du Brexit, deux jours après le déclenchement de la procédure de retrait du Royaume-Uni, déjà marquée par de premières frictions avec Londres.

Face aux vents de protectionnisme qui soufflent depuis les États-Unis et face à la crainte que cette vague du « America first » n’impacte les économies des pays en développement, y compris l’Amérique latine, la BEI pourrait-elle jouer le rôle d’amortisseur ou de catalyseur de développement ?

L’Union européenne est le premier investisseur de la région et son deuxième plus grand partenaire commercial. Depuis de nombreuses années, la BEI stimule le développement en Amérique latine. Nous sommes bien décidés à poursuivre sur cette voie.

L’année dernière, nos prêts dans la région ont dépassé les 500 millions d’euros pour différents projets. Depuis que nous avons commencé notre activité ici en 1993, nous avons fourni 7 milliards d’euros de financements pour soutenir 100 projets d’investissement.

Il y a quelques jours seulement, je me suis rendu au Mexique où la BEI a signé un accord avec la banque de développement NAFIN. J’ai eu l’occasion de rencontrer le gouvernement mexicain, les responsables des banques de développement et des grandes entreprises du pays. Je me suis aussi rendu au Paraguay pour participer à la conférence annuelle de la Banque interaméricaine de développement (BID) et ainsi analyser avec les autorités d’autres pays latino-américains de nouveaux projets pour continuer à travailler ensemble à l’avenir.

Depuis quelques mois seulement, la BEI a décidé de réactiver ses lignes de crédit pour les PME en Argentine. Avez-vous déjà établi une feuille de route pour vos activités dans ce pays ? Avez-vous déjà identifié avec le gouvernement Macri des projets immédiats ?

Nous examinons déjà plusieurs projets que nous pourrions financer en Argentine, tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Depuis que la BEI a commencé à travailler dans ce pays, nous avons signé 12 opérations, mais il est vrai que depuis 1996, aucune n’était avec le secteur public.

Les relations entre l’Argentine et l’UE s’améliorent. L’année dernière, nous avons reçu à Bruxelles le président Mauricio Macri. Ce fut la première visite d’un président argentin à Bruxelles depuis 20 ans. Et ce dialogue rapproché donne de très bons résultats. La BEI a déjà approuvé un prêt à la Banque d’investissement et de commerce extérieur, la BICE, pour soutenir les PME argentines en leur fournissant un accès aux financements avec des délais de remboursement supérieurs à ce que propose généralement le marché local.

Nous avons aussi validé un autre projet important pour améliorer la gestion et la qualité de l’eau à Buenos Aires, et nous sommes en train d’analyser d’autres projets pour améliorer la gestion des déchets solides et le transport urbain. L’UE cherche à se rapprocher de l’Argentine et la BEI travaille également dans ce sens.

Dans ce contexte, la BEI a récemment annoncé l’ouverte de ses premiers bureaux en Amérique latine, au Panama. Pour quand cela est-il prévu et quelles sont les premiers problèmes auxquels devra faire face le nouveau bureau, étant donné que l’importance économique du Panama dans la région est en plein déclin?

Pour l’instant, nous avons retardé l’ouverture de notre bureau de représentation dans la région. La BEI est présente en Amérique latine depuis 20 ans et notre priorité à présent est de nous transformer en l’une des principales institutions financières de la région afin de financer des projets d’infrastructures économiques et financières, de lutter contre le changement climatique et d’encourager le développement du secteur privé. Ainsi, nous voulons faire passer nos financements dans la région de 550 millions d’euros à 1 milliard d’euros par an. Si 90 % de nos fonds sont destinés aux États membres de l’UE, la BEI garde toujours un œil sur ce qu’il se passe dans le monde, et l’Amérique latine a toujours été une région importante pour nous. Notre défi est de continuer de mettre en œuvre notre programme de financement dans de bonnes conditions, aussi bien en termes de délais que de types d’investissements, pour des projets qui ont un impact positif dans la région.

Quels ont été jusqu’à présent les projets phares de la BEI en Amérique latine?

Ce n’est pas facile d’en citer juste quelques-uns, parce que nous avons financé 100 projets d’investissement.

L’un des plus connus est l’expansion du canal de Panama, pour laquelle nous avons octroyé 400 millions d’euros. Nous sommes particulièrement fiers d’avoir aidé à la construction de la première ligne de métro à Quito et d’avoir contribué à la reconstruction des zones les plus endommagées par le séisme de l’année dernière en Équateur.

Notre activité est également importante au Brésil. Jusqu’à présent, nous y avons investi près de 2,7 milliards d’euros dans différents projets qui ont facilité l’investissement dans plusieurs secteurs, aussi bien dans des infrastructures économiques et sociales que dans des projets industriels. Par exemple, nous avons fourni 200 millions d’euros pour la rénovation et l’expansion du réseau ferroviaire public à Sao Paulo et l’avons rendu plus efficace et plus durable.

Malgré le Brexit, l’hostilité de Washington envers l’UE et les craintes suscitées par la montée du populisme, l’Europe a célébré le 60e anniversaire du traité de Rome le 25 mars… mais y a-t-il vraiment quelque chose à célébrer?

Oui, absolument. Nous devrions célébrer le fait que l’Europe a connu une période de paix et de prospérité sans précédent au cours des 60 dernières années. Nous, les Européens, avons montré que nous avons bien plus de points communs que de divergences. Il est vrai cependant que nous sommes à présent confrontés à plusieurs défis, dont le Brexit, mais je suis convaincu que l’Union continuera de fonctionner pour l’intégration européenne et le bien-être de ses citoyens, sans oublier que le développement social et durable au-delà de nos frontières est aussi l’une de nos priorités. Aider l’Amérique latine par le biais de nos financements permettra notamment de servir cet objectif.

Les dirigeants réclament plus de temps pour négocier le Brexit

Les institutions européennes et les gouvernements nationaux ont besoin de plus de temps avant de lancer les négociations du Brexit, afin de finaliser le nouvel accord d’association bilatéral.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.