En Éthiopie, le bilan des victimes des troubles civils s’alourdit

Les affrontement ont fait de nombreux morts, notamment dans la région d'Oromia. [Screengrab/YouTube/Oromia Media Network]

Les troubles civils en Éthiopie ont tué 669 personnes l’année dernière, selon un rapport du parlement d’Addis-Ababa.

Les problèmes de longue date en matière d’allocation des terres et de marginalisation politique dans les régions d’Oromia et d’Amhara ont entraîné des manifestations « illégales » et l’assassinat de quelque 600 civils par les forces de sécurité, selon la commission éthiopienne des droits de l’Homme (EHRC).

Une situation qui a mené à six mois d’état d’urgence dans l’un des pays les moins stables de la Corne de l’Afrique.

À l’origine, le chiffre officiel était de 177 morts, mais des groupes comme Amnesty International et Human Rights Watch ont immédiatement réfuté cette affirmation, estimant le nombre de victimes entre 400 et 500.

Le rapport de l’EHRC, commandité par le gouvernement et dévoilé au parlement le 18 avril, compte un total de 669 morts, dont il offre un décompte détaillé. Il précise que 495 personnes (465 civils et 33 personnels de sécurité) sont mortes à Oromia, 140 personnes (110 civils et 30 membres des forces de sécurité) sont mortes à Amhara et 30 personnes dans le sud-ouest du pays.

Il indique toutefois que les forces de sécurité n’ont utilisé que des gaz lacrymogènes et des moyens d’action proportionnés lors du festival religieux d’Irrecha en octobre 2016.

Dans une précédente interview avec Euractiv, l’ambassadeur éthiopien auprès de l’UE avait rejeté la faute sur des « forces externes » pour les troubles et les morts qui s’en sont suivies.

Alors que l’Éthiopie est une « ancre » géopolitique stratégique dans la région perturbée de la Corne de l’Afrique, le pays fait face à des sècheresses répétées faisant dépendre 10 millions de personnes de l’aide alimentaire d’urgence. En privé, les ONG et agences d’aide à Bruxelles critiquent le gouvernement d’Addis-Ababa et son attitude autoritaire.

En Éthiopie, une catastrophe humanitaire au ralenti

L’Éthiopie vient de lancer une campagne de promotion touristique de grande ampleur. Le timing pourrait pourtant difficilement être moins opportun, alors qu’une famine gravissime menace les 100 millions d’habitants du pays.

Grâce à l’investissement chinois, qui a notamment permis la création d’une nouvelle ligne de métro, d’un barrage sur le Nil et d’une nouvelle voie ferroviaire vers la côte, le PIB a considérablement augmenté. Pourtant, les populations d’Oromia et d’Amhara se plaignent d’être laissées de côté par l’élite politique.

Même si pour dix civils tués, un seul membre des forces de sécurité est mort, la commission EHRC assure que « dans la plupart des cas, les mesures prises par les forces de sécurité étaient légales et proportionnées », mais que dans certains cas, elles ont fait usage d’une force inutile.

L’EHRC propose des solutions pour « garantir une meilleure gouvernance, créer de l’emploi pour les jeunes, accompagner les victimes des troubles, prévenir les attaques basées sur l’ethnie, poursuivre les forces de sécurité responsables devant la justice, respecter et promouvoir le droit des peuples et empêcher la circulation des armes illégales ».

Une bonne nouvelle, le 20 avril, les dirigeants des États de Somali et d’Oromia ont signé un accord de résolution des conflits. L’Ethiopie est un important partenaire du nouveau fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique et un important bénéficiaire de l’aide au développement (APD).

L'Ethiopie ne reçoit aucun argent européen

Le gouvernement éthiopien ne reçoit pas d’argent du Fonds fiduciaire d’urgence en faveur de l’Afrique, a assuré la Commission le 6 septembre, en réponse aux associations de défense des droits de l’Homme qui ont annoncé que plus de 400 personnes ont été tuées dans les confrontations avec le gouvernement.

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