Légère contraction de l’aide au développement au niveau mondial

De plus en plus de pays comptabilisent l'aide au réfugiés sur leur territoire comme de l'aide au développement. [Anjo Kan/Shutterstock]

L’aide au développement envoyée aux pays de l’hémisphère sud n’a pas augmenté en 2017. Les aides destinées à l’accueil des réfugiés ont même baissé.

L’aide étrangère des donateurs officiels s’est élevée à 146,6 milliards de dollars (118,9 milliards d’euros), ce qui représente une baisse de 0,6 % en termes réels par rapport à l’année précédente, selon l’OCDE.

Parmi les pays de l’UE, ce sont l’Italie, la Suède et la France qui ont vu leurs budgets à l’aide au développement augmenter le plus, même si, dans ce dernier cas, cela suit des années de baisse.

L'aide au développement française revient à son niveau de 2012

En 2017, l’aide au développement française a reprise une courbe ascendante. Mais après des années de baisses successives, cette reprise a seulement ramené la solidarité internationale de l’Hexagone au niveau de 2012.

 

Au total, l’aide des 20 États membres de l’UE impliqués dans le CAD a chuté de 1,2 %, pour atteindre 82,7 milliards de dollars (66,9 milliards d’euros) en 2017, soit 0,49 % de leur revenu national brut. Les dépenses nettes des institutions européennes se sont pour leur part rétractées de 6,7 % en termes réels, soit 16,5 milliards de dollars (13,3 milliards d’euros).

Seuls quelques pays ont atteint l’objectif des Nations Unies, qui prévoit l’allocation de 0,7 % du RNB à l’APD. Il s’agit de la Suède (1,01 %), du Luxembourg (1 %), de la Norvège (0,99 %), du Danemark (0,72 %) et du Royaume-Uni (0,7 %). L’Allemagne a pour sa part tout juste atteint les 0,7 % en 2016, notamment à cause d’une hausse importante des dépenses liées aux réfugiés sur son territoire. Elle n’a pas renouvelé ce score.

« Même s’ils sont modestes, il y a des progrès », estime Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE. Il souligne par exemple que l’aide octroyée aux pays les plus pauvres a augmenté de pas moins de 4 %, atteignant 26 milliards de dollars (21 milliards d’euros).

« Il est réjouissant de voir que plus d’argent est acheminé là où les besoins sont les plus grands, mais cela n’est pas encore suffisant. De trop nombreux donateurs sont encore loin des 0,7 % », ajoute-t-il cependant.

Charlotte Petri Gornitzka, présidente de la CAD, s’est aussi dite « encouragée » par la hausse des dotations aux pays les moins développés.

Le Ghana veut s’affranchir de l’aide au développement

Contrairement aux autres dirigeants africains, le président ghanéen est bien déterminé à s’affranchir de l’aide au développement, et il ne l’a pas caché à Emmanuel Macron, en visite dans le pays. Un article d’Euractiv Allemagne.

APD et accueil des migrants

Dans de nombreux pays européens, cette baisse des dépenses est en réalité due aux coûts moins élevés liés aux réfugiés sur leurs territoires. Cela indique un recul de la crise migratoire en 2017, après les sommets atteints en 2015 et 2016.

Les pays du CAD ont déclaré 14,2 milliards de dollars (11,5 milliards d’euros) de coûts liés aux réfugiés sur leur territoire en 2017, soit 9,7 % du total de l’aide, contre 11 % en 2016.

L’inclusion des coûts liés à l’accueil des réfugiés dans l’aide au développement est un sujet très controversé. En 2016, les dépenses associées aux migrants, aux réfugiés et à la sécurité (y compris le renforcement des frontières) sur le territoire des pays donateurs ont augmenté de 43 %. Dans l’UE, l’Allemagne, l’Autriche, la Grèce et l’Italie ont toutes déboursé plus de 20 % de leur aide publique au développement (APD) à ce type de dépenses.

Lors d’une réunion en octobre 2016, après plus de deux ans d’âpres négociations, les pays du CAD se sont accordés sur des orientations sur la comptabilisation des dépenses liées à l’immigration. Les frais temporaires de base, comme la nourriture et le logement, seront comptés comme de l’APD. Par contre, les contrôles de sécurité, les contrôles aux frontières ou le financement des centres de détentions ne le seront plus.

Si la question de la comptabilisation des frais liés aux réfugiés semble temporairement résolue, il reste de nombreux points à clarifier sur ce qui constitue de l’aide au développement. La Belgique, la France et le Portugal font ainsi partie d’un groupe d’États souhaitant que certaines dépenses liées à l’armée, à la paix et à la sécurité, ce qui inclut potentiellement certaines ventes d’armes, soient classifiées comme de l’APD.

Les organisations de la société civile sont également critiques quant à l’utilisation d’instruments financiers « mixes » par l’UE, les États membres et les institutions de financement du développement. Ces outils combinent en général une contribution publique limitée censée attirer des engagements du privé ou un prêt de finance privée.

Les pays donateurs sont friands de ces montages qui leur permettent de puiser moins profond dans les coffres publics. Les critiques du système assurent que les fonds issus du secteur privé sont en général orientés vers des pays en développement à l’économie saine, où les projets d’infrastructures ont plus de chance d’être profitables, au détriment des pays qui en ont le plus besoin.

La difficulté de définir ce qui constitue, ou non, de l’aide au développement risque de fragiliser l’objectif défendu par l’ONU.

« Les règles actuelles de l’aide signifient que les pays riches ne respectent toujours pas leurs engagements vis-à-vis des pays les plus pauvres », estime Jeroen Kwakkenbos, du Réseau européen des ONG sur la dette et le développement (Eurodad).

« Les problèmes principaux commencent avec le fait que les règles qui gouvernent l’APD permettent aux pays riches d’utiliser ces aides pour leurs dépenses nationales. Cela fausse les données statistiques et crée un système de rapport non fiable », juge-t-il.

La militarisation de l’aide au développement se poursuit

L’affectation de l’aide au développement européenne à des actions sécuritaires est défendue par un large partie du Parlement et par la Commission. Mais certains craignent un détournement de l’aide au détriment des plus pauvres.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.