Au Honduras, l’aide européenne est mal gérée

L’aide de l’UE au Honduras visait surtout à empêcher la déforestation – en réalité, elle a eu l’effet inverse. [Scubabix/Flickr]

L’aide de l’UE au Honduras, l’un des pays les plus pauvres de la planète, a été entachée par une mauvaise gestion, un manque de précision et de coordination, indique un rapport accablant de la Cour des comptes, le 12 janvier.

Les versements de l’UE ont atteint environ 119 millions d’euros sur la période 2007-2015, et avaient pour objectif la réduction de la pauvreté, de la déforestation et du taux d’homicides.

Au lieu de cela, le rapport indique que « la pauvreté a augmenté, les zones forestières ont rétréci et la violence est encore monnaie courante avec un taux d’homicides très élevé ».

Les auditeurs de la Cour des comptes y voient la conséquence de plusieurs facteurs – pas tous de la responsabilité de l’UE –, mais estime notamment que « la délégation européenne en Honduras a manqué de l’expertise nécessaire en gestion des finances publiques et macroéconomique pour gérer des opérations d’aide au budget ».

La Cour a néanmoins concédé que cette mission serait toujours complexe étant donné les « risques substantiels » au Honduras à cause d’un contexte macroéconomique instable et d’une « mauvaise gestion des finances publiques ».

Efficacité de l’aide

« La Commission n’a pas toujours réagi de manière cohérente quand le pays partenaire ne respectait pas les conditions d’éligibilité de soutien du budget… cela a envoyé des messages contradictoires qui pourraient faire du tort à l’efficacité de l’aide », a estimé l’équipe d’auditeurs.

« L’approche de la Commission n’a pas été assez ciblée, car l’aide financière était répartie dans de nombreuses régions, augmentant ainsi le risque de mettre en péril son impact », ont-ils précisé, ajoutant que : « Nous avons trouvé des failles dans les instruments utilisés par la Commission pour surveiller la performance des actions de l’UE. »

L’UE est le plus grand donateur au monde, même si ce n’est que le quatrième plus grand donateur du Honduras. En effet, environ 11 % de l’aide au développement des pays d’Amérique centrale provient de Bruxelles.

Le pays, peuplé de seulement 8 millions d’habitants, est dirigé par le même parti politique depuis le coup d’État de novembre 2009. Il est actuellement classé 131 sur 188 pays dans l’indice des Nations unies pour le développement humain.

Extrême pauvreté

Environ 40 % des Honduriens vivent dans une situation d’« extrême pauvreté ». À 68,2 %, le pays a un des taux de pauvreté les plus élevés d’Amérique du Sud et l’une des sociétés les plus inégales d’Amérique.

Un exemple de mauvaise gestion des fonds donné par le rapport est celui des dépenses liées aux réservoirs d’eau, aux poubelles autour des écoles, aux routes, aux kiosques, aux parcs et aux panneaux solaires – sans d’abord régler les incertitudes liées à l’occupation des terres.

Dans le secteur de l’eau et des sanitaires, « la moitié des municipalités de reçoivent aucun soutien, alors que d’autres reçoivent des aides de donateurs multiples en même temps ».

Les Honduriens n’y sont pas pour rien puisque les dépenses du gouvernement excèdent le budget et le revenu disponible et le marché public n’est pas transparent, la corruption « problématique » et le « niveau des arriérés de paiement reste inconnu », commentent les auditeurs.

Malgré l’accent mis sur les forêts, le rapport note simplement que « les réformes n’ont pas encore eu de répercussions ». De fait, la surface de forêts a grandement diminué, passant de 59 % en 2011 à 48 % trois ans plus tard.

>> Lire : Le Parlement renforce le budget de l’aide au développement

Même si un petit déclin des homicides a été observé, dans l’une des sociétés les plus violentes de la planète, le rapport indique qu’il est probable que « l’impact des fonds européens ait été limité ».

En réponse à ce rapport, la Commission européenne a déclaré qu’elle faisait « tout son possible pour aider le pays à améliorer son niveau de développement ». Selon l’exécutif, dans ces circonstances difficiles, l’aide au développement de l’UE a tout de même eu un réel impact dans les domaines d’intervention.

« La Commission continuera de corriger les faiblesses identifiées dans la gestion de son aide en suivant les suggestions de la Cour. J’aimerais toutefois souligner qu’il n’est pas possible de savoir à quel point les ‘faiblesses dans la gestion’ ont entravé l’impact de l’aide européenne, surtout dans le contexte d’un grand nombre de facteurs externes », a déclaré l’exécutif.

Suite à la période de révision, la Cour des comptes a rapporté que les priorités pour 2014-2020 étaient l’agriculture familiale, l’emploi et l’État de droit.

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