L’aide au développement de l’UE a baissé en 2017

Christos Stylianides, commissaire européen chargé de l'aide humanitaire et de la gestion des crises, à Bucarest pour le MODEX de l'UE. [© European Union, 2018 / Photo: Andrei Pungovschi]

Pour la première fois en cinq ans, les dépenses d’aide au développement de l’UE ont diminué, selon un rapport publié le 17 octobre.

Les États membres de l’UE ont déboursé 72,65 milliards d’euros d’aide en 2017, soit une baisse de 3 %. Le rapport de CONCORD révèle que la diminution de l’aide de l’UE résulte en grande partie d’une baisse de 10 % de la participation des donateurs aux coûts des réfugiés et de 82 % de l’allégement de la dette déclarée comme aide. Malgré ce recul, l’UE reste le premier donateur d’aide au monde.

Les pays donateurs et membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont convenu de réviser les règles de classification des dépenses effectuées dans les pays donateurs lors de leur réunion à Paris en octobre dernier. Les frais de subsistance temporaires, tels que la nourriture et le logement des réfugiés, seront considérés comme une aide, tandis que les coûts engendrés par l’arrivée de migrants, comme les contrôles de sécurité et aux frontières, et les centres de détention, n’entreront plus dans la catégorie « aide au développement ».

« D’une part, nous déplorons le désintérêt de l’UE et de ses États membres pour la garantie d’une aide suffisante et à respecter leurs engagements », a déclaré Luca De Fraia, secrétaire général d’ActionAid Italie, affilié à CONCORD.

« D’autre part, nous regrettons que le montant officiel des aides de l’UE repose en fait sur une pratique de ‘gonflement’ artificiel, confirmée en 2017. Depuis plusieurs années, le contrôle des migrations, la titrisation et les investissements du secteur privé dans les pays donateurs se substituent aux objectifs de développement, gonflant progressivement le niveau d’aide déclaré. Il en résulte que de moins en moins de ressources de l’UE sont consacrées à l’éradication de la pauvreté et au développement durable au niveau mondial », a enchaîné Luca De Fraia.

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En face, le discours de l’UE consiste à dire que l’aide directe ne sera pas augmentée de manière significative dans son prochain budget sur sept ans, mais que les investissements du secteur privé seront intensifiés.

Dans le cadre du plan d’investissement extérieur de la Commission européenne, qui vise à puiser 40 milliards d’euros dans le budget de l’UE pour les investir sur l’ensemble du continent africain, Bill Gates devrait être un investisseur de premier plan.

« Mon message est clair : l’aide ne suffit pas.  Après tout, comment pouvons-nous être sûrs que ces programmes d’investissement privé aient réellement un lien avec les objectifs de développement ? » s’est interrogé Luca De Fraia.

De tels instruments inquiètent également certaines ONG, qui affirment que les pays les moins avancés (PMA) ont bien moins de chances d’obtenir des investissements du secteur privé que leurs voisins les plus riches.

« Les contributions reviennent très rarement aux PMA, aux alentours de 8 % en général », a déploré le secrétaire général d’ActionAid Italie. « Mais un plan d’aide aux PMA est en cours d’élaboration. »

En 2017, seuls quatre États membres de l’UE ont dépassé l’objectif de 0,7 % du budget national à l’aide au développement : le Danemark, le Luxembourg, la Suède et le Royaume-Uni. L’Allemagne n’a quant à elle pas été à la hauteur, en raison des coûts liés aux réfugiés.

Les réductions d’aide les plus importantes concernent les institutions européennes, l’Espagne, l’Autriche et la Hongrie, tandis que la Croatie, la France, le Portugal, la Roumanie et Malte ont augmenté leurs dépenses d’aide de 15 à 20 % chacune.

Dans le même temps, l’aide aux PMA a augmenté de 4 % par rapport à 2016, mais s’élève à 0,11 % du RNB de l’UE, ce qui est inférieur à l’objectif du bloc d’allouer 0,15 % du RNB de l’UE aux plus pauvres d’ici 2020.

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