Bruxelles dévoile son projet de hausse de l’aide au développement

Federica Mogherini [European Commission]

La Commission européenne a défendu son projet de hausse du budget à l’aide au développement et d’élimination des obstacles bureaucratiques.

La Commission prévoit d’allouer 123 milliards d’euros aux dépenses à l’étranger dans le cadre de son budget pluriannuel, de 2021 à 2027, soit une hausse de près de 30 %. Ce montant inclut toutefois les 30 milliards du Fonds européen de développement, qui avait déjà été prévu par les gouvernements.

Le texte fera partie du cadre financier pluriannuel qui sera discuté par les gouvernements et le Parlement européen dans les prochains mois.

L’accent de la Commission sur la migration a fait réagir de nombreuses ONG et des eurodéputés qui craignent que l’UE ne rabaisse ses engagements de développement pour renforcer les contrôles migratoires.

L'UE réorganise son aide au développement

La place de l’aide au développement dans le nouveau budget de l’UE ainsi que la réorganisation de ses instruments de mise en oeuvre inquiètent les ONG.

Lors de la présentation le 14 juin, la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, a toutefois défendu la proposition, dans laquelle environ 9 milliards seront alloués aux questions d’immigration.

« Nous ne voulons pas que la prochaine Commission soit confrontée à la crise migratoire à laquelle nous avons fait face sans les capacités financières et institutionnelles adéquates », a déclaré la responsable italienne. « Nous devons traiter avec les pays d’origine et de transit, et nous avons besoin de programmes à long terme pour nous attaquer aux causes profondes de la migration. »

« J’espère que les États membres réticents réaliseront que la protection de nos frontières commence bien au-delà de l’Europe », a ajouté le commissaire en charge de l’Élargissement, Johannes Hahn.

Emily Wigens, directrice par intérim de la campagne ONE à Bruxelles, a déclaré que « les dirigeants européens doivent reconnaître qu’il ne peut y avoir de solution à long terme à la crise des réfugiés sans un nouveau partenariat visionnaire et ambitieux avec l’Afrique ».

Dans le même temps, l’exécutif de l’UE affirme que la mise en place d’un instrument unique « éliminera les barrières bureaucratiques inutiles ». Une flexibilité qui inquiète aussi les groupes de la société civile.

« Des règles claires en matière de transparence, de gouvernance et de prévisibilité sont nécessaires pour contrebalancer la flexibilité proposée pour les dépenses en aide au développement. En l’état actuel des choses, l’UE sera en mesure de détourner plus facilement de l’argent vers ses propres intérêts », craint Hanna Saarinen, conseillère en politique européenne chez Oxfam.

« Si nous ne savons pas où l’argent du développement est censé aller, nous ne pouvons pas être sûrs qu’il atteindra les personnes qui en ont le plus besoin », a-t-elle ajouté.

D’autres ont accusé plus clairement la Commission de détourner l’aide au développement dans l’intérêt des pays de l’UE. « Il est clair que l’UE a perdu de vue l’objectif initial de l’aide. L’aide au développement est désormais considérée comme un outil permettant de tirer parti de la coopération des pays partenaires sur des questions liées aux intérêts de l’UE, telles que la sécurité et les migrations », a déclaré Global Health Advocates dans une déclaration.

Face à la crise migratoire, l’Europe collabore toujours plus avec les pays autoritaires

L’UE consacre de plus en plus de fonds à l’externalisation de ses frontières. Une politique qui a pour conséquence la subvention de certains gouvernements autoritaires, à l’image du Soudan.

 

« Le détournement de l’aide est le plus grand risque de la proposition de la Commission. Alors que l’aide est déjà instrumentalisée en faveur des intérêts de l’UE, cette proposition légitimerait cette menace », a quant à lui commenté Bruno Rivalan, membre du Conseil d’administration de CONCORD.

Des craintes rejetées par les responsables de la Commission. « L’éradication de la pauvreté reste l’objectif général…. les politiques restent les mêmes », a insisté le commissaire au développement, Neven Mimica, avant d’ajouter qu’il y aurait des dépenses supplémentaires en Afrique subsaharienne et dans les Balkans occidentaux, ainsi que sur le changement climatique, les droits de l’homme et la démocratie.

Les dépenses en Afrique subsaharienne sont celles qui devraient connaître la plus forte augmentation, passant de 26,1 milliards d’euros à 32 milliards d’euros sur sept ans.

« Nous sommes mieux équipés politiquement, financièrement et juridiquement », a-t-il déclaré, ajoutant que les engagements de l’UE en matière de développement « ne seront pas sacrifiés pour des pressions à court terme ».

Pour sa part, Christos Stylianides, commissaire européen chargé de l’aide humanitaire, a déclaré que le budget de son département passerait de 8,5 milliards d’euros à 11 milliards d’euros selon la proposition.

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