Au Kenya, les fermes horticoles s’inquiètent aussi des hippopotames

La plupart des fleurs cultivées au Kenya sont vendues en Europe. [Aleksandar Todorovic/Shutterstock]

Le Kenya est l’un des plus grands exportateurs de fleurs coupées au monde, mais cette industrie florissante entraîne de gros problèmes environnementaux. La protection des cours d’eau, les plantes herbicides et le recours à la biomasse font lentement leur apparition près du lac Naivasha.

Saint Valentin, Noël, anniversaire, les Européens offrent régulièrement des bouquets de fleurs. La plupart d’entre eux ignorent cependant que bon nombre de ces fleurs ont été cultivées très, très loin de chez eux, au Kenya.

La production kényane représente 38 % du marché de fleurs de l’UE, une industrie qui pèse pas moins d’un milliard de dollars dans le pays. On estime que près de deux millions de Kényans, sur une population totale d’environ cinquante millions d’habitants, dépendent directement ou indirectement de l’industrie des fleurs.

Le commerce horticole a toutefois un prix. Depuis que l’industrie a pris son essor dans les années 1980, de nombreux fleuves et cours d’eau du Kenya ont été affectés par la pollution causée par les fermes horticoles.

Au départ, il n’existait aucune réglementation ou sensibilisation vis-à-vis de l’impact des engrais, des pesticides et des sédiments sur l’environnement. Les fleurs étaient cultivées en plein champ et rien n’était fait pour traiter les eaux déversées dans l’environnement par les exploitations agricoles.

Or, la pollution organique peut modifier de façon significative l’équilibre des masses d’eau, ce qui entraîne de grandes proliférations d’algues et des changements du niveau de PH. La biodiversité de nombreux lacs kényans a déjà énormément souffert de cette pollution et les experts de la faune sauvage affirment que le nombre d’espèces a diminué au cours des dernières décennies.

Expert des Nations Unies en eau douce, Joakin Harlin avertit que le rééquilibrage des lacs et autres cours d’eau pourrait prendre jusqu’à quarante ans, à condition qu’il n’y ait aucun impact humain durant ces quatre décennies. Il faudra donc plus d’un demi-siècle aux eaux kényanes pour se remettre de la pollution.

Les pratiques irresponsables ont lentement changé ces derniers temps et les entreprises agricoles ont commencé à se tourner vers la culture en circuit fermé et la culture sous serre, dans le but de réduire la pollution et d’ainsi protéger les marges bénéficiaires.

Agriculture lacustre

L’une de ces entreprises est la ferme Longonot, sur les rives du lac Naivasha, à environ deux heures au nord-ouest de la capitale, Nairobi. Elle produit principalement des roses, qui sont en majorité expédiées vers les supermarchés britanniques, les Pays-Bas et le reste de l’UE.

Afin de réduire l’impact écologique de la ferme et même d’augmenter les profits, les dirigeants de l’entreprise ont décidé d’utiliser des techniques naturelles pour filtrer et réutiliser l’eau nécessaire à la culture de plus d’un million de roses destinées à l’exportation chaque jour.

Grâce à la mise en place d’un système qui utilise des bactéries naturelles, des plantes herbicides et des terres humides artificielles et naturelles, la ferme applique aujourd’hui une politique zéro déversement, où aucune eau ne retourne dans le lac Naivasha. Les quelques 3 000 hippopotames qui habitent le lac lui en sont surement reconnaissants.

Le directeur du développement durable de Longonot, Ed Morrison, a reconnu que « personne n’avait la moindre idée de durabilité au début de l’industrie, assurant cependant que cela changeait.

Il a ajouté que le système de la ferme comporte également un certain nombre d’autres avantages qui vont au-delà de ses qualités écologiques. Sur les terres humides, les récoltes doivent être fréquentes, afin de maintenir une capacité de filtration optimale, mais les plantes ainsi ramassées peuvent être transformées en compost. Grâce à son circuit fermé, la ferme n’a pas non plus à payer la redevance associée au rejet d’eau.

Il n’y a aucune disposition légale obligeant l’exploitation à mettre ces mesures en œuvre, assure Ed Morrison, insistant sur le fait qu’elles sont financièrement raisonnables. Il espère donc que de nombreuses fermes autour du lac suivront l’exemple de Longonot et cesseront de polluer Naivasha.

Les pesticides, un fardeau économique

Les pesticides pourraient coûter bien plus cher qu’ils ne rapportent, selon l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui s’est penché sur les « externalités négatives » de ces produits. Un article de notre partenaire le JDLE..

Ingérence politique, poissons étrangers et écrevisses agressives

Au fil des ans, le lac a dû supporter beaucoup d’interférences humaines. Mbogo Kamau, spécialiste de la faune sauvage, a expliqué comment le président américain du tournant du siècle, Theodore Roosevelt, avait introduit le bar non indigène à Naivasha.

Déçu de ne pouvoir pêcher aucun poisson lors d’un voyage au Kenya, car toutes les espèces indigènes étaient mortes lorsque le lac s’était asséché des années auparavant, le président américain avait ordonné que le bar soit introduit dans le plan d’eau.

Plus tard, des écrevisses américaines agressives ont été ajoutées au lac, aux dépends de la faune locale. Ces introductions ont eu comme conséquence indirecte la création d’une petite industrie dans la région. Une bonne nouvelle qui n’a pas duré, l’augmentation de leur nombre ayant décimé les plantes aquatiques dont ils se nourrissent, les crustacés ont fini par disparaitre à leur tour.

« Flower power »

La ferme Longonot ne vise pas seulement à éliminer la pollution de l’eau. Ses activités ont aussi un impact indirect sur la qualité de l’air, depuis sa décision d’investir dans un système de biogaz à grande échelle.

À quelques kilomètres de la ferme se trouve l’usine Tropical Power, qui utilise la biomasse créée par les entreprises locales, sous l’égide de la maison mère de Longonot, pour exploiter un système capable de produire 2,6 MW d’énergie propre. Grâce à des technologies allemandes, l’usine peut traiter environ 100 tonnes de biomasse par jour, produisant suffisamment d’énergie pour alimenter les fermes en énergie entièrement renouvelable et éclairer 15 000 foyers.

C’est également la première usine de ce type au Kenya à avoir obtenu un permis pour revendre l’énergie excédentaire au réseau national, Nairobi cherchant à respecter ses propres obligations au titre de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.

Ce processus génère en outre de l’engrais. La centrale en produit aujourd’hui assez pour alimenter les exploitations alentour, qui ne doivent donc plus acheter des intrants extérieurs.

L’amélioration de la stabilité financière des fermes comme Longonot leur a permis de participer à un certain nombre d’activités caritatives locales, notamment en fournissant aux communautés locales des légumes non conformes, un produit secondaire après les fleurs.

Étant donné qu’une grande partie de la production est destinée à l’UE, les exportations doivent en, effet respecter les règles du marché unique, et tout ce qui ne répond pas aux critères requis est soit donné à la population locale, soit envoyé aux digesteurs de l’installation de biogaz.

Lors du sommet biennal des Nations Unies sur l’environnement, qui se tiendra au siège de Nairobi du 4 au 6 décembre, les dirigeants du monde entier se réuniront pour discuter de la meilleure façon de réduire les différentes formes de pollution.

Des projets tels que la ferme horticole de Longonot, qui ont adopté les modèles de durabilité et d’économie circulaire défendus par l’ONU, doivent être promus pour que les pays puissent s’échanger les meilleures pratiques nécessaires à la réalisation des objectifs de développement durable.

Les produits recalés par l’UE menacent la santé des Kényans

Le marché européen continue de réglementer strictement tout produit entrant dans l’UE. Les aliments rejetés parce que dangereux pour la santé retrouvent quant à eux le chemin des marchés locaux. Un article d’EURACTIV Allemagne.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe