L’ONU préconise de taxer les plus riches pour financer un New Deal mondial

Isabelle Durant et Alex Izurrietta [Georgi Gotev]

Mille milliards de dollars. C’est le « stimulus mondial » qui pourrait changer le monde si une augmentation de taxe de 5 % était imposée au décile supérieur, les 10 % plus riches, selon un rapport de la CNUCED.

Isabelle Durant et Alex Izurieta, de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), ont présenté un rapport appelant à un « réforme du 21e siècle ».

Ancienne vice-première ministre belge et vice-présidente du Parlement européen (Verts/ALE), Isabelle Durant est à présent vice-secrétaire générale de la CNUCED. Alex Izurieta est pour sa part économiste au sein de l’organisation.

Fin de l’austérité

L’économiste insiste sur le caractère non idéologique du rapport, malgré ses conclusions appelant à la fin de l’austérité, à l’augmentation des dépenses publiques et à une action assurant que les États, et non les multinationales, dirigent le monde.

« Les marchés ne suffiront pas, nous avons besoin d’États plus forts », assure Alex Izurieta, qui regrette que les États ne soient pas en mesure de changer l’« image morose » du monde d’aujourd’hui, surtout face au pouvoir des grandes entreprises.

Les décideurs politiques savent qu’il faut financer davantage l’éducation, la construction d’infrastructure et le soin aux personnes âgées, explique-t-il, mais aussitôt que les dépenses publiques ont été augmentées, les États font face à une réaction forte des marchés et du secteur entrepreneurial.

«Tous les pays ont les moyens de mettre en place un revenu universel»

99% de la population souhaite améliorer ses conditions de vie, ce qui ne devrait pas changer avec l’instauration d’un revenu universel. En revanche, le mécanisme permettrait de mettre fin aux situations de travail ou d’assistanat humiliantes assure Guy Standing à Euractiv Pologne.

C’est pourquoi les mesures qui permettront à changer la situation doivent être de manière coordonnée au niveau international, poursuit l’économiste. Il mentionne par exemple les propositions de l’Union africaine visant à limiter les pressions imposées par les multinationales dans le secteur minier, qui ont pour habitude de conditionner leurs activités à des critères fiscaux.

La CNUCED a donc fait une évaluation « très spéciale », fondée sur la distribution de revenu au niveau mondial, selon les données de la base de données mondiale des richesses et revenus.

1000 milliards de dollars 

« Si le taux d’imposition du décile supérieur est augmenté de 5 %, nous obtenons la bagatelle de mille milliards [de dollars] », explique-t-il. « Donc quand on dit que le secteur public n’a pas assez de ressources, il faut réaliser qu’une augmentation d’impôt pour le décile supérieur [les 10 % plus riches de la population] permettrait de mobiliser mille milliards, soit beaucoup plus que le financement actuel de l’aide publique au développement. C’est bien plus que ce qui est prévu pour l’instant en termes de dépenses sociales, même au sein de l’UE. »

Le rapport précise que cette taxe additionnelle sur la frange la plus riche de la population doit être envisagée dans le contexte des réductions fiscales importantes offertes par la plupart des pays durant « l’ère de l’hyperglobalisation ».

Les budgets alloués à l’éducation fondent dans l’UE

Les États membres investissent de moins en moins dans l’éducation depuis 2009, selon les données d’Eurostat.

« De 1971 à 2008, le taux d’imposition marginal le plus élevé a dégringolé de 70 % à 35 % aux États-Unis, de 53 % à 45 % en Allemagne et de 61 % à 53 % en France », souligne le rapport. « Une correction, même partielle, de ce phénomène pourrait contribuer de manière substantielle au financement d’un New Deal mondial. »

« Nous voulons revenir à une époque où les gouvernements avaient des ressources », conclut Alex Izurieta, qui ajoute que les marchés ne résoudront pas les problèmes du monde au bénéfice de la majorité et plaide en faveur de la planification gouvernementale.

« Si nous avions une bonne planification gouvernementale, associée à des développements techniques, aux activités des multinationales, mais aussi des PME, nous pourrions penser un monde où les emplois sont meilleurs, plus décents, mieux payés », estime l’économiste. « Mais bien sûr, pour faire de la planification, il faut des ressources. »

Thorben Albrecht: "les accords collectifs ne sont pas un outil du passé"

Thorben Albrecht, ministre allemand du Travail et des Affaires sociales, est chargé de gérer l’impact de la révolution numérique sur le secteur du travail et de préparer les travailleurs allemands à l’avenir. Il a présenté son livre blanc Travail 4.0 à une conférence organisée par l’Estonie.

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