Le Ghana veut s’affranchir de l’aide au développement

Le Vice-Président ivoirien Daniel Kablan Duncan (D) et le Président du Ghana Nana Akufo-Addo (G) se promènent lors de leur visite à la Compagnie ivoirienne de production d'électricité (CIPREL) à Abidjan, Côte d'Ivoire, le 6 mai 2017. [EPA/LEGNAN KOULA]

Contrairement aux autres dirigeants africains, le président ghanéen est bien déterminé à s’affranchir de l’aide au développement, et il ne l’a pas caché à Emmanuel Macron, en visite dans le pays. Un article d’Euractiv Allemagne.

Après le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, où se tenait le sommet entre l’UE et l’Union africaine, Emmanuel Macron a conclu sa tournée africaine par une visite au Ghana, une première pour un président français.

Mais la visite française a été l’occasion pour le président du Ghana de clarifier la position de son pays sur l’aide au développement, un des principaux outils de soutien des pays européens à l’Afrique.

« Nous ne pouvons plus maintenir une politique pour nos pays et région qui se fonde sur le soutien de l’Occident, de la France ou de l’Union européenne. Cela n’a pas fonctionné et ne fonctionnera jamais », a déclaré le président ghanéen, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, lors d’une conférence de presse avec Emmanuel Macron, visiblement surpris de cette sortie.

Indépendance

« Il n’est pas juste qu’un pays comme le Ghana, indépendant depuis 60 ans, dépende encore de la générosité des contribuables européens pour financer les systèmes éducatifs ou de la santé », a affirmé Nana Addo Dankwa Akufo-Addo.

Le Ghanéen a accédé à la présidence en janvier 2017, après avoir été ministre des Affaires étrangères, ministre à l’Intégration régionale et ministre chargé du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).

Quelques semaines après être entré en fonction, le 21 février, il a annoncé  de grandes réformes des politiques éducatives et économiques du pays. Il devrait notamment y avoir une augmentation des fonds alloués à la recherche et au développement, qui pourraient représenter entre 1 et 2,5 % de la production économique dans le court et moyen terme.

Nouvel esprit d’indépendance

Nana Addo Dankwa Akufo-Addo suit ainsi la tradition du premier président du pays, Kwame Nkrumah, qui a mené le pays à l’indépendance – l’un des premiers en Afrique. Au slogan d’alors, « L’indépendance maintenant », le gouvernement actuel répond « Le Ghana sans aides » internationales.

Le gouvernement souhaite donc créer de l’emploi, rendre l’agriculture plus productive et dynamiser l’économie grâce à des leviers politiques. Une initiative a d’ailleurs été mise en place pour réduire le prix des aliments produits dans le pays, qui sont poussés à la hausse par les échanges avec l’Europe.

La politique « un village, un barrage » vise à rendre plus efficaces les méthodes de production utilisées par plus de la moitié des Ghanéens travaillant dans l’agriculture et à rendre la culture possible toute l’année. Les matières premières ne seront plus exportées, mais transformées dans les usines ghanéennes. Pour se faire, le président veut construire une usine dans chacun des 216 districts ghanéens, en coopération avec le secteur privé.

Car c’est surtout le secteur privé qui devrait aider le Ghana à réduire sa dette et à devenir indépendant des fonds européens de coopération au développement, selon le nouveau chef du gouvernement.

À bien des égards, les idées de Nana Addo Dankwa Akufo-Addo ne sont donc pas si éloignées de la réorientation de la coopération européenne au développement avec l’Afrique qui a été récemment proclamée lors du sommet UA-UE d’Abidjan.

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Stabilité démocratique et défis économiques

L’Europe est l’un des principaux partenaires commerciaux du Ghana et son plus grand marché d’exportation. En 2012, près de la moitié de l’ensemble des produits exportés du Ghana, l’équivalent de trois milliards d’euros, étaient vendus en Europe. En comparaison, la part des exportations du Ghana vers la Chine n’était que de 6,5 % la même année.

Ce lien économique est à la fois une bénédiction et une malédiction. Alors que les petites et moyennes entreprises en particulier s’efforcent de se conformer aux normes de qualité européennes et espèrent exporter toujours plus vers l’Europe, elles souffrent en même temps des restrictions commerciales de l’UE, des subventions publiques européennes et des accords de libre-échange annoncés entre l’UE et l’Amérique latine.

Les pays latino-américains sont en effet des concurrents directs sur le marché européen, surtout en ce qui concerne les produits agricoles, et ils sont très en avance en termes de logistique de distribution et d’industrialisation du secteur agricole.

En outre, l’économie ghanéenne a diminué de plus de 10 % depuis 2011, notamment à cause de la chute du prix du pétrole. Les revenus provenant des réserves pétrolières trouvées au large des côtes ghanéennes en 2007 représentent donc aujourd’hui moins de 10 % du PIB du pays. Le prix très bas du pétrole et les différends frontaliers maritimes avec la Côte d’Ivoire empêchent l’industrie pétrolière de se relever.

En l’absence de fonds supplémentaires de l’Europe pour la coopération au développement, le gouvernement ghanéen n’est jusqu’à présent pas parvenu à obtenir des projets dans les seuls secteurs sociaux et du marché du travail.

Par exemple, le programme indicatif national UE – Ghana (2014-2020) fournit une aide au développement de 323 millions d’euros dans les domaines de la gouvernance, de l’éducation, de la protection sociale et du développement agricole. La moitié de cette somme (160 millions d’euros) est destinée à l’expansion de l’économie agricole qui sera réformée par le gouvernement ghanéen d’ici 2020.

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Vers un marché commun africain

Les mots adressés par le président ghanéen à Emmanuel Macron sont donc plus susceptibles d’être compris comme un appel aux chefs d’État africains qu’aux bailleurs de fonds internationaux.

Les réformes que Nana Addo Dankwa Akufo-Addo appelle de ses vœux pour s’affranchir de l’aide européenne ne fonctionneraient bien que si elles pouvaient s’appuyer sur un marché intérieur africain fort. Peu de signes indiquent cependant aujourd’hui que l’économie va dans ce sens. Au lieu d’avoir des accords commerciaux égaux avec les voisins africains, le Ghana vit des dépendances plutôt mal-vécues, en particulier avec le Nigéria.

Bien qu’il dispose de réserves de gaz naturel importantes, le Ghana est toujours dépendant des approvisionnements du Nigéria. L’exploitation de ces gisements n’est cependant pas subventionnée. En juin 2016, le fournisseur de gaz nigérian a cessé ses livraisons pour non-paiement et le Ghana a dû être soutenu par un plan de sauvetage du FMI de 776 millions d’euros.

Les initiatives de réforme de Nana Addo Dankwa Akufo-Addo ont reçu l’appui du Rwanda. En marge du Global Business Forum Africa, à Dubaï, le 1er novembre, le président rwandais Paul Kagame a ainsi promis son soutien.

Le Ghana pourra s’appuyer sur les expériences positives du Rwanda, en particulier en ce qui concerne la mise en œuvre d’un système d’identification numérique des biens immobiliers, de l’introduction d’une carte d’identité, d’un système portuaire informatisé et de l’enregistrement électronique des entreprises.

L’aide de Kigali constitue une étape importante vers des normes panafricaines de coopération. Le président ghanéen dispose à présent d’un an et de demi, jusqu’à la fin de son mandat, pour prouver que les paroles adressées au président français seront suivies de changements concrets.

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