Guérie d’Ebola, l’Espagne n’en ressort pas indemne politiquement

Teresa Romero, entourée de personnel médical. Madrid, 6 October. [The Speaker/Flickr]

 L’infirmière espagnole Teresa Romero est à présent guérie. L’Espagne sera sans doute déclarée « guérie » à son tour d’ici décembre, mais cette crise sanitaire a eu certains effets secondaires politiques. Un article d’EURACTIV Espagne.

A priori, la page Ebola serait tournée en Espagne :  l’infirmière Teresa Romero, première personne à avoir contracté Ebola en dehors d’Afrique occidentale, est tirée d’affaire après 16 jours de lutte contre le virus. Mais si le parti socialiste (PSOE) accuse Ana Mato, la ministre de la Santé espagnole, d’avoir géré la crise de manière « inadéquate » et critique vertement le manque d’informations claires et fiables sur Ebola.

Le 7 octobre, la Commission européenne a d’ailleurs demandé à l’Espagne des « explications » sur les circonstances de la contamination de l’infirmière.

Des pressions considérables ont également été exercées au niveau national sur le gouvernement de Mariano Rajoy suite à la maladie de Teresa Romero. Ana Mato a répondu aux critiques en assurant que le gouvernement s’était conduit avec une « transparence, une responsabilité et une assurance absolues » en la matière.

Mariano Rajoy, qui a également défendu sa ministre de la Santé sur la gestion de la crise, a décidé de mettre en place une commission spéciale afin de faire face aux effets de ce premier cas d’Ebola en Europe. Il a admis que la situation était « complexe et difficile », mais a souligné que le gouvernement avait un plan d’action clair.

Les syndicats de la santé mécontents

 D’un autre côté, le secteur des syndicats de la santé espagnols s’est plaint du manque d’entraînement quant à la gestion d’Ebola, et particulièrement à l’utilisation des combinaisons de protection. Juan Carlos Mejías, qui dirige le plus grand syndicat de la santé du pays, a ainsi expliqué à EURACTIV Espagne que le personnel médical n’avait disposé que de « 15 minutes d’entraînement ».

Autre grief des syndicats : l’hôpital Carlos III, où les cas de maladies de ce type doivent être traités, a récemment été l’objet de compressions de personnel. Ils estiment également que tous les protocoles et mesures de sécurité imposés par l’OMS n’avaient pas été appliqués correctement.

Une enquête a été ouverte afin de déterminer avec précision les causes de la contamination de l’infirmière, qui a 15 ans d’expérience médicale.

Les excuses du responsable de la santé de Madrid ne suffisent pas

La crise liée à la contamination de Teresa Romero laisse béante une autre blessure politique, celle de Javier Rodríguez, responsable régional de la santé de Madrid, qui avait accusé Teresa Romero d’avoir dissimulé des informations au personnel médical et de s’être montré négligente avec sa combinaison de protection quand elle soignait le missionnaire Manuel García Viejo à l’hôpital Carlos III, où elle a été contaminée.

Manuel García Viejo avait contracté le virus en Sierra Leone avant d’être rapatrié en Espagne et à l’hôpital Carlos III, où il a succombé à la maladie.

Javier Rodríguez a présenté des excuses publiquement dans une lettre publiée par les médias espagnols. « Je sais que ces moments sont très difficiles pour vous et votre famille et je comprends que mes paroles aient pu aggraver une situation déjà douloureuse », a-t-il écrit.

 Ce geste pourrait toutefois se révéler insuffisant.  Teresa Mesa, la représentante de Teresa Romero estime que les excuses de Javier Rodríguez ne sont pas satisfaisantes. « C’est à présent que la lutte politique commence », a-t-elle déclaré. Teresa Romero et son époux, Javier Limón, veulent voir le responsable de la santé démissionner. Ils comptent engager des poursuites judiciaires.

L’infirmière guérie restera en observation

Depuis quatre jours, des analyses sanguines journalières indiquent que son système immunitaire a éliminé le virus, expliquait le lundi 20 octobre, le Dr. José Ramón Arribas, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Carlos III.

« La patiente remplit les conditions de guérison (telles que déterminées par l’OMS) », avait-il déclaré.

La première analyse sanguine indiquant que le virus avait été vaincu date du dimanche 19 octobre, mais une seconde analyse devait confirmer ce résultat 48 heures plus tard. C’est chose faite. Le médecin a également expliqué que Teresa Romero ne devrait plus être placée en isolation, mais resterait en observation en cas de manifestation d’effets secondaires du virus, et ce pendant au moins deux semaines.

 Teresa Romero, 44 ans, avait été diagnostiquée le 6 octobre. Elle a été traitée grâce à du plasma d’un patient guéri de la maladie, ainsi que du Favipiravir, un antiviral expérimental, selon les sources espagnoles.

 Deux autres personnes atteintes d’Ebola ont été soignées en Espagne, les missionnaires Manuel García Viejo et Miguel Pajares. Ils n’ont pas survécu à la maladie. Teresa Romero aurait contracté le virus en vidant la chambre de Manuel García Viejo, mais les détails de cette contamination restent flous.

L’Espagne devrait être déclarée « guérie » à son tour en décembre

L’équipe médicale qui s’est occupée du cas de l’infirmière estime que cette guérison nationale devrait pouvoir être annoncée le 2 décembre précisément, 42 jours exactement après la guérison de Teresa Romero. 

Cette durée correspond au double de la période d’incubation de 21 jours du virus, a expliqué le Dr. José Ramón Arribas au journal El Pais

Ebola est un type de fièvre hémorragique qui se transmet par le sang, la transpiration ou le vomi des malades. Les personnes travaillant en contact avec les malades sont donc extrêmement vulnérables.

L'OMS estime qu'il faudra entre six et neuf mois pour contenir l'épidémie et que celle-ci affectera jusqu'à 20 000 personnes.

 Quatorze des quinze départements du Liberia ont fait état de cas confirmés. Dès qu'un nouveau centre de traitement d'Ebola est ouvert, il est immédiatement envahi de patients.

Le gouvernement du pays a annoncé le prolongement du couvre-feu nocturne national imposé le mois dernier pour ralentir la propagation du virus.

 Il n'existe à ce jour aucune analyse macroéconomique de l'impact de l'épidémie sur l'Afrique occidentale, les chiffres du FMI n'indiquent pour l'instant qu'une modeste baisse de la croissance pour le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée. Les ONG présentes décrivent cependant une situation « catastrophique ».

Le premier cas d'Ebola en Europe a été signalé en Espagne. 

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