La politique d’investissement privé de l’UE dans les pays du Sud inquiète

L'investissement privé ne cible pas les régions qui en ont le plus besoin, estiment les ONG. [Oxfam/Flickr]

Des ONG appellent la Commission à revoir son projet d’extension de son Plan d’investissement extérieur, qui a pour objectif d’amener des investissements privés dans les pays en développement.

Des ONG ont envoyé une lettre à la Commission, aux eurodéputés et gouvernements nationaux, dans l’espoir de convaincre l’exécutif de privilégier les subventions en matière de politique sociale et d’exclure les projets liés à la santé et à l’éducation du plan d’investissement extérieur (PIE). Cette lettre a été signée par une série de grandes ONG, dont Oxfam, Eurodad et ActionAid.

Présenté par le président de la Commission Jean-Claude Juncker en septembre 2016, sur le modèle du plan Juncker, le PIE promet de mobiliser 44 milliards d’euros d’investissements du secteur privé dans les pays en développement.

Le plan Juncker ne se concentre pas assez sur les projets verts

Le groupe de haut niveau sur la finance durable a proposé le 18 juillet une nouvelle plateforme de financement des projets écologiques, puisque le plan Juncker n’est pas parvenu à inciter les investisseurs à mettre la main au portefeuille.

Dans leur lettre, ces organisations demandent une analyse d’impact sur l’état actuel du PIE. Il invite également la Commission à clarifier le rôle que le PIE jouera pour aider à atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, la gouvernance et la transparence du programme, ainsi que son impact sur le niveau d’endettement des pays.

« L’UE a de plus en plus utilisé ses fonds de développement pour investir dans des projets du secteur privé, même s’il n’existe pas de preuves suggérant que ces investissements réduisent la pauvreté ou s’attaquent aux inégalités », dénonce Maria Jose Romero, responsable des politiques et du plaidoyer au sein du Réseau européen sur la dette et le développement (Eurodad).

« Malgré cela, la proposition de la Commission pour le prochain budget de l’UE favorise l’effet de levier du financement privé, ce qui signifie en pratique l’élargissement du champ d’application du plan d’investissement extérieur », ajoute-t-elle.

Dans sa proposition pour le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE, la Commission européenne a affecté 123 milliards d’euros aux dépenses extérieures de l’Union. La part qui sera allouée à la politique de développement n’est pas  explicite, mais l’exécutif a confirmé qu’il y aura une augmentation des dépenses. L’extension du PIE devrait faire partie de ce budget.

Selon des sources européennes, les cinq premiers appels à projets du  PIE ont suscité un vif intérêt, et une réunion du conseil d’administration en juin devrait décider des premiers projets à recevoir un financement.

Alerte sur la dette des pays en développement

Pour lutter contre la corruption dans les pays les plus pauvres, le Parlement européen propose un code de conduite conditionnant l’octroi de prêts au contrôle des Parlements nationaux. Une idée qui n’emballe pas Bruxelles.

 

De nombreuses organisations de la société civile soutiennent que les entreprises du secteur privé ont tendance à n’investir que dans les pays en développement plus riches. En outre, les contrats pour les projets eux-mêmes vont souvent à des entreprises européennes, ajoutent-elles.

Les ONG se sont également plaintes du fait que le PIE était en réalité destiné à « s’attaquer aux causes profondes de la migration » en provenance d’Afrique subsaharienne.

La source européenne d’Euractiv a défendu la position de la Commission, déclarant que « la politique de développement est clairement axée sur l’éradication de la pauvreté, mais elle n’agit pas de manière isolée. S’attaquer aux causes profondes de la migration fait clairement partie de la politique de développement. »

« Les organisations de la société civile à travers l’Europe et au-delà demandent à l’UE de ne pas étendre le PIE avant que des évaluations d’impact ne soient effectuées et que des garanties solides ne soient mises en place », a déclaré Maria Jose Romero.

« L’UE doit veiller à ce que les rares fonds de développement fournissent des services vitaux aux populations les plus pauvres du monde, plutôt que de remplir les poches des entreprises privées basées dans les pays riches », a-t-elle ajouté.

L'UE réorganise son aide au développement

La place de l’aide au développement dans le nouveau budget de l’UE ainsi que la réorganisation de ses instruments de mise en oeuvre inquiètent les ONG.

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