L’insécurité alimentaire se mondialise

Alors que la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux services de santé les plus essentiels, l’aide publique au développement et l’action multilatérale en santé font partie des moyens les plus efficaces d’aider des pays comme l’Éthiopie [Giro 555 SHO/ Flickr]

Tout comme les migrations, la faim est devenue un problème mondial, estime l’économiste en chef du Programme alimentaire mondial.

Selon le rapport annuel du Programme alimentaire mondial des Nations Unies et de la FAO (PAM), les guerres et sécheresses ont placé 124 millions de personnes du monde entier dans une situation d’insécurité alimentaire.

Les chiffres sont alarmants, et ils empirent, puisque les personnes à risque étaient 80 millions supplémentaires en 2015 et 108 millions supplémentaires en 2016.

Et le nombre de personnes affectées par l’insécurité alimentaire dans le monde ne devrait pas diminuer dans un avenir proche, souligne Arif Husain, économiste en chef du PAM. « Tant qu’il n’y aura pas de paix, ces chiffres ne faibliront pas. »

Le PAM définit l’insécurité alimentaire comme une famine si sévère qu’elle pose une menace immédiate à la vie ou aux moyens de subsistance.

Guerres et désastres climatiques

Les guerres et les désastres climatiques sont les deux moteurs de la faim et de la pauvreté. 18 pays en guerre concentrent pas moins de 74 des 124 millions de personnes en insécurité alimentaire. Les catastrophes climatiques et la sécheresse ont pour leur part fragilisé 39 millions de personnes dans 23 pays.

« Ce que nous voyons, c’est que la vulnérabilité des peuples continue de grimper parce que les conflits n’en finissent pas », souligne le spécialiste. « La crise syrienne fait rage depuis sept ans. L’impact de l’instabilité sur la prochaine génération d’Afghans, de Somaliens et de Soudanais est catastrophique. Nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour résoudre ces conflits. »

Pourquoi la faim dans le monde progresse-t-elle de nouveau ?

La faim dans le monde a pour la première fois augmenté au cours de la dernière décennie, avertit un rapport, de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Appel de fonds

La Commission européenne et les 28 États membres ont versé 2,7 milliards d’euros au Programme alimentaire mondial en 2017, ce qui fait de l’UE son principal donateur. Les fonds disponibles permettent cependant à peine de faire face à la famine qui ne cesse d’augmenter.

« Nous apprécions beaucoup ce qui vient de la Commission et des États membres, mais ce n’est pas assez. En 2016, nous avons reçu 21 milliards d’euros d’aide humanitaire, soit seulement 60 % de ce dont nous avions besoin », explique-t-il.

Environ la moitié de ce financement a été utilisé pour la Syrie, le Yémen, l’Irak et le Sud-Soudan. La moitié restante a été divisée entre 44 autres pays. Arif Husain estime qu’il faudra trouver plus de 7 milliards d’euros de plus pour aider environ 80 millions de personnes dans ces pays.

« L’an dernier nous sommes parvenus à prévenir quatre famines », souligne-t-il, appelant les donateurs à mettre la main au portefeuille.

Si l’aide alimentaire d’urgence et l’argent comptant sont habituellement associés à une organisation comme le PAM, la réalité sur le terrain est qu’une grande partie du travail de l’organisme constitue à améliorer la qualité de la production et de l’approvisionnement de petits exploitants agricoles. Le PAM s’occupe également d’une série de programmes variés, allant du reboisement à l’instauration d’assurances locales.

Les infrastructures de base sont également au cœur de son action. « Notre impact économique le plus important est la construction de routes d’accès », explique l’économiste en chef. « La route reliant Juba à Torrit, au Sud-Soudan, est un exemple classique. Une fois que cette route a été déminée, le commerce a repris de plus belle. »

« Nous devons avoir une approche à deux volets – à la fois pour sauver des vies et pour développer la résilience », conclut-il.

L’immigration au cœur de l’accord post-Cotonou

L’UE veut mettre immigration et sécurité au centre du prochain accord avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.

Ukraine

L’Ukraine est le seul pays d’Europe abritant un haut degré d’insécurité alimentaire. Ils ne sont pas moins d’un million de personnes à en souffrir dans sa région orientale, déchirée par la guerre.

Si la guerre et la sécheresse ne sont pas installées ailleurs sur le sol européen, leurs effets se font sentir aux portes du continent. L’espoir de trouver une vie meilleure, à l’abri des conflits et de la famine, est le principal moteur de la crise migratoire qui divise les personnalités politiques européennes depuis plusieurs années.

Pour Arif Husain, la réflexion de l’Union européenne sur l’immigration est plus cohérente aujourd’hui qu’il y a quelques années. « La migration est une bonne chose, la migration pour cause de misère ne l’est pas. »

« Nous devons comprendre ce qui fait bouger les gens. Nous avons parlé aux migrants et leur avons demandé : qu’est-ce qui vous fait prendre le risque de mettre votre famille sur un bateau qui pourrait couler ? », poursuit-il. « La principale conclusion est que les migrants ne veulent pas se quitter leur pays. Il se déplacent d’ailleurs en moyenne trois à six fois dans leur propre pays avant de partir à l’étranger. Plus de 90 % des Africains veulent rester sur leur propre continent. C’est aussi le cas de plus de 80 % des Asiatiques. »

Le PAM est en train de mettre en place un système lui permettant de prendre le « pouls » de l’immigration, collectant des données grâce aux nouvelles technologies. Ce système devrait être opérationnel en 2018.

« Nous devons savoir ce qui fait bouger les gens, où ils vont, ce qui leur arrive quand ils arrivent à destination, et ce qui arrive à ceux restent sur le carreau », assure l’économiste. « Si vous n’avez rien, vous n’avez rien à perdre. Nous devons donner de l’espoir à ces gens.»

Le réchauffement menace la sécurité alimentaire mondiale

La faim progresse dans le monde, et les atteintes à l’environnement n’arrangent pas la situation, selon l’indice mondial de la sécurité alimentaire (GFSI) publié mardi 26 septembre par l’Economist Intelligence Unit (EIU). Un article du JDLE.

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