Les critiques se multiplient sur la surévaluation de l’aide au développement

« Gonfler les chiffres de l'aide au développement en y incluant le coût de l'aide aux réfugiés n'aide pas les pays les moins avancés à lutter contre la pauvreté et les inégalités », a déploré l'eurodéputée Vert, Heidi Hautala. [Dodo/Flickr]

Les données de l’année 2016 confirment la place de l’Union européenne comme premier contributeur mondial de l’aide au développement. Mais les ONG et les eurodéputés dénoncent des déclarations biaisées et des chiffres gonflés.

D’après les chiffres préliminaires publiés par l’OCDE, l’aide publique au développement (APD) fournie par l’UE et ses États membres a atteint 75,5 milliards d’euros en 2016, soit une augmentation de 11 % par rapport aux niveaux de 2015.

Les accords commerciaux avec l’Afrique ne sont pas une « success story »

Pour le représentant allemand en Afrique, le commerce entre l’Europe et l’Afrique est « presque insignifiant ». La faute aux mauvais accords de partenariat mis en place par l’UE, mais aussi aux gouvernements africains qui « ne sont pas à la hauteur ».

Niveau record

L’aide de l’UE a augmenté pour la quatrième année consécutive et atteint un niveau record, a précisé la Commission dans un communiqué de presse, le 11 avril.

En 2016, l’APD de l’UE a représenté 0,51 % du revenu national brut (RNB) de l’UE, contre 0,47 % en 2015.  La contribution de l’UE en 2016 dépasse de 0,21 % la moyenne des pays non membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’UE.

L’Allemagne, le plus grand pays de l’UE, a pour la première fois respecté son engagement de consacrer plus de 0,7 % de son RNB à la coopération au développement. A l’inverse, les Pays-Bas, qui respectaient traditionnellement cet engagement, n’ont pas atteint l’objectif cette année.

Bémol

Pour l’eurodéputée finlandaise Heidi Hautala (Verts/ALE), l’augmentation s’explique par le fait que certains pays comptabilisent des dépenses associées à l’accueil des réfugiés dans le budget de l’aide au développement.

« L’UE doit trouver des fonds aussi bien pour le développement que pour aider les réfugiés, et ne devrait pas utiliser les fonds d’un secteur pour en financer l’autre », a-t-elle déclaré.

La crise migratoire bouleverse l’aide européenne en 2017

Les pays européens ont largement remanié leur aide publique au développement depuis le début de la crise migratoire. Un bouleversement dont les pays les moins avancés sont les grands perdants.

« Avant de féliciter l’Allemagne pour avoir atteint son objectif de 0,7 % du RNB consacré à la coopération au développement, il convient de préciser que plus de 20 % de son aide publique au développement a été dépensée pour l’accueil des réfugiés. En parallèle, l’aide destinée aux pays les plus pauvres a diminué. Gonfler les chiffres de l’aide au développement en y incluant le coût de l’aide aux réfugiés n’aide pas les pays les moins avancés à lutter contre la pauvreté et les inégalités. L’UE et ses États membres doivent tenir leurs promesses aussi bien dans la lutte contre la pauvreté que dans l’aide aux réfugiés, et ne devrait pas échanger l’une contre l’autre », a insisté l’eurodéputée.

D’après l’ONG ONE, si les statistiques affichent des niveaux record, en réalité les pays les plus pauvres sont désavantagés. Elle indique que près de 2 % de l’augmentation de 8,9 % de fonds destinés à l’aide au développement ont en fait été octroyés pour l’accueil des réfugiés.

Cannibalisation 

Le montant total des dépenses réalisées pour accueillir les réfugiés a augmenté de 27,5 % en 2016. Ces dépenses représentent environ 11 % de l’aide totale, contre 9 % en 2014-2015.

La responsable de la défense des politiques de ONE, Valentina Barbagallo, a précisé que trop de fonds étaient dépensés en Europe plutôt que dans les pays les plus pauvres, ajoutant qu’il était « extrêmement préoccupant » de voir que l’aide à l’Afrique avait dans l’ensemble diminué de 0,5 %.

« Avec une population africaine en passe de doubler d’ici 2050, l’UE doit prendre des mesures pour investir à présent sur la jeunesse africaine. Pour exploiter ce ‘dividende démographique’, l’UE doit s’assurer que son aide vise à éradiquer l’extrême pauvreté, en particulier grâce à des investissements dans l’éducation, l’emploi et la responsabilisation sociale, et doit aider les citoyens les plus vulnérables, en particulier dans les pays les plus pauvres et les plus fragiles », a déclaré Valentina Barbagallo.

« La Commission européenne devrait publier le projet de budget 2018 pour l’UE à la fin du mois de mai, ce qui donne à l’Union l’opportunité de continuer à amplifier ses investissements dans l’aide au développement », a-t-elle ajouté.

Sans Londres, l'UE va perdre sa place de premier donateur mondial

Le Brexit remettra en question la place de l’UE en tant que premier contributeur mondial à l’aide au développement, dont les fonds pourraient diminuer de 3 %, selon une étude du Parlement européen.