L’aide au développement du Royaume-Uni critiquée pour son manque de stratégie

[DfID]

Le Royaume-Uni dépense des milliards de livres dans l’aide aux  États fragiles. Mais un développement trop rapide et un manque de contrôle du programme en ont sapé l’efficacité, selon un organe de surveillance du gouvernement.

Le bon élève des pays donateurs vient de se faire taper sur les doigts. Le Royaume-Uni, qui a atteint l’objectif de consacrer 0,7% de son Revenu national brut à l’aide au développement, ne sait pas utiliser l’argent de ses programmes dans les Etats fragiles, estime un rapport de la commission indépendante pour l’incidence des aides (ICAI).  

« Le programme est plutôt décevant dans l’ensemble […] en termes d’efficacité et d’optimisation des ressources. Il devrait être considérablement amélioré », explique le rapport. 

L’ICAI a donné la note de « rouge-orangé » au travail du Département pour le développement international (DfID) sur les États fragiles. « Rouge-orangé » est la deuxième note la plus basse de l’autorité de surveillance.

Le DfID s’est engagé à dépenser 30 % de son budget dans l’aide aux États fragiles. Entre 2014 et 2015, ce sont donc 4,6 milliards d’euros qui ont été dépensés dans la reconstruction d’État, la santé et l’éducation dans 28 pays touchés par des conflits et des catastrophes humanitaires, dont l’Afghanistan, la République démocratique du Congo et la Somalie. Cela représente une augmentation de 2,4 milliards d’euros depuis 2012.

Mauvaise coordination

Selon l’ICAI, les efforts du DfID nécessitent une « stratégie cohérente » et sont sapés par la mauvaise coordination entre les différents projets menés dans ces pays.

« La réaction du DfID face à la quantité de financements qu’il a reçu de manière soudaine est alarmante», a déclaré Mark Foster, délégué à l’ICAI et auteur du rapport.

« Nous avons observé une tendance à définir une stratégie de manière impulsive, face à une grande somme d’argent. Dans ce cas-là, nous conseillons de réfléchir à l’étendue des possibles, d’être réaliste face à son budget, de mettre en place un projet et d’investir dans des projets réalistes. »

Selon l’ICAI, le département doit également réduire sa dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds externes. En effet, le DfID a transité la moitié des 165 milliards de livres attribués au Congo via l’ONU et la Banque mondiale.

« Notre première préoccupation est que le portefeuille de programmes et d’interventions dans chaque État prioritaire pour le DfID, motivé par la hausse importante des financements, ne se situe pas encore sur une trajectoire claire et ne permet donc pas de faire une réelle différence dans les États fragiles et les États en conflit. »

Selon le rapport, les projets du département pour le développement international dans les États fragiles manquent d’une présence forte sur le terrain, où les programmes proposent seulement des services basiques. Par ailleurs, ils sont menés à bien par un personnel qui n’a pas les compétences linguistiques ou culturelles nécessaires.

Dans le projet de réforme des forces de police au Congo, « la conception originale du programme a mis en lumière une connaissance limitée de la manière dont fonctionnaient les institutions de police dans le modèle franco-belge. Le terme clé de « accountability » [responsabilité en français] par exemple, n’avait pas de traduction française directe et n’était pas très parlant pour les Congolais », a indiqué le rapport.

États fragiles et en conflit

?Graham Ward, président de la commission indépendante, a déclaré : « Les États fragiles mettront une génération à se renforcer. Ces changements dépendent de la capacité de développement du pays en question. Cela n’a pas été suffisamment réfléchi. Dès le début, la hausse des financements a directement été liée à des résultats positifs fictifs.

Le DfID avait pourtant déjà été prévenu que sa stratégie dans les États fragiles mettrait du temps à porter ses fruits puisque la reprise des combats et la corruption peuvent réduire à néant les acquis du développement.

Mary Creagh, la secrétaire au développement du cabinet du parti  d’opposition (travailliste), a déclaré qu’aider les populations des États fragiles était une priorité mais a critiqué « l’échec du DfID à se concentrer sur des processus de paix et d’édification de nation à long terme ».

Un porte-parole du DfID a de son côté déclaré : « ICAI reconnaît que malgré les défis que pose un travail dans les endroits les plus dangereux du monde, nous sommes considérés comme le leader mondial dans ce domaine. En 2010, le Royaume-Uni a fixé des objectifs ambitieux dont nous voyons aujourd’hui les résultats. Du soutien aux conseillères provinciales en Afghanistan à la formation de responsables de gouvernement dans les quartiers libres de Al-Shabbaab en Somalie, notre travail dans les États fragiles améliore la vie de millions de personnes et instaure un monde plus sûr.

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