L’Allemagne accuse l’UE d’inertie face à la crise syrienne

Hundreds of thousands of refugees will be at risk for survival this winter. [UNICEF]

La vie de centaines de milliers de réfugiés ne tiendra qu'à un fil cet hiver. [UNICEF]

L’UE ne fait rien pour prévenir la mort de millions de réfugiés au Moyen-Orient cet hiver, dénonce l’Allemagne, qui demande à la Commission européenne la création d’un fonds spécial d’un milliard d’euros pour faire face à la situation. Un article d’EURACTIV Allemagne.

L’hiver approche et l’Union européenne reste immobile face à la situation des réfugiés en Syrie et dans les pays voisins. Une situation qui risque de coûter la vie de nombreux réfugiés au cours des mois à venir, a alerté l’Allemagne, qui appelle les autres États membres de l’UE à s’engager davantage.

« Nous sommes témoins d’une des grandes catastrophes de ce siècle. Si nous ne fournissons pas un véritable effort commun, l’hiver à venir sera fatal à nombre de Syriens », prévient Gerd Müller, ministre du Développement allemand, lors d’une conférence sur les réfugiés le 28 octobre, réunissant des représentants de plus de 35 pays.

Sept millions d’enfants ont été déplacés à cause de la guerre civile syrienne et de l’émergence de l’État islamique (Daech). Des centaines de milliers d’entre eux dorment dans des conditions précaires.

L’UE brille par son absence dans ce conflit, estime Gerd Müller. L’Allemagne a déjà fait sa part et est à la pointe de l’aide humanitaire dans la région, souligne-t-il.

« Si les 27 autres États membres suivaient l’exemple de l’Allemagne et s’impliquaient en fonction de leur taille et de leurs capacités, nous pourrions assurer la survie de milliers de familles et d’enfants et leur offrir un avenir plus sûr », ajoute le ministre allemand.

Le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, a soutenu son collègue en déclarant que l’Allemagne avait à elle seule supporté un effort considérable. Depuis le début de la crise, le gouvernement a ainsi déboursé environ 650 millions d’euros d’aide dans la région et accueilli 70 000 réfugiés syriens. Frank-Walter Steinmeier a annoncé que quelque 640 millions supplémentaires viendraient compléter cet effort d’ici à 2017.

Gerd Müller a exhorté la nouvelle Commission européenne à débloquer un fonds spécial d’un milliard d’euros provenant de fonds existants, comme le Fonds européen de développement et des fonds destinés à l’aide humanitaire ou à la région.

« Je m’en remets au Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, pour prendre les mesures appropriées », a déclaré le ministre du Développement allemand.

« Terreau fertile pour les organisations terroristes mondiales »

Lors de cette conférence sur le Syrie, le Liban, la Jordanie et la Turquie ont lancé un appel désespéré à l’UE et à l’Occident. Si ces derniers ne se joignent pas à l’action internationale rapidement, c’est toute la région qui s’effondrera, une situation qui ne serait pas sans répercussion en Europe.

« Nous avons accueilli les réfugiés à bras ouverts, nous avons à présent besoin d’aide à notre tour, a fait savoir le premier ministre libanais, Tammam Salam. Le Liban n’a pas les capacités d’accueillir plus [de réfugiés]. »

Tammam Salam demande à l’Europe et au monde occidental d’accepter plus de réfugiés qu’ils n’en ont accueillis jusqu’ici. Les tensions sociales engendrées par l’arrivée du flot de réfugiés syriens sont le terreau idéal pour l’extrémisme et la violence. Un extrémisme et une violence qui ne s’arrêteront pas aux frontières de la région, met en garde le premier ministre libanais.

>> Lire : La Commission européenne menacée par des jihadistes de retour de Syrie 

Les représentants de la Jordanie, de la Turquie, d’Irak et d’Égypte décrivent tous des situations similaires. « L’augmentation substantielle du nombre de personnes requérant de l’aide a largement dépassé nos capacités », renchérit Nasser Judeh, ministre des Affaires étrangères jordanien.

Beaucoup des communautés qui ont accueilli des réfugiés étaient déjà au bord de la pauvreté elles-mêmes. De plus, la demande en eau a augmenté de 16 % en Jordanie, alors même que le pays fait partie des quatre nations dont les réserves d’eau sont les plus basses, souligne Nasser Judeh.

La Turquie a quant à elle accusé la communauté internationale de laisser les pays voisins de la Syrie se débrouiller seuls face au fardeau économique que représente la crise syrienne. En quelques semaines, la Turquie a accueilli à elle seule plus de réfugiés que l’ensemble de l’Europe depuis le début de la crise, selon Naci Koru, l’adjoint au ministre des Affaires étrangères turc. Il demande un partage égal du fardeau des réfugiés.

Antonio Guterres, le Haut Commissaire des Nations unies pour les Réfugiés, a appelé la communauté internationale à accueillir plus de réfugiés et à fournir plus d’aide humanitaire. « Nous devons assister les pays voisins de la Syrie si nous voulons éviter une catastrophe humanitaire », insiste-t-il. Les États pourraient par exemple envisager des mesures spéciales de repeuplement ou des réglementations plus souples en matière de visa.

Pro Asyl veut ouvrir les frontières

L’organisation allemande Pro Asyl a critiqué la conférence sur la Syrie, qui a selon elle une « vision simpliste » de la situation. Günther Burkhardt, directeur général de l’organisation appelle l’UE à ouvrir ses frontières et à mettre en place une mission de sauvetage en mer dans la Méditerranée.

À l’heure actuelle, des réfugiés sont toujours refoulés à la frontière entre la Grèce et la Turquie, explique-t-il. Cette frontière fermée oblige les réfugiés à tenter de se frayer un chemin dans les eaux dangereuses de la Méditerranée centrale.

« Alors que les ministres des Affaires étrangères et du Développement prônent des mesures d’aide aux pays voisins, les ministères de l’Intérieur européens continuent à créer des séparations », insiste Günther Burkhardt.

Selon lui, l’UE doit également encourager l’accueil des réfugiés. Les pays industrialisés ont accepté d’accueillir 42 000 personnes seulement, un nombre incroyablement bas pour la gravité de la situation.

L’Allemagne elle-même devrait accueillir plus de Syriens, insiste-t-il. L’organisation Pro Asyl souhaite que les réfugiés en provenance d’Irak et de Syrie puissent rejoindre librement les membres de leurs familles qui seraient déjà installés en Europe.

Depuis 1999, l'UE travaille à la création d'un système européen commun d'asile et se penche sur l'immigration pour des raisons humanitaires et politiques.

De nouvelles règles européennes ont été approuvées. Elles définissent des normes communes et des critères de coopération afin de garantir le traitement équitable des demandeurs d'asile dans le cadre d'un système ouvert et juste. Et ce peu importe le pays dans lequel ils formulent leur demande.

Les États membres de l'UE ont toutefois rejeté une autre proposition de la Commission européenne. L'exécutif européen souhaitait en effet que le principe de solidarité s'applique entre les États membres et que les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants soient redirigés vers d'autres pays.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.