L’efficacité de l’aide au développement pour contenir les migrations remise en cause

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Après la tragédie de Lampedusa, des dirigeants européens ont demandé de recentrer la politique d'aide au développement sur l'Afrique. Le continent est à l’origine d’une grande partie de l'immigration clandestine actuelle en Europe. 

Certains pays européens s’interrogent sur l’efficacité des politiques d’aide au développement au vu de la tragédie de Lampedusa. Des centaines de migrants africains avaient alors perdu la vie alors qu’ils essayaient de rejoindre l’île italienne.

La Commission européenne reconnaît, quant à elle, qu'il existe un lien entre l'aide au développement et la limitation de l’immigration. Mais elle insiste pour que ces deux éléments demeurent séparés l'un de l'autre.

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François Hollande : prévention, solidarité et protection

Le président français, François Hollande, a déclaré en octobre qu'il comptait proposer une politique migratoire qui reposerait sur le triptyque « prévention, solidarité et protection ». Il a affirmé que la France plaiderait en faveur d'une meilleure coopération avec les pays d'émigration et d'une politique bien plus active dans les relations euro-méditerranéennes.

De son côté, le premier ministre italien, Enrico Letta, a affirmé devant le Parlement italien que l'UE devrait de nouveau encourager la coopération dans le domaine des politiques de développement. Une nouvelle législation devrait voir le jour en 2014, selon lui. L'Italie semble prête à centrer son action sur des pays tels que l'Éthiopie ou la Somalie, en raison de ses liens historiques avec ces États. Elle considère que les autres pays de l'Union devraient en faire de même.

Le premier ministre britannique, David Cameron, a parlé de la nécessité « d'investir […] avant que [les pays d'émigration] soient dévastés » au lieu de gérer les problèmes d'immigration après coup ou de voir de nouvelles menaces à la sécurité nationale.

Le monde a déjà vu dans le passé des États en déroute devenir une source d’immigration, mais aussi un vivier pour le terrorisme et la piraterie. Les exemples de la Somalie, du Soudan, du Yémen, de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Libye et plus récemment du Mali et de la République centrafricaine viennent à l'esprit.

Mais la réponse de l'UE a été jusqu'à aujourd'hui timorée. La France a pris la tête des actions au Mali et en République centrafricaine en vue d'éviter une situation d'anarchie qui aurait pu se répandre à une zone géographique beaucoup plus grande

Que faire des coûts liés aux demandeurs d'asile ?

Concord, une confédération d'ONG pour l'aide humanitaire et le développement, a tiré la sonnette d'alarme après avoir trouvé des chiffres contestables concernant l’aide publique au développement (APD). Les pays bénéficiaires y avaient en effet inclus le coût des réfugiés arrivés sur leur territoire. Mais dans les faits, ces pratiques sont légales.

En 2012, le coût lié aux réfugiés représentait environ 1,3 milliard d'euros d'aides européennes, selon Concord. Le plus fort coût en chiffres absolus a été enregistré en Suède (400 millions d'euros), en France (320 millions d'euros), aux Pays-Bas (254 millions d'euros) et au Danemark (103 millions d'euros).

Si l'on prend en compte les résultats exprimés en pourcentage, il apparaît que le coût lié aux réfugiés représente plus de la moitié de l'aide bilatérale dans le cas de Chypre (93 %), de la Bulgarie (84 %) et de Malte (81 %), ainsi qu'une grande proportion des aides bilatérales perçues par d'autres pays : la Grèce (23 %), la Hongrie (16 %), la Suède (14 %), la Lettonie (14 %), la Slovaquie (12 %), la Belgique (8 %), les Pays-Bas (8 %), Autriche (7 %) et le Danemark (7 %). Selon Concord, le seul pays qui n’intègre pas le coût des réfugiés dans ses APD est le Luxembourg.

Quel est le but de l'aide au développement ?

Mais la Commission insiste : le but de l’aide au développement de l'UE n'est pas de contenir les flux migratoires. Au contraire, elle sert à promouvoir une bonne gouvernance, et le développement économique et humain. Elle vise également à lutter contre la famine et à préserver les ressources naturelles. Elle cherche à atteindre au mieux les objectifs du Millénaire pour le développement fixés par les Nations unies. Ces objectifs ne font aucune allusion aux migrations.

L'UE est le premier donateur mondial d'aide au développement et d’aide à la gestion des flux migratoires. Mais elle ne perd pas de vue que ces deux éléments ne sont pas liés l'un à l'autre. Pour cette raison, la Commission n'a pas attribué la gestion des flux migratoires et l'aide au développement à la même direction générale.

Alexandre Polack, porte-parole pour le commissaire au Développement, Andris Piebalgs, a expliqué à EURACTIV que l'un des aspects de l'aide au développement de l'UE est d'appuyer les pays en voie de développement afin qu'ils appliquent les principes des droits de l'Homme aux migrants. Ils doivent aussi gérer les flux migratoires en fonction de leurs objectifs de développement.

Selon lui, l'UE a attribué près d’un milliard d'euros à plus de 400 projets sur les migrations entre 2004 et 2012 au niveau international. La majorité de ces projets concerne l'amélioration de la gestion des migrations parmi les pays partenaires de l'UE. Ce type de projet restera une priorité à l'avenir, selon le porte-parole de la Commission.

Les questions migratoires

D'un point de vue financier, le programme thématique « Migration et asile » est l'instrument d'aide au développement principalement utilisé par la Commission pour la gestion des flux migratoires au sein des pays partenaires de l'UE.  Il est doté d'un budget de 384 millions d'euros pour la période de 2007 à 2013.

Depuis 2001, l'UE a mené plus de 250 actions relatives à la migration et l'asile au sein de pays partenaires au Moyen-Orient et en Afrique pour une somme totale de 500 millions d'euros.

La Commission a par exemple financé le Programme de protection régional dans la Corne de l'Afrique. Elle a également cofinancé des projets avec l'Organisation internationale pour les migrations en vue d'assurer une meilleure protection des enfants de migrants, vulnérables et victimes de la traite d'êtres humains. Elle a aussi prêté main-forte au gouvernement de Mauritanie pour mettre au point une politique migratoire.

Agriculture, enseignement, sécurité alimentaire au menu

Les montants des fonds européens consacrés à la gestion des flux migratoires paraissent modestes si on les compare au budget lié aux projets d'aide au développement. Rien que dans le domaine de la sécurité alimentaire, l’UE fournit un milliard d'euros par an aux pays en voie de développement. Ceci sans compter le budget dédié à l'aide alimentaire d'urgence. Pour la seule année 2012, 1,6 milliard d'euros a été mis à disposition pour renforcer l'aide au développement pour mettre au point une agriculture durable et évolutive. Le dispositif européen pour l'aide alimentaire fournit 1 milliard d'euros tous les trois ans (2009-2011) afin d'améliorer la productivité agricole et l'approvisionnement en nourriture parmi les 49 pays les plus touchés par la faim.

L’UE a distribué 4,2 milliards d'euros entre 2007 et 2013 dans le cadre du programme de soutien à l’enseignement. Quelque 2,9 milliards d'euros étaient consacrés à l'enseignement primaire et 1,3 milliard d'euros à l'enseignement supérieur. Dans le domaine des soins de santé élémentaires, l'UE a engagé 341 millions d'euros pour l'Afghanistan.

La Commission européenne a communiqué des chiffres clés : sur la période 2004-2012, 46,5 millions d'individus ont reçu une aide grâce à des transferts sociaux pour la sécurité alimentaire, 18,3 millions d'enfants de moins d'un an ont été vaccinés contre la rougeole, plus de 70 millions de personnes ont bénéficié d’un raccordement à une eau potable de meilleure qualité, 24,5 millions d'individus ont eu accès à des installations sanitaires.

La Commission mène également toute une série de programmes en Afrique, présentés dans l'infographie ci-dessus, en vue d'améliorer la vie quotidienne de millions d'individus.

Le 3 octobre 2013, un bateau transportant des migrants clandestins vers l'Italie a fait naufrage au large de l'île italienne de Lampedusa. Le bateau serait venu de Misrata en Lybie. Mais nombre de ses occupants étaient originaires d'Érythrée, de Somalie et du Ghana.

La garde côtière italienne s'est dépêchée sur les lieux et a sauvé 155 individus de la noyade. Le 12 octobre, on dénombrait 350 personnes disparues après le naufrage.

La tragédie de Lampedusa a illustré une fois de plus les déficiences dans la politique d'immigration commune au niveau européen. Elle montre aussi que l'UE n'a aucune stratégie pour éviter de futures « Lampedusas ».

  • 2014 : l’Italie adoptera une nouvelle législation sur la politique de développement, avec un volet potentiel consacré à l'immigration

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