L’enjeu alimentaire tente de s’immiscer dans les négociations sur le climat

Grande oubliée de la lutte contre le changement climatique, la sécurité alimentaire figure maintenant dans le projet d’accord de Paris Climat 2015. Mais sa prise en compte dans l’accord final est loin d’être gagnée. 

Le changement climatique affecte sévèrement la sécurité alimentaire de nombreux pays. Mais les pays développés ont jusqu’ici laissé le sujet à l’écart des négociations internationales sur le climat.

« Les pays du Nord ont traditionnellement concentré leurs efforts sur la réduction des gaz à effet de serre » explique Peggy Pascal, d’Action contre la faim. Au détriment parfois de la sécurité alimentaire, pourtant en première ligne face aux effets du changement climatique. 

>>Lire : La prochaine exposition universelle met la sécurité alimentaire à l’honneur

Lors des dernières négociations internationales sur le climat qui se sont déroulées à Genève au mois de février, la question de la sécurité alimentaire s’est toutefois glissée dans le projet de compromis. Une première. « Lors des négociations à Lima en décembre, la sécurité alimentaire avait été mentionnée dans le projet d’accord, avant de disparaître 48 heures plus tard, sans que l’on puisse réellement savoir qui en était responsable » se remémore Peggy Pascal.

Mais l’inclusion de la sécurité alimentaire dans les négociations a ses opposants, au premier rang desquels figurent les géants agricoles tels que le Brésil ou les Etats-Unis, peu enclins à ouvrir la porte à une remise en cause de leur système de production. Le mode de production intensif des Etats-Unis, largement subventionné et peu économe en ressources, risquerait d’être directement remis en cause si le sujet était vraiment mis sur la table.

Premier essai

Dans le texte négocié à Genève, la thématique de l’alimentation figure dès le préambule, qui stipule que les parties doivent s’assurer « que la production alimentaire ne soit pas menacée » et appelle plus loin au renforcement des moyens de subsistance et de la sécurité alimentaire dans les pays en développement ».

Mais le texte de 86 pages constitue pour l’heure une liste de vœux qui devra être fortement renégociée en vue d’un accord en décembre à Paris. « Et rien ne certifie que la question de la sécurité alimentaire conserve une place dans le texte final » s’alarme la responsable de plaidoyer d’ACF.

Risque d’augmentation de la sous-alimentation

Pourtant, l’impact du réchauffement climatique sur la sécurité alimentaire est loin d’être anecdotique. Selon une étude, les projections les plus optimistes concernant le réchauffement climatique prévoient que le taux de sous-alimentation en Afrique augmentera de 25 à 90 % d’ici à 2050.

Une trajectoire qui s’explique par une baisse des rendements attendue de la production agricole dans un certain nombre de pays en développement, principalement en Afrique subsaharienne, une zone fortement exposée aux sécheresses.

>>Lire : Le manque de diversité des semences pénalise la sécurité alimentaire

Sur la base d’une hausse de la température de 2 °C, un rapport du programme des Nations unies pour l’environnement estime que la région devrait subir une baisse des rendements d’environ 10 % d’ici à 2050. Un cas de figure qui poussera les prix alimentaires à la hausse.

« Et ces variations vont être plus violentes dans les pays les plus affectés par la faim et qui sont le moins préparés à faire face à ces variations » avertit Peggy Pascal.

Pression démographique

La démographie galopante dans certaines parties du globe fait également pression sur les modèles d’agriculture en place. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), il faudra accroître de 70 % la production alimentaire dans les trente-cinq prochaines années afin de nourrir les neuf milliards d’humains que comptera la planète en 2050, contre sept milliards aujourd’hui.

>>Lire : L’ONU appelle à un plan de sécurité alimentaire mondial

« Aujourd’hui, assurer la sécurité alimentaire en soi et déjà un défi dans nos pays » a reconnu Joseph Tedou, directeur général, Institut national de la statistique du Cameroun à l’occasion d’une table ronde organisée par Expertise France lors du colloque international « Coopérer pour répondre au défi climatique »

« La faim recule un peu dans le monde. Mais la malnutrition et la faim touchent toujours 800 millions de personnes dans le monde selon l’ONU » a détaillé Catherine Geslain-Lanéelle, directrice générale des Politiques agricoles, agroalimentaires et des territoires au ministère de l’Agriculture.

Catastrophes naturelles

La multiplication des catastrophes naturelles – comme le cyclone tropical Pam qui a récemment dévasté le Vanuatu – met également en danger la sécurité alimentaire. Le cyclone a détruit sur son passage une partie importante des cultures vivrières de l’archipel.

La filière banane a été presque entièrement détruite, ainsi que la plupart des cocotiers et tous les plants de choux et de légumes feuillus, selon les premières évaluations du gouvernement de Vanuatu dans quatre provinces, rapporte la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, alors que 99 % des ménages sur les îles extérieures (hors capitale) dépendent de leur production agricole.

>>Lire : Accord a minima sur les réductions des catastrophes naturelles

L’exemple du Vanuatu n’est pas isolé. Entre 2003 à 2013, le secteur agricole dans les pays en développement a subi des dégâts estimés à quelque 70 milliards de dollars, dont environ 22 % causés par des catastrophes naturelles.

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou s'est chargé de la 20ième conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organise la 21ème conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les Etats doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

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