L’Europe doit lutter contre l’obésité chez les enfants

Obesity junk food_Picnik.jpg

Les enfants européens sont de plus en plus gros et de moins en moins actifs. Les experts du domaine de la santé affirment que les décideurs politiques à Bruxelles et dans les capitales nationales devraient prendre exemple sur les campagnes anti-tabac pour lutter contre l'obésité infantile.

Taxer les aliments salés et sucrés pour décourager leur consommation, limiter les publicités pour la malbouffe et promouvoir des habitudes alimentaires saines et l'activité sportive permettrait de sensibiliser la population à un problème de santé qui pourrait avoir des effets à long terme sur un système de santé déjà en difficulté.

« Il s'agit d'une question très importante eu égard à la santé future de la population et à l'impact que ce problème pourrait avoir, et aura, sur la capacité des systèmes de santé à tenir sur la durée », a déclaré Roberto Bertollini, le représentant de l'Organisation mondiale de la santé auprès de l'Union européenne.

Les campagnes anti-tabac (plus de taxes sur les cigarettes, une réglementation sur l'utilisation du tabac et la publicité) pourraient servir de modèle pour lutter contre la consommation excessive de nourriture.

L'augmentation des taxes sur les cigarettes « est l'un des outils les plus efficaces pour diminuer la consommation chez les jeunes », a affirmé M. Bertollini hier (1er décembre), lors d'un débat sur la nutrition chez les enfants et dans les familles, sponsorisé par le groupe de réflexion les Amis de l'Europe.

« L'Union européenne et les pays européens peuvent jouer un rôle important en termes de réglementation, de taxation et d'étiquetage des produits alimentaires. »

Des jus frais, des barres de céréales, des macédoines de fruits et des yoghourts artisanaux belges étaient offerts lors de cet évènement. Aucun enfant n'était toutefois présent à ce forum dont l'objectif était d'encourager les familles à manger plus sainement et à être plus actives.

Le tour de taille de l'Europe grandit

Quelque 22 millions d'enfants dans l'UE sont en surpoids ou obèses, et ce nombre augmente de 400 000 enfants par an, selon la Commission européenne.

Un récent rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a révélé que 13,3 % des enfants de l'UE âgés de 11 à 15 ans étaient en surpoids ou obèses, ce nombre étant en augmentation pour les garçons dans tous les pays, et en légère diminution pour les filles en Irlande et en Grande-Bretagne.

Les responsables européens sont conscients de cette menace et soutiennent des campagnes spécialisées ainsi que des évènements de promotion en faveur d'une alimentation saine.

Les experts de santé affirment cependant qu'il serait possible d'en faire davantage, notamment via une meilleure éducation sanitaire et des activités organisées dans les écoles.

Marcela González-Gross, de la faculté des sciences de l'activité physique et des sports à l'Universidad Politécnica de Madrid, a déclaré que des taxes et des réglementations n'étaient pas la solution à ce qu'elle a qualifié de « crise sanitaire ».

Elle a fait remarquer que l'obésité continuait de se développer dans certaines parties des Etats-Unis, et ce malgré les efforts de taxation des aliments plus gras, de restrictions sur les snacks salés et sucrés, ainsi que sur les boissons sucrées dans les écoles. Plus de 33 % des Américains sont obèses, contre 10 % des Européens.

« Le message est que nous devrions tenter de trouver où le bât blesse », a déclaré Mme González-Gross à EURACTIV, affirmant que les parents et les écoles devraient davantage s'impliquer dans la promotion d'un style de vie sain, par le biais des régimes et de  l'activité physique.

Ca doit commencer à la maison, le matin, a-t-elle expliqué. L'étude de MmeGonzález-Gros révèle que les enfants qui sautent le petit déjeuner ont tendance à grossir et à avoir plus de problèmes de santé.

Pourtant, un quart des adolescents européens partent à l'école le ventre vide et ce nombre augmente à mesure qu'ils grandissent, a-t-elle ajouté.

L'inactivité contribue aux problèmes de poids dans l'enfance, a-t-elle précisé : 58 % des garçons et un tiers des filles âgés de 13 à 16 ans font suffisamment d'exercice, à savoir 60 minutes d'activité physique modérée par jour. Avec l'âge, les enfants pratiquent également de moins en moins d'activité physique.

Selon elle, les revenus de la famille ainsi que l'éducation des parents jouent un rôle dans les habitudes alimentaires et l'activité physique, les problèmes de poids et de santé ayant tendance à être plus importants dans les familles défavorisées.

« Il existe également une tendance nord-sud en Europe », a-t-elle expliqué, notant que le pourcentage d'enfants obèses et en surpoids était généralement plus élevé dans les pays d'Europe du Sud. En Espagne, le nombre d'adolescents obèses et ensurpoids a plus que doublé pour passer à 33 %, de 1985 à 2002, a-t-elle ajouté.

L'excès de poids peut avoir des répercussions tout au long de la vie. Selon l'étude de l'OCDE, les enfants obèses et en surpoids ont plus de risques de développer une maladie du cœur et un diabète, ainsi que des problèmes mentaux.

« Les problèmes de surpoids dans l'enfance sont associés avec un risque accru d'être obèse à l'âge adulte. A ce stade, certaines formes de cancer, l'arthrose, la réduction de la qualité de vie et la mort prématurée peuvent être ajoutés à la liste des problèmes de santé », peut-on encore lire dans cette étude.

FoodDrinkEurope, une fédération représentant le secteur de l'alimentation et des boissons, a déclaré dans un communiqué : « Il n'existe aucune information prouvant que des taxes, et surtout des taxes discriminatoires, constitueraient une approche efficace pour lutter contre les problèmes complexes liés au régime alimentaire et au style de vie. »

« Une taxe de santé publique sur les produits alimentaires porterait surtout atteinte aux populations les plus défavorisées. Une telle taxe serait régressive : les groupes socio-économiques moins favorisés dépensent une plus grande part de leurs revenus dans l'alimentation que les autres catégories de population », a-t-elle ajouté.

Toutes les personnes en surpoids ne sont pas pour autant obèses. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) définit le surpoids comme toute personne ayant un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 25. L'obésité est définie par un IMC égal ou supérieur à 30.

L'IMC est le poids d'une personne en kilogrammes divisé par le sa taille en mètres au carré (kg/m2).

En 2008, 1,5 milliard d'adultes étaient en surpoids dans le monde, et un tiers d'entre eux étaient obèses. Deux Américains sur trois sont en surpoids, tandis que 33,8 % des adultes et 17% des enfants américains sont obèses, selon les statistiques publiées par le gouvernement.

Les chiffres sont moins alarmants en Europe, mais, contrairement aux Etats-Unis, ils sont en hausse. Un tiers de la population de l'UE est en surpoids et 10 % est obèse, selon la Commission européenne.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER